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Taiwan renforce la défense maritime avec l’armement du navire Wanli en missiles supersoniques anti-navires HF-2 lors des exercices Han Kuang 41

Dans le cadre des exercices militaires Han Kuang 41, Taiwan a franchi une étape majeure en dotant son navire de patrouille Wanli, de la classe Anping, de missiles anti-navires Hsiung Feng, renforçant ainsi la capacité de combat de sa garde-côtière. Cette évolution illustre la volonté taïwanaise d’intégrer ses forces côtières à la marine pour contrer les menaces régionales croissantes.

Le Wanli, patrouilleur de 600 tonnes conçu et construit par la société publique CSBC Corporation, mesure 65 mètres de long et peut atteindre une vitesse de 24 nœuds. Ce navire bénéficie d’une conception modulaire, lui permettant une reconfiguration rapide en fonction des missions, qu’il s’agisse de patrouilles maritimes ou d’opérations de combat. Il est équipé de systèmes radar avancés, notamment un radar à réseau phasé, qui améliore la détection des cibles à la surface et dans les airs, offrant une meilleure conscience situationnelle dans des environnements complexes.

Lors des exercices Han Kuang 41, commencés le 9 juillet 2025, le Wanli a été équipé avec succès de huit missiles Hsiung Feng II et huit Hsiung Feng III, grâce au soutien logistique de la marine taïwanaise. Cette capacité permet d’engager des cibles ennemies à longue distance, renforçant ainsi la stratégie de défense échelonnée de Taiwan.

La famille de missiles Hsiung Feng, développée par l’Institut National des Sciences et Technologies Chung-Shan, constitue l’épine dorsale de l’arsenal anti-navire de Taiwan. Le Hsiung Feng II, opérationnel depuis les années 1990, possède une ogive de 200 kg et une portée de 148 km. Subsonique et guidé par radar, il est efficace contre des cibles navales de taille moyenne.

Le Hsiung Feng III, lancé au début des années 2000, est un missile supersonique atteignant Mach 3,5 grâce à une propulsion mixte combinant un moteur-fusée solide et un statoréacteur liquide. Sa portée varie entre 150 et 200 km, voire jusqu’à 400 km pour une version à longue portée. Il représente une menace crédible contre des unités plus importantes, telles que destroyers ou bâtiments amphibies, avec des capacités avancées de contre-mesures électroniques.

Au total, Taiwan dispose d’un stock de plus de 1 200 missiles anti-navire, dont la série Hsiung Feng est complétée par des missiles Harpoon fournis par les États-Unis. Ces derniers présentent des caractéristiques comparables mais différent notamment par leur système de guidage.

Face à ses voisins, Taiwan affiche une offre équilibrée. Par exemple, la Chine arme ses frégates Type 054A avec le missile YJ-83, dont la portée est similaire à celle du Hsiung Feng II mais sans le caractère supersonique du Hsiung Feng III. Le Japon utilise en mer son missile Type 12, doté d’une portée comparable, mais privilégiant la furtivité plutôt que la vitesse. Quant au missile américain Harpoon, bien que testé en combat, il repose sur une technologie plus ancienne, conférant un avantage aux versions taïwanaises en termes de lutte électronique.

Les exercices Han Kuang 41, qui se prolongeront jusqu’au 18 juillet 2025, évaluent la capacité de Taiwan à faire face à une invasion potentielle par la Chine. Ils simulent notamment des débarquements amphibies, des frappes de missiles et des tactiques de zone grise. Cette édition est la plus longue jamais réalisée (10 jours) et privilégie des scénarios non préécrits ainsi qu’un commandement décentralisé, tirant les enseignements des récents conflits, notamment en Ukraine.

L’intégration de navires de la garde-côtière comme le Wanli dans ces manœuvres traduit un changement stratégique vers des opérations interarmes, où les forces non-navalées soutiennent la défense maritime. Ces exercices présentent également des systèmes récents fournis par les États-Unis, tels que des chars M1A2T Abrams et des lance-roquettes d’artillerie mobile (HIMARS), ainsi que les missiles Sky Sword et des drones taïwanais, illustrant une modernisation globale des forces armées.

Historiquement, la garde-côtière taïwanaise se consacrait surtout à l’application des lois maritimes, à la protection des pêches et aux missions de recherche et sauvetage. Cependant, face aux tensions croissantes en mer de Chine méridionale et aux tactiques grises agressives chinoises – reposant sur l’utilisation de milices de pêcheurs et de navires de garde-côtes – le rôle de cette force a été reconsidéré.

La classe Anping, dotée de lance-missiles modulaires, avait déjà valorisé son potentiel combatif en mai 2022 avec un tir d’essai de missile Hsiung Feng II. L’armement du Wanli durant Han Kuang 41 appuie cette transition, confirmant la capacité de la garde-côtière à opérer conjointement avec la marine dans des situations de conflit.

Cette intégration a nécessité une étroite coordination logistique navale. Elle s’inscrit dans un contexte stratégique où Taiwan cherche à compenser le déséquilibre face à la marine de l’Armée populaire de libération, forte de plus de 400 unités, dont des destroyers avancés Type 055 et des porte-avions comme le Liaoning. La marine taïwanaise, avec environ 30 bâtiments majeurs (dont 4 destroyers de classe Kidd et 6 frégates Kang Ding), est numériquement et technologiquement désavantagée, rendant la garde-côtière modulable et armée cruciale pour la flexibilité opérationnelle en zones contestées.

Parallèlement, lors de l’exercice Joint Sword-2024A, la marine chinoise a conjugué ses efforts avec sa garde-côtière, floutant la distinction entre missions civiles et militaires en mer. Taiwan adopte une stratégie similaire, transformant cette dernière en multiplicateur de force potentiel.

Au-delà du Wanli, Taiwan projette d’équiper l’ensemble de ses 12 navires de la classe Anping de missiles anti-navires d’ici 2027. Le concept modulaire permet une modernisation rapide, incluant l’ajout de capteurs avancés ou de nouvelles familles de missiles.

La réorganisation en janvier 2025 du Commandement littoral, anciennement Groupe des missiles anti-navires terrestres Hai Feng, répartit désormais ses forces en groupes d’attaque régionaux (nord, centre, sud et est) armés de missiles Hsiung Feng et Harpoon, avec une probabilité de destruction des cibles estimée à 70 %, améliorant significativement la posture de dissuasion taïwanaise.

Cette évolution reflète aussi une tendance globale vers des designs de navires modulaires, comparables aux Littoral Combat Ships américains ou au système StanFlex danois, permettant une adaptation rapide face aux besoins opérationnels, cruciales pour une puissance aux ressources limitées comme Taiwan.

Cependant, certains défis subsistent, notamment l’absence de systèmes avancés de défense aérienne sur les navires Anping, les rendant vulnérables aux attaques aériennes ou de missiles. De plus, l’accroissement de la production de missiles, avec un objectif de hausse annuelle de 81 à 131 Hsiung Feng, oblige à surmonter les contraintes logistiques et industrielles nationales.

Sur le plan géopolitique, cette montée en puissance intervient dans une région particulièrement instable. La mer de Chine méridionale est un point chaud de rivalités territoriales entre la Chine, Taiwan, les Philippines et le Vietnam. L’approche taïwanaise vise à dissuader les incursions de type “zone grise” sans déclencher de conflit ouvert, s’inscrivant dans un modèle de défense asymétrique “porcupine” qui privilégie missiles et drones pour rendre toute invasion coûteuse.

La présence du Major Général Jay Bargeron, du Corps des Marines américains, durant la planification des Han Kuang 41 témoigne du soutien international apporté à Taiwan, notamment à travers des conseils visant à améliorer la préparation militaire de l’île.

Au-delà de la simple tactique, l’armement du Wanli illustre la capacité à intégrer des systèmes complexes en conditions d’exercice, un test déterminant de l’état de préparation opérationnelle. Ce développement pourrait transformer la nature des engagements maritimes, autorisant Taiwan à exercer un contrôle plus étendu dans ses zones contestées, sans s’appuyer uniquement sur la marine.

Les futures manœuvres devraient voir une extension du missile sur d’autres unités Anping, avec l’éventuelle intégration de capteurs et systèmes sans pilote, reflétant un virage vers des forces hybrides combinant fonctions civiles et militaires.

Si l’expérience du Wanli est concluante, la généralisation de ce concept nécessitera un financement durable et une innovation technologique constante. Reste à voir si la garde-côtière parviendra à maintenir son double rôle sans compromettre ses missions de paix, et comment la Chine adaptera sa stratégie maritime en conséquence. Ces enjeux soulignent la complexité de la posture défensive taïwanaise dans un contexte régional tendu.