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Le programme Tejas MkII incarne une nouvelle étape majeure dans le développement aéronautique indien, tirant parti des leçons du MkI pour accélérer la phase d’essais en vol. Cette démarche vise à réduire considérablement les délais de validation par rapport au premier modèle, jetant ainsi les bases d’une montée en puissance rapide vers le futur avion de combat moyen avancé (AMCA) de cinquième génération.

Alors que le Tejas MkI a connu une odyssée de plus de deux décennies jalonnée d’essais fragmentés et de retards, le Tejas MkII ambitionne de finaliser ses essais en seulement quatre ans. Cette accélération est rendue possible grâce à une stratégie basée sur des vols multifonctions intégrant la vérification de plusieurs systèmes simultanément, ainsi qu’à la maturité technologique héritée du programme initial.

Le programme du Tejas MkI, qui s’étend de 1998 à 2015 pour l’obtention de la qualification opérationnelle initiale, a cumulé plus de 3 000 sorties sur cinq prototypes (PT1 à PT5), se focalisant d’abord sur la validation des enveloppes de vol, la récupération de vrilles, et les systèmes avioniques de base tels que le contrôle de vol électrique (fly-by-wire). Ces essais approfondis ont permis d’identifier des problèmes d’intégration entre le moteur GE F404 et la cellule en matériaux composites, mais ont aussi engendré des retards importants dus à des modifications structurelles, des contraintes budgétaires et des difficultés liées à l’intégration des sous-systèmes importés.

En conséquence, la certification complète n’a été obtenue qu’en 2019, retardant l’entrée pleine en service et plaçant les escadrons de l’Indian Air Force (IAF) dans une situation délicate en pleine montée des tensions aux frontières. Comme l’a souligné en août 2025 le président de Hindustan Aeronautics Limited (HAL), DK Sunil, ces nombreux vols dédiés à des systèmes élémentaires ont apporté des enseignements précieux sur la gestion des risques, enseignements désormais appliqués au développement du MkII.

Le Tejas MkII, un chasseur de génération 4,5, constitue une rupture stratégique dans le déroulement des essais en vol. Ses prototypes, dont le lancement est prévu entre avril et mai 2026, pour un premier vol attendu fin 2026 ou début 2027, intégreront des tests simultanés des limites de vol, de l’armement (missiles air-air Astra Mk2 à longue portée) et de la fusion des capteurs autour du radar AESA Uttam à base de GaN.

Cette approche “systèmes en série”, facilitée par des jumeaux numériques et des simulations au sol, espère boucler le programme complet d’essais en seulement quatre ans, contre 17 ans pour le MkI. Ce gain de temps s’appuie sur la maturation des technologies issues du MkI : lois de commande de vol affinées, matériaux composites éprouvés en combat, et une chaîne d’assemblage HAL à Nashik robuste, avec plus de 40 exemplaires Mk1A produits d’ici 2025.

Doté de moteurs GE F414 et avec un taux de préparation des prototypes à 60 % à la mi-2025, le MkII pourra passer rapidement aux phases avancées d’essais, notamment le supercroisière (Mach 1,2 sans postcombustion) et les missions à haute altitude pour la surveillance du corridor de LAC (Line of Actual Control).

Aspects Tejas MkI (1998-2019) Tejas MkII (2026-2030)
Nombre de sorties d’essais Plus de 3 000 (1 système par vol) Environ 500-700 (multi-systèmes par vol)
Durée du programme 17 ans jusqu’à la certification complète 4 ans pour les essais de développement
Facteurs-clés Essais pionniers Héritage MkI et jumeaux numériques
Principaux défis Intégration moteur/cellule Armement furtif et supercroisière

Si le plan de vols du MkII ne couvrira pas directement les essais liés à la furtivité du futur AMCA — qui prévoit des soutes internes pour les missiles hypersoniques et l’autonomie pilotée par intelligence artificielle — il jette néanmoins les bases essentielles. Par exemple, la validation en conditions réelles du radar Uttam et la résistance aux contre-mesures électroniques participeront à réduire les risques liés au réseau de capteurs d’AMCA, dont le prototype est attendu en 2029.

Ce “saut en avant”, comme l’a qualifié en juillet 2025 le directeur du DRDO Samir V. Kamat, permettra d’équiper AMCA de sous-systèmes matures, susceptibles de réduire de moitié la durée de sa phase de tests par rapport au MkI.