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Un terrain urbain complexe et des tunnels freineraient l’offensive israélienne ; les frappes chirurgicales restent la meilleure option

Le chemin s’annonce ardu pour l’armée israélienne. Face à des options limitées, des attentes importantes et un temps compté, la préparation de l’offensive terrestre dans la bande de Gaza se heurte à des réalités tactiques complexes. L’opération du 7 octobre, bien planifiée par le Hamas avec le soutien d’éléments extérieurs, semblait avoir anticipé ses conséquences. Or, combattre en zone urbaine bâtie (FIBUA) figure parmi les formes de guerre les plus difficiles, surpassant même la guerre en jungle. En effet, si dans la jungle les deux camps ont une chance égale de surprendre l’adversaire, en milieu urbain, les habitants locaux, retranchés dans des habitats dotés de multiples angles de tir, ont toujours un net avantage.

Ainsi, en s’engageant dans Gaza, l’armée israélienne doit s’attendre à un combat harassant, susceptible d’entraîner de lourdes pertes humaines et un impact négatif sur le moral. Alors que sur un terrain dégagé, un rapport de forces de 1 attaquant pour 3 défenseurs peut suffire, en montagne il faut plutôt compter sur un ratio de 1 pour 6. En zone urbaine, il peut grimper jusqu’à 1 contre 20, car l’effet de surprise est totalement en faveur du défenseur, bien retranché dans un environnement complexe et étroit. Un tel combat rapproché, opposant des forces bien enracinées dans des habitations fortifiées au sein de ruelles étroites, n’a pas eu lieu à cette ampleur depuis un siècle, rendant cette différence de ratio particulièrement dissuasive.

Le défi est d’autant plus grand pour Israël que près de 250 de ses ressortissants sont retenus en otages par le Hamas, organisation terroriste impitoyable qui contrôle Gaza. L’Autorité palestinienne, reconnue internationalement comme le représentant légitime des Palestiniens, n’exerce aucun contrôle sur le Hamas.

Des options limitées

Les opérations de ratissage, menées maison par maison dans des zones densément peuplées et hostiles, sont généralement les plus meurtrières. La présence d’otages, incluant femmes, enfants et nourrissons, cachés à divers endroits par le Hamas, rend impossible l’usage de bombardements massifs ou d’actions visant à déloger les occupants des tunnels par fumigation ou autres moyens.

De plus, les bombardements à grande échelle sont désormais exclus, notamment après l’explosion survenue dans un hôpital de Gaza, causant des centaines de victimes civiles. Bien que l’attaque ne semble pas provenir d’un bombardement aérien israélien mais plutôt d’une roquette tirée — ou mal tirée — par le Hamas ou le Jihad islamique, l’impact a provoqué un incendie sans détruire la structure de l’édifice, ce qui aurait été le cas d’une frappe aérienne directe.

La question cruciale demeure : quelle voie suivre pour l’armée israélienne ? Le Hamas est-il trop solidement implanté pour être délogé par les forces israéliennes (IDF) ? Seul l’avenir apportera des réponses, mais il est certain que ce conflit redéfinira l’histoire militaire moderne dans la lutte contre le terrorisme, bien au-delà de ce que l’on appelait autrefois la guerre urbaine.

Blindés, chars et colonnes mécanisées

Les colonnes mécanisées présentent des vulnérabilités notables. L’armée israélienne est équipée du char Merkava, reconnue comme une machine de guerre exceptionnelle. Toutefois, il reste à voir si ce char a été adapté aux contraintes spécifiques des rues étroites de Gaza.

De plus, la question de l’évolution du Merkava pour intégrer des dispositifs anti-drone se pose. Le Hamas, qui a lancé 5 000 roquettes dès le premier jour de l’offensive, pourrait disposer d’aéronefs sans pilote (UAV). L’Iran, principal fournisseur de fonds et d’armements du Hamas, possède une forte capacité en matière de drones, ce qui suggère une probabilité élevée que le Hamas utilise ces engins. Le conflit en Ukraine a démontré que même des drones suicides pilotés par des civils pouvaient être redoutables face aux colonnes mécanisées, ce qui représente un danger majeur sur le terrain urbain.

Guerre hybride

La guerre hybride combine des motivations religieuses, des enjeux légaux y compris humanitaires, ainsi que des dimensions militaires, politiques et diplomatiques. Le conflit au Moyen-Orient en incarne tous les aspects, comme l’illustre l’explosion à l’hôpital, manifestant la complexité de la guerre asymétrique.

Le Hamas excelle dans la création de narratifs influents à l’échelle médiatique et politique. Dans un contexte urbain dense, toutes les méthodes de la guerre asymétrique seront mises en œuvre. La tragédie civile à l’hôpital a modifié considérablement la perception internationale et constitue un avertissement sérieux pour l’armée israélienne. Ce dernier ne doit pas se précipiter : une invasion terrestre mal préparée dans cette phase du conflit pourrait aggraver une situation déjà tendue et compromettre les capacités des forces israéliennes.

Dans la guerre hybride, une bombe mal placée ou une erreur de tir peuvent faire basculer le rapport de force, Israël ayant trop à perdre pour prendre le risque d’une offensive terrestre à grande échelle dans ces conditions.

Des mesures innovantes

Des méthodes nouvelles pour neutraliser les tunnels existent, mais elles nécessitent une planification approfondie et une coordination efficace avec les technologies et les équipements disponibles. Une réaction brutale et immédiate à une attaque terroriste pourrait se transformer en un désastre dont il serait difficile de se relever. Une offensive terrestre ne devrait être envisagée que lorsque l’ennemi aura été sévèrement affaibli et que son énergie sera tombée à un niveau très bas. C’est l’objectif des frappes aériennes ciblées.

Patience et frappes chirurgicales

Israël doit faire preuve de patience, même dans cette période difficile. Pour gagner ce conflit, il est nécessaire de l’étirer et de progresser par étapes. Compte tenu des pertes survenues lors de l’explosion à l’hôpital, une attaque terrestre immédiate rendrait l’armée vulnérable.

Dans la phase actuelle, malgré l’évolution rapide du contexte, il semble raisonnable de privilégier l’amélioration du renseignement et d’opter pour des frappes chirurgicales précises, visant les hauts responsables du Hamas. Mener ces opérations avec un accompagnement médiatique contrôlé, notamment en présence de journalistes intégrés, contribuerait à contrer efficacement la narration adverse et renforcerait la cause israélienne.

En résumé, le succès dépendra avant tout d’une collecte de renseignement efficace, d’une communication stratégique pertinente et d’une utilisation ciblée des frappes chirurgicales pour contenir et déstabiliser le Hamas sans déclencher une guerre urbaine généralisée aux conséquences imprévisibles.