Le Tejas au Moyen-Orient : du succès initial à l’accident et aux défis futurs

Le début international du chasseur léger indien Tejas, lors du Salon aéronautique international de Bahreïn en janvier 2016, avait marqué une étape majeure pour l’industrie aéronautique indienne. Deux exemplaires en série limitée avaient démontré leurs capacités lors de manœuvres spectaculaires, affichant avec fierté les ambitions de l’Inde dans le domaine aérospatial.

Depuis, Hindustan Aeronautics Limited (HAL), responsable du développement et de la production du Tejas, a parcouru un long chemin. Le premier vol du Tejas Mk1A n’a eu lieu que récemment, mais le programme a été frappé par un drame : un accident mortel s’est produit le 21 novembre 2025 à l’aéroport international Al Maktoum de Dubaï, entraînant la perte du pilote. Cet accident, survenu sous les yeux de nombreux témoins, a profondément choqué la communauté aéronautique indienne.

C’était le second accident impliquant un Tejas, après un précédent en 2024 près de Jaisalmer, au Rajasthan. Une commission d’enquête a été ordonnée par l’Armée de l’air indienne (IAF), et HAL sera soumis à un examen rigoureux. Il convient cependant de souligner que chaque vol d’essai et chaque acrobatie aérienne comportent des risques inhérents. L’aviation militaire ne peut tolérer aucune négligence.

Accidents aéronautiques : une réalité mondiale

La perte humaine est l’aspect le plus tragique de cet événement. Le Tejas représente une fierté nationale, et ce crash a douloureusement affecté de nombreuses personnes. Toutefois, avant d’attribuer la responsabilité à HAL, à l’IAF ou au pilote, il faut rappeler que les principales armées de l’air mondiales ont elles aussi perdu des appareils lors de démonstrations. Les accidents nécessitent des comptes rendus mais ne sauraient remettre en cause un programme entier.

Le développement du Tejas a connu des retards, notamment en raison des restrictions technologiques imposées après les essais nucléaires de l’Inde. Malgré cela, l’appareil a effectué plus de 10 000 missions sans incident grave. Abandonner aujourd’hui ce programme serait un revers pour l’autonomie stratégique et industrielle de l’Inde ainsi que pour l’initiative « Make in India ».

HAL dans la tourmente, mais soutenu

Le ministère de la Défense, l’IAF et HAL seront sous forte pression dans les mois à venir. Pourtant, le gouvernement témoigne sa confiance au programme, matérialisée par la commande récente de 97 chasseurs Tejas Mk1A, malgré les défis liés aux chaînes d’approvisionnement. HAL reste au cœur de l’écosystème aérospatial indien et son rôle demeure essentiel.

Les ambitions aérospatiales asiatiques

Le marché mondial de la défense aéronautique est dominé par des industriels occidentaux, notamment américains et européens, dont les écosystèmes ont mûri depuis plusieurs décennies. La recherche de la perfection est un impératif dans ce secteur, et ces plateformes occidentales ont longtemps servi de référence. Cependant, des acteurs asiatiques, comme l’Inde et la Chine, s’ouvrent de plus en plus aux perspectives d’exportation, particulièrement vers le Moyen-Orient. Les salons de Bahreïn et de Dubaï sont des vitrines cruciales où des avions plus économiques peuvent capter l’attention.

Pour de nombreux pays d’Asie et d’Afrique, les avions occidentaux restent financièrement hors de portée. Cela offre une opportunité aux avions comme le Tejas, à condition d’affirmer leur fiabilité, leur respect des délais et leur service après-vente. L’accident de Dubaï constitue un revers, mais de tels incidents sont inhérents au domaine de la défense.

Un succès notable pour le programme Tejas

Le Tejas reste une des réalisations majeures de l’aéronautique indienne. Ce chasseur multirôle de 4,5e génération est le fruit de plusieurs décennies de recherches et de persévérance technique. En choisissant de développer un appareil entièrement indigène, l’Inde a pris une voie ambitieuse, qui se traduit aujourd’hui par un appareil arrivé à maturité.

Le gouvernement a commandé plus de 180 exemplaires du Mk1A pour remplacer la flotte vieillissante des MiG-21, marquant une transition historique vers l’autonomie technologique et industrielle nationale.

Cependant, des défis subsistent, notamment l’intégration du radar AESA israélien, des suites électroniques de guerre avancées, et la validation rigoureuse des performances, nécessitant des tests méticuleux. Le chef de l’IAF a appelé HAL à adopter un mode de travail « mission critique » afin d’assurer les livraisons à partir de mars 2026.

L’accident de Dubaï ne définit pas le Tejas

Les accidents aériens, civils ou militaires, sont une réalité mondiale. Aucun grand programme aéronautique, qu’il soit américain, européen, russe ou chinois, n’a été exempt d’incidents. La commission d’enquête déterminera les causes, suivies par la mise en œuvre de mesures correctives. Un seul incident ne doit pas éclipser des décennies de progrès. Quand les escadrons du Mk1A seront pleinement opérationnels, l’appareil fera la preuve de ses capacités.

Un marché international exigeant et concurrentiel

HAL a récemment raté une vente de 16 appareils à l’Armée de l’air royale malaisienne, remportée par le FA-50 coréen. L’Argentine s’est intéressée au Tejas, mais le marché mondial des chasseurs est complexe, mêlant enjeux géopolitiques, prix et offres de chasseurs d’occasion occidentaux à tarif réduit, comme les F-16. Malgré cela, le Tejas représente une option attrayante pour les pays recherchant un compromis entre coût et performances.

Perspectives de croissance et renforcement de la production

Les retards chez HAL sont souvent critiqués, mais ils résultent en grande partie de contraintes structurelles, notamment l’approvisionnement en moteurs GE. La disponibilité des moteurs F404 pour le Mk1A et F414 pour le futur Mk2 conditionnera les calendriers. HAL a toutefois renforcé sa capacité de production, recruté du personnel et optimisé ses processus. Le premier Mk1A a récemment effectué son vol inaugural depuis la nouvelle ligne de production à Nashik, inaugurée par le ministre de la Défense Rajnath Singh. Trois lignes de production dédiées au Mk1A sont désormais en service, ce qui devrait accélérer les livraisons et consolider l’écosystème industriel indien.

La voie à suivre : vers une continuité dans le développement des chasseurs

Le travail sur le Tejas Mk2 progresse régulièrement, avec des phases avancées de conception et de prototypage. Le lancement de la production du Mk1A, associé au développement du Mk2, marque enfin la construction d’un continuum dans le développement aéronautique, une capacité que seule une poignée de nations détient.

La tragédie de Dubaï rappelle avec gravité les risques liés à l’aviation, mais elle doit être perçue comme un moteur d’amélioration plutôt qu’un frein pour les ambitions aérospatiales indiennes.