Donald Trump a estimé vendredi que l’Iran chercherait à négocier un accord plutôt que d’affronter une action militaire américaine, malgré les avertissements de Téhéran concernant son arsenal de missiles qui ne serait jamais négociable.
« Je peux dire une chose, ils veulent faire un accord », a déclaré Donald Trump aux journalistes dans le Bureau ovale.
Interrogé sur un éventuel ultimatum donné à l’Iran pour entamer des pourparlers sur ses programmes nucléaire et balistique, le président américain a répondu « oui, je l’ai fait », sans toutefois préciser de date limite.
« Nous avons une grande armada, une flottille, appelez ça comme vous voulez, qui se dirige vers l’Iran en ce moment », a-t-il ajouté, en référence à un groupe aéronaval américain déployé dans les eaux proches de l’Iran.
« Espérons que nous conclurons un accord. Si c’est le cas, tant mieux. Sinon, nous verrons ce qu’il adviendra. »
Donald Trump a cité la décision iranienne, selon lui, d’arrêter les exécutions de manifestants – après une répression qui aurait fait plus de 6 000 morts selon des organisations de défense des droits humains – comme un signe de la volonté de Téhéran d’engager des négociations.
‘Faire ce qu’il faut’
Les alliés américains dans la région redoutent qu’une attaque américaine contre l’Iran ne provoque instabilité et chaos économique.
Un haut responsable du Golfe en contact avec l’administration Trump a indiqué que les États-Unis gardaient secrètes leurs intentions.
« Nous espérons que quoi qu’il arrive, cela conduira à la stabilité. Cet objectif pourrait être atteint si les Iraniens font ce qu’il faut, et nous espérons que ce sera le cas », a déclaré ce responsable, sous couvert d’anonymat.
Dans le même temps, Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien et chef de la sécurité nationale, s’est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine à Moscou.
Les détails de leur entretien n’ont pas été communiqués, mais la Russie propose de jouer un rôle de médiateur entre Washington et Téhéran.
Le chef de la diplomatie iranienne a réaffirmé vendredi que les capacités balistiques et défensives de l’Iran ne seraient « jamais » négociables.
Abbas Araghchi a souligné que Téhéran était « prêt à commencer des négociations si elles se déroulent sur un pied d’égalité », mais a insisté sur le fait que « les capacités défensives et balistiques de l’Iran ne seront jamais l’objet de négociations », ajoutant qu’aucune rencontre avec des responsables américains en vue de relancer les discussions n’était prévue.
Selon le média américain Axios, des responsables américains estiment que tout accord devrait inclure un plafonnement du nombre de missiles longue portée iraniens, le retrait de l’uranium enrichi du territoire iranien et une interdiction d’enrichissement indépendant.
Serhan Afacan, directeur de l’IRAM (Centre d’études iraniennes basé à Ankara), a déclaré à l’AFP qu’il serait « probablement impossible » de lier un accord nucléaire à d’autres sujets.
« Pour l’instant, le programme de missiles balistiques demeure une ligne rouge, car il constitue le cœur de l’architecture défensive de l’Iran », a-t-il précisé.
‘Réduire’ les tensions
L’Iran a averti qu’elle riposterait immédiatement avec des frappes de missiles contre des bases, navires et alliés américains, notamment Israël.
« Nous ne limitons pas la géographie du conflit à la seule mer et nous nous sommes préparés à des scénarios plus larges et plus avancés », a déclaré vendredi Ali Shamkhani, chef du Conseil de défense iranien, selon l’agence Tasnim.
Lors d’une conférence de presse commune à Istanbul avec Abbas Araghchi, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a expliqué que c’est Israël qui pousse les États-Unis à frapper l’Iran et a exhorté Washington à « ne pas permettre que cela se produise ».
Les autorités iraniennes accusent les États-Unis et Israël d’être à l’origine des manifestations initiées fin décembre pour protester contre la situation économique, qui ont atteint leur pic les 8 et 9 janvier. Elles qualifient ces événements d’« opération terroriste » ayant transformé des manifestations pacifiques en « émeutes ».
Selon l’agence américaine Human Rights Activists News Agency (HRANA), 6 563 personnes auraient été tuées lors de ces manifestations, parmi lesquelles 6 170 manifestants et 124 enfants. Toutefois, les restrictions d’accès à Internet imposées depuis le 8 janvier compliquent la collecte d’informations à l’intérieur du pays.
Des organisations de défense des droits humains estiment que le nombre réel de morts pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliers.
Les autorités iraniennes reconnaissent quant à elles plus de 3 000 décès liés aux manifestations, en précisant que la majorité concernerait des membres des forces de sécurité ou des passants tués par les « émeutiers ».