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Un AV-8B Harrier II du Corps des Marines des États-Unis a mené une frappe de précision avec tirs réels depuis le navire d’assaut amphibie USS Iwo Jima (LHD 7) lors d’un exercice au-dessus de la mer des Caraïbes le 11 octobre 2025, selon des sources militaires proches de l’opération. Le Pentagone a présenté cette mission comme un exercice de préparation continue, mais les autorités ont reconnu qu’elle s’est déroulée dans des « conditions opérationnelles » et revêtait une importance stratégique dans un contexte de tensions régionales accrues, consécutivement à une interpellation maritime sanglante impliquant des forces vénézuéliennes quelques jours plus tôt.

L’USS Iwo Jima, déployé actuellement au sein d’un Groupe de Préparation Amphibie (ARG) avec l’USS San Antonio et l’USS Fort Lauderdale, embarque des éléments de la 22e Unité Expéditionnaire des Marines (capable d’opérations spéciales). Ces forces mènent une campagne soutenue de présence et de préparation d’attaques afin de soutenir les objectifs du Commandement Sud des États-Unis, focalisés sur les organisations criminelles transnationales opérant au Venezuela et dans les zones environnantes.

Selon plusieurs sources défensives, la sortie de l’AV-8B Harrier a reproduit un raid cinétique ciblant une plateforme maritime affiliée à un cartel, avec un commandement et un contrôle en temps réel, simulant ainsi des conditions de combat réelles.

Cette opération intervient dans un climat de tension militaire et diplomatique croissant, après le naufrage d’un navire battant pavillon vénézuélien, survenu le 13 septembre. Ce dernier a été coulé par un hélicoptère MH-60R Seahawk de la Marine américaine, ce qui a provoqué une riposte du Venezuela sous forme d’un bombardement terrestre réalisé par un SU-30 de l’Aviation Militaire Bolivarienne.

L’opération de destruction du navire, qui a causé 11 décès, a été justifiée par les autorités américaines comme une action légitime de lutte contre le trafic de drogue. En revanche, le Venezuela a condamné cet acte comme une agression. Dans les semaines qui ont suivi, Caracas a déployé des chasseurs F-16 sur plusieurs bases avancées et activé des systèmes radar côtiers pour surveiller les activités navales américaines. Des rapports de renseignement font état d’une intensification de la surveillance navale et du renseignement vénézuéliens à proximité des groupes navals américains.

Le déploiement de l’AV-8B Harrier II prend ainsi une nouvelle dimension stratégique.

Qu’est-ce que l’AV-8B Harrier II ?

L’AV-8B Harrier II est un appareil à décollage et atterrissage vertical ou court (V/STOL) utilisé par le Corps des Marines américain. Il est destiné aux missions de soutien aérien rapproché, d’attaque en profondeur et de reconnaissance armée. Conçu pour opérer depuis des navires d’assaut amphibie, des pistes d’expédition ou des bases avancées sommaires, sa capacité STOVL permet de projeter une puissance de feu sans dépendre d’aérodromes fixes.

Armé d’un canon GAU-12/U de calibre 25 mm, de bombes guidées de précision, de missiles air-sol AGM-65 Maverick et de missiles air-air AIM-9 Sidewinder, l’AV-8B est une plateforme polyvalente et multifonctions, parfaitement adaptée aux opérations en zones côtières complexes et dans les conflits de basse intensité.

Bien que son retrait soit prévu pour la fin de l’année 2026, dans le cadre de la transition vers le F-35B par le Corps des Marines, le Harrier reste pleinement opérationnel et déployable en situation de combat. Son engagement récent dans les Caraïbes illustre à la fois sa valeur tactique durable et sa capacité à opérer depuis la mer en soutien aux opérations de sécurité maritime.

Les missions potentielles contre les cartels vénézuéliens

Face à la pression croissante des États-Unis sur les réseaux de narcotrafic liés à l’État vénézuélien, l’AV-8B Harrier II dispose d’un éventail capacitaire s’étendant bien au-delà du simple appui aérien classique.

Premièrement, le Harrier peut mener des attaques de précision sur des infrastructures fixes des cartels, telles que des pistes clandestines en forêt, des aérodromes secrets, des dépôts de carburant ou des laboratoires de traitement de drogue. Grâce aux bombes GBU-38 JDAM guidées par GPS ou GBU-12 à guidage laser, il est en mesure de neutraliser des cibles protégées ou mobiles tout en limitant son empreinte aérienne.

Deuxièmement, l’appareil excelle dans l’interdiction maritime. En coordination avec les équipes d’abordage de la Marine ou de la Garde côtière, il peut assurer des missions de surveillance dynamique, exécuter des frappes d’immobilisation contre des embarcations rapides ou semi-submersibles utilisées par les trafiquants, et neutraliser les tirs hostiles visant les personnels américains engagés lors des interceptions.

Troisièmement, la plateforme peut apporter un soutien aérien rapproché aux forces spéciales opérant en territoire hostile. Si les Marine Raiders ou les Navy SEALs mènent des actions directes contre les bastions des cartels au Venezuela, le Harrier est en mesure de fournir une couverture rapide depuis la mer, avec des frappes précises en appui des opérations terrestres.

Quatrièmement, sa présence dans l’espace aérien régional agit comme un facteur psychologique et dissuasif. Le bruit caractéristique du Harrier à basse altitude, combiné à la visibilité de patrouilles armées, perturbe les chaînes logistiques des cartels et témoigne de la volonté américaine d’intensifier ses opérations en cas de provocations.

Enfin, sur le plan opérationnel, le Harrier peut contribuer à la surveillance tactique grâce à ses capteurs embarqués, facilitant la détection de cibles dans des terrains densément boisés ou montagneux. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une plateforme ISR classique, sa capacité de reconnaissance armée en fait un outil précieux pour identifier et éliminer en temps réel convois de trafiquants ou dépôts d’armes.

Un tournant stratégique dans la posture américaine

Cette démonstration à feu réel s’inscrit dans un cadre plus large visant à affirmer l’influence des États-Unis dans les Caraïbes et en Amérique du Sud, où Washington considère le narcotrafic d’État comme une menace stratégique majeure. Des responsables du Commandement Sud affirment que le déploiement actuel ne constitue pas un simple exercice mais une présence avancée active destinée à démanteler les organisations criminelles transnationales et à dissuader la complicité étatique.

L’utilisation de la puissance aeronavale par le Pentagone dans ce contexte de guerre « hybride » traduit une évolution doctrinale réfléchie. Les groupes d’attaque amphibie, comme celui conduit par l’Iwo Jima, offrent une grande flexibilité et une supériorité dans la montée en puissance militaire. Le Harrier, capable de frapper avec précision depuis la mer sans dépendre des autorisations des pays hôtes, fournit un outil puissant aux décideurs américains pour exercer une pression ciblée, sans engager de larges forces terrestres.

Si les tensions demeurent fortes et la situation fragile, avec des interceptions régulières des forces vénézuéliennes accompagnées d’activités aériennes dispersées et des patrouilles côtières agressives, le risque d’escalade ou de maladresse tactique est réel. Toutefois, le message américain est clair : ses forces armées ne se limitent pas à des manœuvres, elles sont prêtes à intervenir.

Malgré sa fin de carrière imminente, l’AV-8B Harrier II reste un instrument clé de la projection de puissance américaine. Son déploiement actuel dans les Caraïbes à ce moment critique confirme sa valeur comme une plateforme d’attaque navale éprouvée et prête à soutenir des opérations couvrant l’ensemble du spectre de l’intervention militaire.

Alain Servaes