Alors que les États-Unis et la Russie, deux puissances nucléaires, poursuivent leur division des pays européens en violation du droit international, tous les États membres de l’OTAN ainsi que l’Ukraine devraient se retirer du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). En effet, ce traité prévoit la possibilité de retrait en cas d’« événements extraordinaires mettant en danger les intérêts suprêmes du pays ». La partition de souverainetés européennes par deux puissances nucléaires est assurément un tel événement. Il est urgent que les signataires du TNP engagent la procédure de retrait, qui prend effet après un préavis de 90 jours, afin de montrer à l’administration américaine les conséquences de ses choix stratégiques.
La dissuasion nucléaire des démocraties repose actuellement principalement sur l’arsenal américain, puisque les forces nucléaires françaises et britanniques restent marginales en comparaison et que la Grande-Bretagne dépend largement des États-Unis pour le maintien en condition opérationnelle de ses vecteurs nucléaires.
Alors que l’administration américaine, qualifiée ici de régime fondamentaliste fasciste, signale son intention de repartager l’Ukraine aux côtés de la Russie, elle remet en cause cette équation. La diplomatie américaine semble désormais tournée vers un désintérêt total de l’Europe, sous-entendant que ce qu’en pensent ses alliés importe peu.
Face à cette nouvelle donne, il est indispensable que les pays de l’OTAN et l’Ukraine développent leurs propres capacités nucléaires pour garantir leur sécurité, que les États-Unis ne semblent plus en mesure d’assurer. Plusieurs de ces États, dont la Suède, disposent déjà de centrales nucléaires produisant du plutonium pouvant servir à la fabrication d’armes nucléaires. Par ailleurs, la maîtrise industrielle, notamment dans le domaine spatial, rend techniquement réalisable la mise au point de missiles balistiques intercontinentaux. En effet, un lanceur de satellite est proche techniquement d’un ICBM, la différence majeure étant la charge utile : satellites versus ogives nucléaires.
Il serait pertinent d’initier un projet commun entre États intéressés, visant à concevoir un vecteur balistique terrestre capable de porter des ogives nucléaires pour assurer une dissuasion stratégique effective. La fabrication des ogives et des missiles pourrait être cofinancée, chaque pays décidant par la suite du nombre d’ogives à déployer, par silo ou sur des plateformes mobiles. L’objectif serait de disposer d’une capacité suffisante pour menacer des cibles symboliques majeures russes telles que Moscou et Saint-Pétersbourg, où la défense antiaérienne a montré ses limites lors du conflit en Ukraine.
La destruction partielle de sites emblématiques comme le Kremlin ou le Palais d’Hiver aurait un impact stratégique et psychologique important sur la Russie, bien plus que la perte de vies humaines ou de simples infrastructures. Ce genre de riposte symbolique pourrait sérieusement ébranler l’image exacerbée que la Russie se fait de son destin impérial et civilisateur, tout en portant un coup personnel à Vladimir Poutine.
L’article X du TNP précise que la notification de retrait peut être effectuée en cas d’« événements extraordinaires liés à l’objet du traité mettant en danger les intérêts suprêmes du pays ». Dès que les accords conclus entre Washington et Moscou sur le sort de l’Ukraine seront signés, l’activation de cette clause et le démarrage de la sortie du traité doivent être envisagés sans délai.
Au-delà de la question sécuritaire, la prolifération nucléaire poussée par une dizaine d’États européens pertinentes, et potentiellement le Canada, porterait un coup sévère à la suprématie américaine dans le domaine nucléaire, remettant en cause l’hégémonie des États-Unis depuis la fin de la Guerre froide.
Il est urgent que les démocraties européennes (à l’exception de certains pays comme la Hongrie) entament des discussions pour coordonner leur retrait du TNP, puis informent officiellement, par la voie diplomatique, l’administration américaine que la continuation de sa politique de coopération avec la Russie concernant l’Ukraine entraînera cette réaction. En somme, prévenir avant de prévenir.
Ce moment de réflexion et d’action collective en Europe est nécessaire pour rompre avec une attitude soumise à Washington et passer à un partenariat allié véritablement égalitaire au sein de l’OTAN. La victoire sur le fascisme réalisée en 1945 doit être préservée et non remise en cause en 2025. Atteindre cet objectif passe par la possession d’armes nucléaires nationales et un retrait coordonné du Traité de non-prolifération.
Par ailleurs, l’article 5 de l’OTAN reste en vigueur, même si tous les membres ne le soutiennent pas pleinement, notamment les États-Unis eux-mêmes. Malgré des membres considérés comme « traîtres » comme les États-Unis ou la Hongrie, l’alliance reste debout, mais sa capacité de dissuasion nucléaire est gravement menacée par la dynamique inédite entre Washington et Moscou.