Un récent avenant contractuel du Département américain de la Défense met en lumière un renforcement significatif des capacités aériennes pakistanaises, avec l’acquisition prévue de missiles AIM-120 AMRAAM de dernière génération. Alors que les tensions aériennes entre l’Inde et le Pakistan semblent se raviver, cette commande intègre la Force aérienne pakistanaise (PAF) dans une production d’envergure multinationale des variantes AIM-120C-8 et D-3, mais les analystes privilégient la livraison de la version C-8, mieux adaptée aux contraintes d’exportation, à la flotte existante et aux équilibres géopolitiques de la région.
Raytheon, implanté à Tucson, en Arizona, a obtenu une modification ferme et définitive (P00026) d’un contrat existant (FA8675-23-C-0037) d’un montant de 41,68 millions de dollars, autorisant la production de ces missiles air-air à très longue portée (BVR). Cette modification porte la valeur totale du contrat à 251,29 millions de dollars, contre 209,61 millions auparavant, avec une échéance fixée au 30 mai 2030. Ce programme concerne des ventes militaires à un large éventail d’alliés internationaux, parmi lesquels figurent notamment le Royaume-Uni, la Pologne, l’Allemagne, la Finlande, l’Australie, le Qatar, la Corée du Sud, le Japon, Taïwan et, particulièrement, le Pakistan.
Pour la Force aérienne pakistanaise, cette annonce ne constitue pas une première. Entre 2006 et 2007, dans le cadre du contrat Peace Drive II d’une valeur de 650 millions de dollars concernant les F-16, Islamabad avait acquis 500 missiles AIM-120C-5 pour équiper ses 18 chasseurs F-16C/D Block 52. En 2025, ces modèles C-5 commencent à vieillir et devraient être retirés du service d’ici 2028, avec un coût unitaire estimé à environ 1,3 million de dollars. Les versions C-8 ou D-3 représentent une évolution majeure, offrant notamment une portée accrue (jusqu’à plus de 160 km pour la série D), des liaisons de données bidirectionnelles pour des mises à jour en cours de vol, ainsi qu’un guidage GPS/INS conçu pour résister aux brouillages électroniques — éléments indispensables dans le contexte à haute menace de la Ligne de Contrôle entre Inde et Pakistan.
La préférence pour le C-8 plutôt que le D-3 s’explique notamment par son orientation vers l’exportation : cette version est considérée comme la déclinaison commerciale du missile AIM-120D utilisé par l’US Air Force. Les essais de la version C-8 ont débuté en 2023, et des livraisons à des partenaires comme l’Arabie saoudite sont déjà en cours. Pour Washington, ce choix représente une solution plus sûre, évitant les complications liées au transfert de technologies plus sensibles du D-3, qui bénéficie d’électroniques plus avancées et d’une meilleure maniabilité, susceptible de déséquilibrer trop nettement la région en faveur du Pakistan. Lors d’une visite à Washington en juillet, le chef de l’Armée de l’air pakistanaise, le Maréchal de l’air Zaheer Ahmad Babar, aurait plaidé en faveur de la variante D pour les F-16 Block 52, mais les restrictions américaines d’exportation, liées au contrôle d’usage final et aux pactes de non-prolifération, limiteraient la délivrance au seul C-8 afin de ne pas froisser l’Inde. Cette dernière dispose déjà des missiles Meteor équipant ses Rafale, dont la portée dépasse dans certaines configurations celle du D-3, selon des analyses du Royal United Services Institute (RUSI).
Cette inclusion du Pakistan dans le nouveau contrat ressemble ainsi à un premier pas prudent : la modification contractuelle pourrait correspondre à la mise en place administrative et à la fourniture de quelques missiles d’entraînement, en attendant une autorisation plus large du Département d’État. Selon Quwa Defence Review, cette démarche reflète le maintien en condition opérationnelle des F-16 pakistanais et pourrait renforcer la capacité létale dans la course aux missiles à longue portée dans le ciel sud-asiatique. Si les critiques en Inde dénoncent cette décision comme une volte-face américaine, surtout après l’opération Sindoor en mai, les défenseurs soulignent qu’il s’agit d’une simple gestion habituelle des ventes militaires à un allié majeur hors OTAN.