Taïwan a confirmé son intention d’acquérir de nouveaux avions de transport Lockheed Martin C-130J Super Hercules, abandonnant ainsi un projet antérieur de modernisation de sa flotte vieillissante de C-130H, jugée financièrement trop lourde.
Selon des sources officielles taiwanaises et des médias spécialisés en défense régionaux et américains, la Force aérienne de la République de Chine (RoCAF) prévoit d’acquérir 10 C-130J neufs auprès des États-Unis via le programme des ventes militaires à l’étranger (FMS).
Ces appareils viendront compléter, et à terme remplacer partiellement, la flotte actuelle de Hercules de Taïwan, en service depuis le milieu des années 1980.
Cette décision découle d’une évaluation interne ayant conclu que la modernisation en profondeur des C-130H offrirait des avantages opérationnels limités au regard des coûts engagés, tout en maintenant une dépendance à des cellules à la structure vieillissante.
Aucun calendrier de livraison précis n’a encore été communiqué, mais la mise en service est attendue pour la fin de la décennie en cours.
Pourquoi Taïwan choisit le C-130J plutôt que de moderniser sa flotte de C-130H ?
Taïwan exploite actuellement environ 20 C-130H, qui assurent une large palette de missions, incluant le transport tactique, les secours en cas de catastrophe, l’aide humanitaire et la logistique militaire à travers l’île et ses territoires périphériques.
Les autorités ont estimé qu’une modernisation complète des C-130H — englobant l’avionique, la motorisation et la prolongation de la durée de vie structurelle — serait coûteuse, perturbatrice et n’apporterait pas les transformations majeures de capacité nécessaires pour les décennies à venir. En revanche, le C-130J présente plusieurs avantages :
- Plus grande autonomie et capacité de charge utile
- Réduction des besoins en équipage
- Fiabilité accrue et disponibilité opérationnelle renforcée
- Interopérabilité complète avec les forces américaines et alliées
Le contexte géopolitique est également un facteur clé. Taïwan subit une pression militaire continue de l’Armée de l’air de l’Armée populaire de libération chinoise. Sa flotte de transport devra être en mesure d’opérer dans des scénarios de crise régionale à haute tension. Dans cet environnement, la disponibilité garantie, la survie tactique et l’intégration de systèmes modernes sont essentielles.
Plutôt que d’investir lourdement pour prolonger la vie de cellules datant des années 1970, Taïwan a préféré se tourner vers des appareils neufs, dont l’exploitation est prévue jusqu’à au moins la moitié du XXIe siècle.
Singapour conserve le C-130H au lieu du C-130J
Cette orientation contraste avec celle de Singapour, qui a récemment confirmé le remplacement de ses vieux C-130B par des C-130H d’occasion, plutôt que par des Super Hercules ou d’autres plateformes telles que le Embraer C-390 Millennium.
La Force aérienne singapourienne acquiert notamment d’anciens C-130H espagnols, certains âgés de plus de 40 ans, afin d’étendre la durée de vie de sa flotte Hércules de 15 à 20 ans supplémentaires. Ces avions, bien entretenus, modernisés et stockés dans des conditions de faible humidité, représentent une solution économique adaptée aux besoins de Singapour.
Cette stratégie reflète un contexte opérationnel beaucoup plus stable et prévisible. Les missions de transport aérien de Singapour sont majoritairement régionales, bénéficiant d’un soutien industriel local solide, sans nécessiter d’opérer sous une pression hostile prolongée.
Pour Taïwan, en revanche, prolonger la durée de vie des anciens Hercules a été jugé trop risqué face aux faibles bénéfices à long terme envisagés. Ainsi, deux forces aériennes exploitent la même famille d’appareils, mais prennent des décisions divergentes en fonction de leurs perceptions stratégiques et de l’urgence de leurs besoins opérationnels.
Joanna Bailey