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À l’occasion du salon DSEI à Londres, Thales a présenté ses avancées pour déployer l’intelligence artificielle (IA) hors des laboratoires et directement sur le terrain, notamment dans des environnements contestés où la connectivité au cloud est limitée voire absente.

Thales qualifie son approche d’« IA pour les systèmes critiques », avec un focus particulier sur les environnements périphériques (« edge ») où les capteurs et plateformes déployés doivent fonctionner de manière autonome, avec une connectivité minimale.

« Vous avez l’algorithme d’IA attrayant, mais si vous ne comprenez pas les métadonnées associées et ne les gérez pas correctement, vous perdez en efficacité », m’a-t-on expliqué.

Au cœur de cette démarche se trouve CortAIx, l’accélérateur d’IA global de Thales, rassemblant 800 experts dans le monde, dont environ 200 au Royaume-Uni. Plus tôt cette année, la société a lancé CortAIx UK, qualifié de capacité souveraine, avec une enveloppe de 40 millions de livres consacrée à la recherche sur l’IA appliquée aux capteurs, au commandement et contrôle, ainsi qu’aux effecteurs.

Plusieurs applications sont déjà en cours de développement ou en service. Par exemple, le Multi-Domain Mission Support System, déployé avec la Royal Air Force et développé avec les PME britanniques Mont Dean et Faculty AI, utilise l’apprentissage comportemental sur de vastes ensembles de données afin de détecter des anomalies, comme des schémas suspects dans le trafic maritime. Dans le domaine naval, l’IA appliquée à la chasse aux mines a permis d’augmenter par quatre les taux de détection et d’étendre dix fois la couverture par rapport aux opérateurs humains.

Par ailleurs, Thales expérimente ce qu’elle qualifie de « GPT pour la maintenance ». Ce système permettrait aux équipages d’interroger une IA en langage naturel, par exemple pour savoir comment remplacer un circuit imprimé, et d’obtenir immédiatement des instructions de dépannage en mer, sans dépendre d’un support à terre. Ce concept est actuellement testé dans le cadre du programme britannique Maritime Sensor Enhancement Programme de la Royal Navy.

La sécurité est un autre point clé. Thales a indiqué que ses équipes réalisent des campagnes de hacking éthique sur leurs propres modèles d’IA afin d’évaluer leur résistance face à des attaques telles que l’empoisonnement des données, le vol de modèles ou les manipulations adverses. Selon eux, démontrer que les modèles sont à la fois résilients et exportables est essentiel pour une adoption par les alliés, qui souhaitent protéger leurs données souveraines tout en partant d’une base commune.

Au-delà du logiciel, Thales développe aussi de nouveaux systèmes aériens sans pilote à voilure tournante, s’appuyant sur l’UAV Peregrine déjà en service dans la Royal Navy. Des variantes armées sont à l’étude, avec des tirs d’essai possibles dès l’année prochaine, sous réserve d’approbations réglementaires et d’accès aux zones d’entraînement.

Le message à DSEI était clair : l’IA déployable fait déjà une différence dans des systèmes en conditions réelles, et Thales entend poursuivre son développement dans des environnements critiques où chaque seconde compte.