Article de 1210 mots ⏱️ 6 min de lecture

Le HAL Tejas innove profondément le combat aérien en démontrant une intégration avancée du manned-unmanned teaming (MUM-T) lors d’un exercice maritime majeur au large de la côte Konkan en Inde. Aux commandes de deux drones aériens sans pilote employés comme ailes fidèles, le Tejas a orchestré reconnaissance, permutations de rôles et frappes de précision dans un environnement simulé à haute menace. Cette démonstration concrétise une doctrine de « loyal wingman » qui renforce la puissance de frappe tout en préservant la sécurité des pilotes. Véritable prédécesseur des capacités de supériorité aérienne des années 2030, le Tejas se distingue comme le seul chasseur léger doté nativement d’une telle autonomie. Alors que d’autres concurrents mondiaux tels que le Gripen suédois ou le JF-17 pakistanais visent des ambitions similaires, l’avion indien conserve une longueur d’avance grâce à son développement indigène, abordable et adaptable.

Le test d’octobre, conduit conjointement par l’Indian Air Force (IAF) et l’Organisation indienne de recherche et de développement pour la défense (DRDO), a fusionné l’intuition humaine avec la précision machine au-dessus de la mer d’Arabie, près de Goa et Karwar. Un corridor maritime sans navigation (NOTMAR) a renforcé la vraisemblance tactique. Le Tejas a non seulement piloté la mission, mais a aussi transmis en cours d’opération le commandement aux UAV sous le contrôle autonome du système ACS du DRDO. Un retour au terrain de Dabolim a conclu avec succès une mission de 35 à 40 km, attestant la sécurité et la scalabilité du MUM-T.

Fonctionnement de l’équipe : la synergie Tejas et ses ailes sans pilote
Le MUM-T transforme le Tejas d’un pilote solitaire en chef d’escadrille, grâce à une architecture avionique ouverte permettant une symbiose en temps réel avec les drones. Au cœur du système, le radar AESA Uttam des versions Mk1A/Mk2 et les liaisons de données indigènes jouent le rôle de centre névralgique, fusionnant les flux provenant de capteurs divers pour une vision partagée du champ de bataille.

Déroulement de l’exercice Konkan en quatre étapes majeures :

  1. Lancement et raccordement : Le Tejas habituel (indicatif ACS) décolle d’une base avancée, pendant que deux UAV – vraisemblablement des prototypes Ghatak ou des variantes Tapas du DRDO – sont lancés simultanément. Des liens de données sécurisés en bande Ku/Ka assurent la formation. Les caméras et capteurs EO/IR des drones transmettent en temps réel au casque du pilote, assurant un acquittement silencieux des cibles distantes de plus de 50 km.
  2. Formation sectorielle et fusion : Les UAV se répartissent en secteurs, leurs radars SAR et équipements de renseignement électronique (SIGINT) fournissent en continu des données brutes au Tejas qui les fusionne grâce à l’intelligence artificielle. Le pilote commande les frappes via un affichage multifonction, les UAVs surveillant à basse altitude (45 m à 2 km au-dessus du niveau de la mer) pour la reconnaissance maritime persistante.
  3. Permutation dynamique des rôles et autonomie : À mi-mission, le Tejas prend un rôle de surveillance, déléguant les frappes aux drones sous l’ACS du DRDO. Les drones suivent des points de passage 3D de manière autonome, réagissant aux menaces imprévues grâce à leur traitement embarqué. Leur vitesse atteint 400 km/h dans la zone d’opération, le Tejas pouvant fournir une assistance en cas de brouillage des communications. Des munitions simulées guidées au laser « tirent » avec précision sans emploi réel d’armes.
  4. Désengagement et récupération : Les altitudes sont ajustées pour éviter toute collision (par exemple UAVs à 2 km, Tejas en attente). Après la frappe, les éléments se regroupent, les drones sont récupérés par filet ou décollage/atterrissage vertical, tandis que le Tejas se pose à Dabolim, bouclant la mission en moins d’une heure.

Cette souplesse dans les transferts de commandes, le partage en temps réel et les frappes adaptatives est rendue possible par une architecture logicielle évolutive, modernisée dans le cadre du programme Mk1A d’une valeur de 48 000 crores de roupies, basé sur une architecture système ouverte (OMS). Contrairement aux avions hérités et rigides, il permet de changer les charges utiles en plein vol, transformant les drones en yeux déportés, leurres ou unités kamikazes.

Phases de la mission MUM-T (Démonstration Konkan) Rôle du Tejas Contribution des UAV Technologie clé
Lancement & raccordement Formation leader, liaison initiale Lancement & streaming EO/IR Liaisons data Ku-band
Opérations sectorielles Fusion capteurs, désignation cible Reconnaissance persistante (45m-2km ASL) Radar AESA Uttam + IA de fusion
Permutation des rôles Surveillance / attente Frappes autonomes (400 km/h) Algorithmes ACS DRDO
Récupération Désengagement & atterrissage Rassemblement & récupération filet Navigation GPS/INS

Le Tejas, un pionnier sans équivalent dans la catégorie des chasseurs légers
Sur le segment des avions légers de 13 à 15 tonnes, où l’on retrouve le Saab Gripen E (Suède), le F-16 Block 70 (États-Unis), le JF-17 Block III (Chine-Pakistan) et le FA-50 (Corée du Sud), le Tejas se démarque comme l’unique appareil conçu dès l’origine pour le MUM-T. Les autres modèles doivent intégrer cette capacité coûteuse en retrofit, tandis que l’Inde l’a incorporée dès la conception.

Architecture ouverte indigène : La structure OMS du Tejas, certifiée par le CEMILAC en 2024, permet d’intégrer les UAV de façon modulaire et transparente, sans verrou propriétaire, contrairement au Link 16 propriétaire du Gripen qui nécessite l’accord de Saab pour tout ajustement. Les avioniques chinoises du JF-17 sont en retard sur la fusion IA, ce qui limite ses capacités aux relais drones basiques selon Jane’s 2025.

Évolutivité économique : Avec un coût unitaire de 45-50 millions de dollars, le Tejas offre une solution MUM-T à un tiers du prix du pod Viper du F-16 (15 millions supplémentaires). L’IAF prévoit d’en acquérir plus de 300 d’ici 2035, chaque Tejas pouvant commander 4 à 6 UAV de manière économique — alors que les exportations Gripen dépassent 85 millions de dollars, creusant les budgets pour les options additionnelles.

Adapté aux opérations asymétriques : Conçu pour les vastes théâtres indiens, du Himalaya à l’Océan Indien, le Tejas supporte les manœuvres à 16g tandis que les UAV prennent en charge les missions SEAD à risque. Si le FA-50 brille sur le marché export, il ne dispose pas du potentiel de supercroisière à Mach 1,5 avec ailes fidèles comme le Tejas, prouvé lors de rafales à 400 km/h. Même les concepts NGAD américains restent en retrait dans ces essais MUM-T légers.

Cette démonstration a jeté les bases du Combat Air Teaming System (CATS), qui envisage des essaims de plus de dix drones d’ici 2030, avec les Tejas Mk2/Mk3 comme « chefs de meutes ». L’intégration future avec les Rafale et AMCA permettra de former des groupes hybrides surpassant les essaims J-10C chinois ou les évolutions JF-17 pakistanaises.