Un bombardier B-52H Stratofortress de l’US Air Force a été photographié en train de survoler la vallée d’Owens, en Californie, équipé de deux exemplaires d’une arme non identifiée suspendue sous son aile droite. L’appareil arbore les marques orange caractéristiques des avions d’essai, sans autres éléments permettant d’identifier clairement le système embarqué.
Les photos
Le bombardier a été capturé en photo le 31 octobre par le photographe spécialisé en aviation Ian Recchio, qui a autorisé la diffusion de ses images pour cet article.
« J’observais des avions avec un ami dans la vallée d’Owens quand nous avons entendu à la radio que le « Torch52 » entrait en vol à basse altitude au ’point Alpha’. C’est toujours un plaisir de voir un lourd appareil voler si bas, mais au moment où le Torch est arrivé à notre position, il avait déjà pris de l’altitude, autour de 1 500 mètres, ce qui reste assez bas et permet de faire de superbes clichés. Nous avons pris plusieurs photos qui ont révélé un armement intéressant fixé sur l’un des points d’emport. »
À une inspection minutieuse, cette arme se révèle particulièrement intrigante. On peut observer sur chaque unité une gouverne de queue en T inversé à trois surfaces, des ailes déployables sous le fuselage, ainsi qu’un profil en forme de coin tant à l’avant qu’à l’arrière.
Ces caractéristiques rappellent fortement la représentation publique unique du missile de croisière furtif nucléaire de nouvelle génération AGM-181A LRSO (Long-Range Standoff), destiné à remplacer l’ancienne arme AGM-86B ALCM (Air Launched Cruise Missile) de l’US Air Force. Ces images pourraient constituer les premières photos de cette arme encore secrète, mais son identification ne peut être confirmée de manière indépendante pour l’instant.
Les armes sont montées sur les points d’ancrage extérieurs d’un support éjecteur multiple (MER), capable de transporter jusqu’à six munitions. Ce type de support est utilisé par le B-52H pour diverses configurations d’armements.
Un rapprochement a également été effectué avec le missile AGM-154 JSOW (Joint Standoff Weapon), mais des différences notables subsistent, notamment la forme du nez, le carénage partiel des ailes et les surfaces croisées de la gouverne de queue.
La représentation
La première image officielle du LRSO a été dévoilée le 9 juin 2025. Cependant, en raison du caractère confidentiel du programme, il est possible que certains détails aient été artificiellement modifiés pour des raisons de sécurité.
Sur cette représentation, l’entrée d’air n’est pas visible, ce qui pourrait signifier qu’elle se situe en partie supérieure ou ait été omise volontairement, étant une caractéristique sensible du système.
Bien que les capacités précises du LRSO restent inconnues, sa propulsion devrait être subs sonique grâce à un turboréacteur compact.
Le dessin montre un missile au profil trapézoïdal, avec une silhouette en coin à la fois à l’avant et à l’arrière. Comme son prédécesseur, il est équipé d’ailes repliables, d’un stabilisateur vertical sous la cellule et de plans horizontaux légèrement inclinés à la queue.
Le missile AGM-181 LRSO
L’AGM-181 LRSO est un missile de croisière à longue portée conçu pour assurer une capacité de frappe nucléaire survivable, capable d’infliger des effets stratégiques létaux sur des cibles prioritaires. Il doit remplacer le missile AGM-86 (ALCM) aujourd’hui en service et sera intégré aux bombardiers B-52 Stratofortress et B-21 Raider.
Le système LRSO est spécifiquement développé pour pénétrer et survivre aux défenses aériennes intégrées (IADS) les plus modernes, tout en opérant depuis des distances sûres pour assurer une capacité de frappe stratégique globale primordiale pour la dissuasion nucléaire américaine.
Ce programme revêt une importance stratégique majeure dans la modernisation de la triade nucléaire américaine. Le B-21 Raider, bombardier furtif de nouvelle génération, sera armé de trois types d’armes nucléaires : le missile de croisière AGM-181 LRSO et les bombes B61-12 et B61-13, ces dernières étant exclusivement dédiées au Raider.
Malgré la phase de test secrète du programme, Andrew Hunter, alors directeur exécutif des acquisitions de l’US Air Force, affirmait en 2023 devant la commission des Services armés du Sénat que le développement avançait comme prévu : « Le programme progresse bien, il respectera le calendrier et fournira l’arme aux forces armées dans les temps, tout en maîtrisant les coûts. »
En 2020, Raytheon a été sélectionné comme maître d’œuvre principal. En 2021, le LRSO entrait en phase de développement industriel et d’ingénierie (EMD). L’année suivante, neuf tests majeurs de vol ont démontré la capacité du missile à se séparer en toute sécurité d’un B-52H, déployer ses surfaces portantes, faire fonctionner le moteur, activer les commandes de vol et assurer un vol contrôlé.
Initialement, une version à charge conventionnelle du LRSO avait été envisagée, mais celle-ci a finalement été abandonnée. L’US Air Force concentre désormais ses efforts sur les missiles AGM-158B JASSM-ER et AGM-158D JASSM-XR pour répondre aux besoins de frappes conventionnelles à longue distance.
Le stock initial de 1 715 missiles AGM-86B a été réduit à 528 unités en 2007. Ces missiles devraient être retirés du service d’ici 2030, remplacés progressivement par environ 1 020 missiles AGM-181.
À la fin 2022, le coût total du programme LRSO était estimé à environ 16 milliards de dollars, avec un coût unitaire qui a récemment été réévalué à 14 millions de dollars, contre 10 millions initialement envisagés. La décision concernant le lancement de la production à petite échelle est attendue pour l’exercice fiscal 2027.
Stefano D’Urso et David Cenciotti