La Turquie franchit une étape majeure dans son ambitieux programme aéronautique en commandant le sixième prototype de son chasseur furtif de cinquième génération, le KAAN. Ce nouvel engagement marque une avancée décisive vers la pleine capacité opérationnelle de l’appareil et ouvre la voie à sa future commercialisation à l’international.
Progrès dans le programme KAAN
Le chasseur KAAN est développé par Turkish Aerospace Industries (TAI) dans le cadre du projet TF-X, également connu sous le nom de MMU (Milli Muharip Uçak), lancé en 2016. Son premier vol a eu lieu le 21 février 2024, suivi par un second vol d’essai le 7 mai 2024, témoignant des progrès significatifs réalisés dans son développement.
Sur le plan stratégique, TAI prévoit le début des tests des systèmes d’arme dès 2026, avec les premières livraisons opérationnelles de KAAN à l’armée de l’air turque programmées pour la fin 2028 ou début 2029.
Mehmet Demiroğlu, directeur général de TAI, a précisé la feuille de route : le second prototype (P1) est attendu pour la fin 2025, le troisième (P2) pour début 2026, suivi par la fabrication d’autres exemplaires de test, dont ce sixième prototype récemment commandé (P5 ou P6), afin de constituer une flotte robuste avant le lancement de la production en série.
Importance stratégique
L’acquisition de plusieurs prototypes, y compris ce sixième exemplaire, soutiendra une campagne intensive de tests visant à valider les capacités furtives, l’intégration de l’avionique, les performances aérodynamiques et les systèmes d’armement. La construction de six avions avant la production en série s’inscrit dans la stratégie progressive adoptée par TAI.
Ce programme illustre la volonté de la Turquie d’atteindre une autosuffisance industrielle complète, notamment dans des domaines technologiques critiques tels que le moteur national TF-35000, le radar AESA, les familles de missiles et les systèmes avioniques.
Une fois finalisé, le KAAN remplacera la flotte vieillissante de F-16 et offrira des performances de supercroisière à Mach 1,8, une capacité d’emport interne d’armements, une grande maniabilité, la fusion de capteurs ainsi que des fonctions opérationnelles basées sur l’intelligence artificielle.
Perspectives d’exportation et partenariats
Le potentiel à l’export du KAAN a connu un coup d’accélérateur en début d’année avec la signature par la Turquie d’un contrat historique avec l’Indonésie, portant sur l’acquisition de 48 appareils pour un montant d’environ 10 milliards de dollars. Les livraisons sont prévues pour la fin de la décennie. Il s’agit du premier contrat d’exportation pour cette nouvelle plateforme de combat turque.
Outre l’Indonésie, d’autres pays – dont le Pakistan, l’Azerbaïdjan, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, la Malaisie, l’Ukraine et l’Égypte – ont manifesté leur intérêt à rejoindre le programme, que ce soit par des achats ou via des partenariats industriels.
Ce que cela signifie
La commande du sixième prototype témoigne d’une accélération des échéances et d’une confiance accrue dans le programme KAAN. L’objectif est de disposer de plusieurs versions de l’appareil pour effectuer des essais en vol, améliorer la fiabilité et assurer une transition fluide vers la production en série à partir de 2028.
Le KAAN, l’un des premiers chasseurs de cinquième génération autonomes indépendants des écosystèmes américains, chinois ou russes, renforce l’autonomie aérospatiale de la Turquie et ouvre de nouvelles opportunités sur le marché international de la défense.
Fiche synthétique
Nombre de prototypes : Six commandés, complétant la flotte de développement
Premiers vols d’essai : Février 2024 (inaugural), mai 2024 (second vol)
Tests d’armement : Prévue à partir de 2026
Livraisons prévues : Premiers appareils conformes aux normes OTAN entre 2028 et 2029
Partenaires à l’export : Indonésie confirmée ; intérêt de Pakistan, Azerbaïdjan, EAU, Arabie Saoudite, Ukraine
Objectif stratégique : Remplacer la flotte de F-16 et affirmer l’autonomie technologique de la Turquie en défense
La commande du sixième prototype du KAAN envoie un signal clair : la Turquie est résolument déterminée à transformer ce projet national en un succès mondial.