En 2024, tous les F-35 livrés à l’armée américaine par Lockheed Martin ont accusé un retard moyen de sept mois, révèle un rapport d’un organisme gouvernemental de contrôle. Malgré ces délais, les sous-traitants ont perçu des millions de dollars en « primes d’incitation » censées accélérer les livraisons.
Pour rattraper le retard, le constructeur aéronautique prévoit désormais de réduire le périmètre des capacités des nouveaux appareils. Selon le rapport du Government Accountability Office (GAO), ce dernier lot d’appareils coûtera 6 milliards de dollars supplémentaires et son achèvement sera au moins cinq ans plus tard que les prévisions initiales. En 2024, Lockheed a livré 110 avions, tous ayant subi un retard moyen de 238 jours, contre 61 jours en 2023.
Dans une déclaration, Lockheed Martin a défendu le F-35 en soulignant que cet appareil est « éprouvé au combat », doté des « technologies et capacités les plus avancées », tout en restant l’option la plus économique pour que les États-Unis et leurs alliés conservent leur avance face aux menaces émergentes.
Conçu comme le fer de lance de la force aérienne américaine depuis son financement initial en 2001, le F-35 est unique par sa polyvalence, étant exploité par les forces aériennes, la marine de guerre et les forces terrestres américaines. La Force aérienne a ainsi réceptionné son 500e F-35 en avril 2024, les Marines en exploitent environ 250, et la Marine américaine plus de 100. Ces effectifs représentent environ un tiers du total prévu de 2 470 appareils que le Pentagone envisage d’acquérir et d’utiliser sur près de 77 ans selon le GAO.
Cependant, le programme est régulièrement entaché de dépassements de coûts et de retards. Le coût total prévu de la flotte complète a atteint 485 milliards de dollars fin 2023, plus du double des 233 milliards initialement estimés en 2001.
Les derniers avions livrés, ainsi que ceux en commande, font partie de la phase dite « Block 4 » du programme. Ces F-35 de nouvelle génération devaient être équipés de « nouvelles armes, d’améliorations radar, de technologies anti-collision » ainsi que de fonctionnalités adaptées aux menaces apparues depuis l’élaboration des exigences initiales en 2000.
Le GAO indique que ces améliorations seront désormais revues à la baisse. Le programme prévoit de réduire l’étendue des capacités du Block 4 afin d’assurer aux forces opérationnelles des livraisons plus prévisibles.
La liste précise des fonctionnalités du Block 4 qui seront sacrifiées sera finalisée à l’automne. Les responsables du programme ont informé le GAO qu’ils retarderaient certaines capacités, y compris celles qui nécessitent un moteur amélioré, vers des phases de modernisation ultérieures, tout en supprimant d’autres qui ne répondent plus aux besoins opérationnels.
Lockheed Martin a assuré qu’il livrerait entre 170 et 190 F-35 en 2025, tout en poursuivant le déploiement des capacités du Block 4 afin de maintenir « la suprématie aérienne inégalée » de l’appareil.
Dan Grazier, chercheur principal au Stimson Center et spécialiste du programme F-35, souligne que cette réduction des ambitions technologiques, bien que présentée comme mineure, est en réalité très préoccupante. Il rappelle que les capacités supprimées correspondent précisément à celles qui justifiaient les coûts élevés du programme lors de son lancement.
Des primes versées malgré les retards
Le rapport du GAO révèle également que Lockheed Martin a perçu des centaines de millions de dollars en primes d’incitation censées récompenser la rapidité de production, bien que les appareils aient été systématiquement en retard.
« L’utilisation de ces primes par le programme F-35 s’est avérée largement inefficace pour contraindre les sous-traitants à respecter les délais de livraison des avions et des moteurs », note le rapport. Alors même que la proportion d’appareils livrés en retard augmentait et que la moyenne des retards passait de moins d’un mois à 238 jours, Lockheed Martin a été rémunéré par des milliers de primes de performance.
Jusqu’en 2022, la majorité des avions étaient livrés dans les temps ou avec des retards mineurs. Mais dès 2023, 89 appareils sur 98 étaient en retard, et en 2024, l’intégralité des 110 avions livrés a accusé un retard moyen de près de huit mois.
Face à cette situation, les responsables du programme ont modifié les modalités des primes. Alors qu’au début elles étaient strictement conditionnées à une livraison ponctuelle, elles ont été réorientées vers d’autres critères lorsque l’on a constaté que Lockheed ne pourrait plus respecter les échéances.
Le fabricant des moteurs, Pratt & Whitney, a aussi perçu « plusieurs dizaines de millions de dollars » en primes malgré des livraisons tardives.
Le GAO alerte que cette structure d’incitations, combinée aux pénalités insuffisantes, n’a pas permis d’améliorer la ponctualité. Sans une révision significative des dispositifs d’incitation pour mieux aligner les intérêts des contractants sur le respect des calendriers, le programme risque de continuer à financer des retards.