Lors du 15e Salon aéronautique de Zhuhai en novembre 2024, la Chine a présenté son « Type B », un drone de combat supersonique de nouvelle génération, discret et de taille comparable au Chengdu J-10 de la Force aérienne populaire de libération (PLAAF). Ce Véhicule de Combat Aérien Sans Pilote (UCAV) allie performance et polyvalence, offrant à la PLAAF une avancée notable en matière de guerre aérienne sans pilote. Tandis que ce drone s’intègre progressivement au sein des forces chinoises, l’Inde se doit d’accélérer le développement de son propre chasseur sans pilote, le Future Unmanned Fighter Aircraft (FUFA), afin de préserver l’équilibre stratégique dans la région indo-pacifique.
Le Type B, exposé lors d’un défilé militaire et largement mis en avant au salon de Zhuhai, affiche une silhouette sans empennage, avec une aile delta en forme de losange, optimisée à la fois pour la furtivité et la haute performance. Ses dimensions sont proches de celles du J-10, avec environ 16,9 mètres de long et une envergure de 9,8 mètres. Il est doté d’entrées d’air supersoniques sans déviation (DSI), de deux grandes surfaces de contrôle à l’extrémité de chaque aile et d’un nez fin taillé pour réduire la signature radar. Propulsé par un turbofan unique, le Type B atteint vraisemblablement des vitesses supersoniques supérieures à Mach 1,8. Il est conçu pour la supériorité aérienne, les frappes de précision et les opérations conjointes homme-machine (MUM-T).
Caractéristiques principales du Type B :
Furtivité et performances : Son design discret, combinant des entrées latérales DSI et une silhouette profilée, minimise la section radar (RCS) tout en permettant un vol supersonique. L’absence d’empennage améliore la maniabilité et complique sa détection.
Polyvalence opérationnelle : Équipé pour emporter des missiles air-air avancés tels que le PL-15 (portée entre 200 et 300 km) ainsi que des munitions air-sol, il peut engager des chasseurs, des AWACS et des cibles terrestres. Sa capacité MUM-T lui permet de fonctionner comme un « ailier loyal » aux côtés de chasseurs pilotés comme le J-20 et le J-35, coordonnant les attaques et le renseignement.
Statut opérationnel : Les numéros de série du Type B (par exemple 53x3x) indiquent une affiliation à une brigade de la PLAAF au sein du Commandement militaire occidental, suggérant un stade précoce de mise en service ou de tests avancés. Si le déploiement complet reste à confirmer, sa présence au salon de Zhuhai annonce une entrée en service prochaine.
Le développement du Type B s’inscrit dans la volonté plus large de la Chine d’étendre ses capacités en systèmes sans pilote. La PLAAF compte plus de 4 000 aéronefs dont 2 566 appareils de combat, ainsi qu’une flotte UAV en croissance, comprenant notamment les Yunying, CH-4 et CH-5. Le rapport 2024 du Pentagone sur la puissance militaire chinoise souligne la sophistication des systèmes aériens sans pilote chinois, rivalisant avec les standards américains grâce à des plateformes comme le supersonique WZ-8 et le furtif GJ-11.
L’introduction du Type B représente un défi majeur pour l’Armée de l’air indienne (IAF), qui dispose d’une flotte plus modeste d’environ 900 avions de combat, comprenant des Su-30MKI, Rafale et Tejas. L’avantage numérique chinois (plus de 2 400 avions de combat) et la supériorité technologique en termes de chasseurs de 5e génération (J-20, J-35) ainsi que de nouveaux UCAV avancés accentuent la pression le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC). Le Type B pourrait compromettre la supériorité aérienne indienne de plusieurs manières :
- Engagements à longue portée : Armé de missiles PL-15, il peut engager les appareils indiens à des distances allant jusqu’à 200-300 km, surpassant la portée de l’Astra Mk-1 de l’IAF (110 km) et défiant celle du Meteor (200 km). Sa furtivité complique la détection, surtout face aux radars plus anciens de l’IAF.
- Avantage MUM-T : Sa capacité à opérer en coordination avec les J-20 et les AWACS KJ-500 améliore la conscience tactique et la désignation de cibles, risquant de submerger les défenses indiennes dans des scénarios de haute intensité.
- Opérations frontalières : L’augmentation des bases aériennes chinoises au Tibet, capables de déployer J-10, J-16 et UCAV, permet une projection rapide près de la LAC, menaçant directement les bases indiennes au Ladakh et en Arunachal Pradesh.
Le conflit indo-pakistanais de 2025, où des J-10CE pakistanais armés de missiles PL-15E ont, selon des rapports, abattu un Rafale indien guidé par AWACS via des tirs « silencieux » au radar, illustre la dangerosité de ces systèmes. Le Type B, avec sa furtivité renforcée et son autonomie accrue, pourrait intensifier ces menaces, rendant urgente la mise au point d’une réponse indienne adaptée.
FUFA : la riposte indienne au Type B
Le Future Unmanned Fighter Aircraft (FUFA), en cours de développement par le DRDO et Hindustan Aeronautics Limited (HAL), vise à concevoir un UCAV furtif et supersonique pour compléter la flotte pilotée de l’IAF et contrer des menaces sophistiquées telles que le Type B. Ce projet, intégré dans la Mission Sudarshan Chakra et cohérent avec le Project Ghatak dédié aux UCAV furtifs, ambitionne de fournir une plateforme capable d’assurer la supériorité aérienne, la frappe de précision et des opérations MUM-T. Bien que stade encore conceptuel, FUFA reste un élément-clé pour faire face aux défis posés par le Type B.
Principaux éléments :
- Contre la furtivité et à longue distance :
- FUFA devrait incorporer des caractéristiques furtives, telles qu’un design sans empennage ou à aile volante, rivalisant avec la discrétion du Type B. L’usage de composites avancés et matériaux absorbant les ondes radar, développés par le DMRL pour des applications navales et radômes, réduira la signature radar.
- Son armement comprendra vraisemblablement des missiles Astra Mk-2 (160 km) et Mk-3 (340 km) équipés de têtes chercheuses AESA et moteurs à double impulsion, permettant d’engager UCAV et chasseurs PLAAF à portée équivalente et annihilant leur avantage de distance.
- MUM-T et guerre centrée sur le réseau :
- FUFA exploitera le système Akashteer, une plateforme de combat en intelligence artificielle, pour une intégration fluide avec les Rafale, Su-30 et AWACS indiens, reproduisant les capacités MUM-T du Type B et facilitant les opérations coordonnées et la désignation de cibles tierces.
- L’Integrated Air Command and Control System (IACCS) de l’IAF et les radars avancés tels que le Long-Range Battle Management Radar (LRBMR) renforceront la conscience tactique, contrant les capacités déployées par le KJ-500 chinois et ses UCAV connectés.
- Performances supersoniques :
- FUFA devrait être propulsé par un turboréacteur indigène, potentiellement dérivé du AL-31FP ou du Kaveri, permettant des vitesses supersoniques comparables au Mach 1,8+ du Type B. Le contrôle vectoriel de poussée (TVC) pourrait apporter une maniabilité accrue pour les combats rapprochés et l’évitement.
- L’expérience du DRDO acquise avec le Ghatak UCAV, conçu pour la furtivité et les missions de frappe, influencera le design aérodynamique de FUFA garantissant des performances élevées dans un espace aérien contesté.
- Écosystème local :
- Le développement de FUFA s’inscrit dans la politique d’autonomie stratégique indienne, en partenariat avec des acteurs industriels comme BHEL, JSPL et SAIL, fournissant des matériaux avancés tels que l’acier DMR-249A et des composites haute résistance. Ces matériaux, déjà transférés pour des applications navales et de défense, soutiendront la furtivité et la durabilité de FUFA.
- La collaboration avec des entreprises privées telles que Tata Advanced Systems et BEL accélèrera la production, à l’image du développement rapide du Type B mené par Chengdu Aircraft Corporation.
- Dissuasion stratégique :
- Le déploiement de FUFA le long de la LAC et dans les missions maritimes avec la Marine indienne (par exemple, en protection du porte-avions INS Vikrant) contrera le rôle du Type B à bord des porte-avions chinois comme le Fujian, renforçant la projection de puissance indienne.
- Son potentiel d’exportation vers des pays amis comme le Vietnam et l’Indonésie, également soumis à la pression chinoise, pourrait renforcer les partenariats stratégiques, à l’instar des exportations chinoises de JF-17 et de missiles PL-15E.