Bharat Dynamics Limited (BDL), principal fabricant indien de missiles, prépare une montée en puissance significative de ses lignes de production en vue d’une commande colossale de plus de 5 000 crores de roupies portant sur 700 missiles air-air Astra MkII à longue portée (BVRAAM) pour l’Armée de l’Air indienne (IAF). Selon des sources proches du dossier, cette montée en cadence, attendue dès l’année prochaine, marque un tournant majeur dans le renforcement des capacités aériennes indigènes de l’Inde, qui vise à passer d’une production actuelle limitée à des volumes compatibles avec les besoins d’une force estimée à plus de 1 500 missiles toutes variantes confondues dans les années à venir.
Le programme Astra, développé par le DRDO (Defence Research and Development Organisation), équipe déjà une large gamme de plateformes, du Su-30MKI aux nouveaux Tejas Mk1A. Si la version MkI, produite pour l’instant par petits lots, équipe plus de 200 avions avec une portée de 110 km, la version MkII bénéficie d’un moteur à double impulsion qui promet une létalité accrue de 160 à 200 km, surpassant les anciens modèles R-73 et AIM-120C. « Le DRDO prévoit de finaliser les essais en conditions captives et les tirs réels d’ici mi-2026, ouvrant la voie à l’homologation opérationnelle complète », rapportent les sources, en lien avec des tests accélérés programmés pour fin 2025 sur la base d’essais intégrés de Chandipur. Ce calendrier s’aligne avec la volonté de l’IAF d’intégrer rapidement ce missile, avec une induction en volume prévue d’ici l’exercice budgétaire 2027.
La cadence actuelle de production de BDL, qui tourne autour de 50 à 100 unités annuelles de la version MkI dans ses usines de Bhanur et Medak, devra se transformer en une véritable capacité industrielle à trois chiffres pour la version MkII à partir de 2027. « Nous passons d’une production artisanale à une production industrielle, avec deux lignes de production envisagées pour atteindre entre 300 et 500 missiles par an », a indiqué un responsable de BDL, confirmant les plans du ministère de la Défense pour assurer la production parallèle des versions MkI et MkII afin de soutenir les flottes de Tejas et Rafale. Cette dynamique se traduit déjà par des discussions avancées pour une commande supplémentaire d’environ 500 missiles MkI, destinée à équiper les 83 Tejas Mk1A sortant actuellement des chaînes de HAL à Nashik.
Après la première tranche initiale de 700 missiles MkII, évaluée entre 7 000 et 8 000 crores de roupies incluant les compensations industrielles locales, l’IAF pourrait envisager une deuxième commande d’environ 500 exemplaires de la variante améliorée Next Generation (NG), selon les sources. Cette version NG intègre un chercheur radar actif et des mises à jour en vol pour créer des zones d’impossibilité d’évasion, s’appuyant sur des modifications récentes du moteur double impulsion aptes à porter la portée proche de 200 km. « Ces améliorations feront de l’Astra un véritable multiplicateur de force face aux J-10C de l’Armée de l’Air chinoise (PLAAF) ou aux JF-17 pakistanais », précisent les observateurs, confirmant ainsi que ce missile jouera un rôle clé dans des opérations de frappes à distance type « Operation Sindoor ».
Les laboratoires du DRDO à Hyderabad, en collaboration avec les spécialistes en propulsion du GTRE, ont corrigé les problèmes rencontrés par les premiers prototypes MkII au niveau du chercheur. Les essais en transport captif sur Su-30 réalisés le mois dernier ont validé l’aérodynamique du missile, tandis que les simulations de verrouillage sur cibles en manœuvre ont atteint un taux de réussite de 95 %. « L’homologation pour 2025 est confirmée, sauf incidents liés aux conditions météorologiques », a assuré un responsable du programme, précisant que les essais finaux avec les utilisateurs sont prévus au deuxième trimestre 2026 à Pokhran. Cette urgence est motivée par l’état des stocks actuels de l’IAF : la perte annuelle de 20 à 30 % des missiles hérités lors des exercices impose un renouvellement rapide afin de maintenir la capacité opérationnelle des 42 escadrons, alors que les MiG-21 sont en cours de retrait.