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La collaboration indo-russe en matière de défense franchit une nouvelle étape avec la perspective d’une transition rapide de la production aéronautique en Inde. L’usine de Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik, qui produit actuellement plus de 220 chasseurs Su-30MKI, pourrait passer à l’assemblage du chasseur furtif de cinquième génération Su-57E avec des adaptations minimales.

Selon les informations communiquées par des responsables russes, la production du Su-57E pourrait débuter dans un délai d’un an après la signature du contrat, en utilisant les infrastructures existantes dans le cadre de l’initiative « Make in India ». Parallèlement, le moteur AL-41F1S, moteur principal du Su-57, pourrait être fabriqué à partir de matières premières dans la division moteurs de HAL à Koraput, renforçant ainsi le transfert technologique et réduisant les délais, au moment où l’Indian Air Force (IAF) cherche à revitaliser rapidement ses escadrons.

Ce développement intervient alors que l’Inde étudie un accord préliminaire pour l’acquisition de deux escadrons prêts au vol (soit 36 à 40 appareils) auprès de la Russie, avec la construction locale de 3 à 5 autres unités à Nashik. Cette mesure vise à renforcer temporairement la flotte en complément des Rafale et Su-30MKI, en attendant la maturation du programme indien AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft). Les experts soulignent que bien que le Su-57E ne soit pas furtif au sens classique du terme, il offre une capacité de charge utile importante, notamment avec l’intégration d’armes indiennes telles que les missiles Astra et les missiles hypersoniques R-37M à longue portée (plus de 300 km), qui se sont révélés décisifs lors de l’opération Sindoor en mai dernier.

L’usine de Nashik, en activité depuis 1964 et centre de production agréé pour les appareils russes lourds, dispose déjà d’outillages, gabarits et d’une main-d’œuvre experte formée sur la cellule du Su-30MKI. Les évaluations russes récentes estiment que la remise à niveau de la chaîne nécessiterait moins de 30 % de modifications, centrées principalement sur les baies avioniques pour intégrer les radars N036 Byelka et sur les procédés de durcissement des composites pour les panneaux à faible signature radar. « La ligne peut évoluer avec des changements minimes ; il s’agit de quelques mois, pas d’années », a indiqué un représentant de Sukhoi, confirmant également le point de vue de Rostec, annoncé en février.

Une inspection menée par une délégation russe en septembre à Nashik a confirmé ces possibilités, avec un lancement progressif de la production : les premiers appareils prêts au vol seraient livrés dès 2027, suivis par des unités assemblées localement avec 50 à 60 % de contenu indien, incluant des radars AESA Uttam. Ce schéma se rapproche de l’expérience acquise avec le Su-30MKI, dont le taux de contenu local atteint 60 %, tout en prévoyant l’ajout d’améliorations « Super-30 » pour les Flankers existants, avec notamment l’intégration des radars AESA et la compatibilité R-37M. Si l’accord est finalisé lors de la visite du président Vladimir Poutine en décembre, la commande, estimée entre 7 et 10 milliards de dollars, pourrait s’élever jusqu’à 126 appareils, selon les propositions russes. Cette commande viendrait ainsi renforcer les 31 escadrons actuels de l’IAF vers l’objectif officiel de 42 escadrons.

La division moteur de HAL à Koraput, créée en 1964 initialement pour les moteurs MiG-21 et qui produit aujourd’hui plus de 60 moteurs AL-31FP annuellement pour les Su-30MKI, est prête à passer à la production indigène du moteur AL-41F1S. Ce turboréacteur à poussée vectorielle développe 147 kN et permet le supercroisière à Mach 1,6. Les autorités russes confirment un transfert de technologie complet – couvrant la fabrication à partir de matières premières – basé sur une évolution des plans du AL-31FP avec plus de 80 % de transfert, notamment pour les composants avancés tels que les pales monocristallines et les commandes FADEC (Full Authority Digital Engine Control).

Cette capacité, en sommeil depuis l’abandon en 2018 du programme FGFA due à des lacunes en matière de furtivité, pourrait repartir grâce à la nouvelle offre russe incluant 80 % de transfert de technologie pour la prochaine génération de moteurs « 177S ». La montée en cadence de la production à Koraput est planifiée pour 2025, soutenue par un investissement de 5 000 crores de roupies, et pourrait atteindre 20 à 25 unités AL-41F1S par an en 2028. Cette cadence serait calée sur celle des assemblages à Nashik, réduisant ainsi la dépendance aux importations dans un contexte stratégique marqué par les sanctions dites CAATSA.

Aspect Su-30MKI (Ligne actuelle à Nashik) Su-57E (Adaptation proposée)
Modifications cellule Fuselage Flanker standard <30 % retouche pour composites et panneaux RCS
Moteur AL-31FP (117 kN) AL-41F1S (147 kN, production Koraput)
Intégration avionique Uttam AESA optionnel indien Transfert complet Byelka + Astra/R-37M
Calendrier production 12-15 appareils/an Démarrage en 1 an ; pic à 20-30/an
Taux de contenu local 60 % 50-80 % avec compensations industrielles