La Corporación Aeronáutica Unida (UAC) a livré les deux premiers chasseurs Su-57E de production en série, la version export du biréacteur de 5e génération russe, à un client international dont l’identité reste confidentielle. Cette annonce a été faite le 17 novembre par Vadim Badeha, directeur général d’UAC, lors du Salon aéronautique de Dubaï 2025.
Cette livraison fait de la Fédération de Russie le deuxième pays au monde, après les États-Unis, à exporter un appareil de combat de cinquième génération. Selon Vadim Badeha, les avions sont déjà en service opérationnel et le client s’est déclaré satisfait de leur performance et de leur qualité.
Bien que le client ne soit pas officiellement dévoilé, la presse spécialisée en défense algérienne et russe avance qu’Argélie serait le destinataire principal. Un contrat portant sur 14 Su-57E aurait été signé en 2021, avec un calendrier de livraison à raison de six appareils en 2025, six en 2026, puis deux en 2027.
Partenaire militaire historique de la Russie et opérateur des chasseurs Su-30MKA et des bombardiers Su-34, l’Argélie apparaît comme le client inaugural le plus cohérent, disposant des moyens financiers et de la nécessité doctrinale pour moderniser significativement sa force aérienne.
Le Su-57E, désigné « Felon » par l’OTAN, est doté d’un radar à balayage électronique actif (AESA), d’un système avancé de visée électro-optique et d’un système intelligent de gestion d’armes. Parmi ses caractéristiques principales :
- Poids maximal au décollage (MTOW) : 35 000 kg
- Vitesse maximale : Mach 2,45 (environ 2 600 km/h)
- Plafond opérationnel : 20 000 mètres
- Rayon de combat : 1 500 km
- Armement : combinaisons de missiles air-air et air-sol guidés, bombes guidées, canon interne de 30 mm
Le lancement des livraisons du Su-57E ouvre de nouvelles perspectives commerciales pour l’UAC, notamment en direction de l’Inde. Lors du salon Aero India 2025, la Russie a soumis à New Delhi une proposition mise à jour pour le codéveloppement d’un chasseur de 5e génération. Ce projet met en avant une forte industrialisation locale dans le cadre du programme « Make in India », à l’instar du succès rencontré avec le Su-30MKI. Cette initiative propose une flexibilité importante, notamment avec l’intégration de systèmes indiens et des modifications conjointes de la plateforme.
Pour l’Inde, il s’agit d’une opportunité stratégique d’accéder à la technologie de 5e génération pour contrer le J-20 chinois. Pour la Russie, c’est la consolidation d’un partenariat stratégique clé.
Analyse des potentiels opérateurs
L’exploitation d’un chasseur de cinquième génération comme le Su-57 demande un alignement militaire, politique, doctrinal et infrastructurel important. Au-delà d’Argélie et de l’Inde, le cercle des opérateurs envisageables reste restreint mais inclut plusieurs États ayant des antécédents de coopération avec Moscou.
- Vietnam : Fort candidat régional, la Force aérienne populaire vietnamienne, opérant la famille Su-27/30, cherche à améliorer ses capacités pour faire face à la montée en puissance militaire de la Chine incluant le J-20. L’acquisition du Su-57E représenterait un atout stratégique pour Hanoi.
- Kazakhstan : Membre de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) et utilisateur du Su-30SM, le Kazakhstan pourrait envisager le Su-57E comme prochaine étape dans la modernisation de son aviation tactique.
- Moyen-Orient : Complexe. L’Égypte, malgré son acquisition de Su-35, a fait face à des pressions américaines sous la CAATSA qui ont conduit apparemment à l’annulation d’un accord, rendant difficile l’achat du Su-57E. L’Iran pourrait être un éventuel acquéreur après la levée de l’embargo onusien sur les armes et ses commandes de Su-35. Pour Téhéran, le Su-57E renforcerait significativement ses capacités dans un contexte de tensions régionales avec Israël.
- Turquie : Cas particulier en tant que membre de l’OTAN. Exclue du programme F-35 après l’achat du système S-400 russe, et développant son propre chasseur KAAN, la Turquie a peu de chances d’acheter un Su-57E, bien que des divergences croissantes avec l’Ouest ne rendent pas cette option totalement impossible.
Pour ces pays, le Su-57E représente un accès à la technologie de cinquième génération en dehors du programme F-35. La concrétisation des contrats dépendra notamment de la souplesse financière de la Russie, des capacités de production d’UAC ainsi que de l’évolution des équilibres dans le marché mondial de l’armement.
Conclusion
La première livraison du Su-57E constitue un jalon technologique et géopolitique. Elle témoigne de la capacité du complexe industriel de défense russe à développer et fournir des systèmes aéronautiques avancés malgré les sanctions internationales. L’avenir des exportations dépendra de la capacité d’UAC à honorer les commandes nationales et étrangères ainsi que de la volonté politique et des moyens financiers des clients potentiels, avec l’Inde en particulier comme perspective majeure à long terme.
Dans ses déclarations, Vadim Badeha a souligné que la situation actuelle du marché, influencée par la performance du matériel russe en opérations, crée un environnement favorable à la croissance des exportations. Il a insisté sur l’intérêt croissant des clients internationaux pour les systèmes dont la supériorité a été démontrée face aux technologies occidentales contemporaines. La priorité d’UAC est désormais de répondre à cette demande montante.
Natalia Zhemkova