Un député sud-coréen a révélé que Séoul a déjoué en 2023 des tentatives non autorisées d’Inde et de Taïwan visant à obtenir sa technologie propriétaire de propulsion indépendante de l’air (AIP) pour sous-marins. Cette information, diffusée par plusieurs médias coréens, émane de Park Sun-won, membre du Comité de la Défense à l’Assemblée nationale et du Parti démocrate de Corée.

Selon Park, les services de contre-espionnage militaire et de renseignement ont identifié au début de l’année 2023 des opérations organisées par des représentants indiens et taïwanais visant à s’emparer illicitement de la technologie AIP sud-coréenne. Ces initiatives impliquaient notamment l’envoi de personnels cherchant à infiltrer des entreprises coréennes spécialisées dans les composants AIP, dans le but d’extraire des données techniques par des contacts directs, y compris des visites d’installations de production en région de Gyeongnam. Certains rapports évoquent la présence de visiteurs, parmi lesquels des hauts fonctionnaires et techniciens, qui ont sollicité l’achat de technologies ou tenté de collecter des informations et images via des intermédiaires tels que des anciens employés.

Les autorités ont toutefois confirmé qu’aucune fuite effective de technologie n’a eu lieu. En réaction, des mesures préventives ont été mises en place dès août 2023, notamment une formation obligatoire renforcée sur la sécurité pour toutes les entreprises nationales détenant la propriété intellectuelle liée à l’AIP. Cette action visait à renforcer la protection contre l’espionnage industriel dans le secteur de la défense.

La propulsion indépendante de l’air représente une avancée stratégique majeure dans les capacités des sous-marins conventionnels modernes. Elle permet aux navires de rester immergés pendant des durées prolongées, généralement de deux à trois semaines, sans devoir faire surface, améliorant substantiellement la furtivité et l’endurance opérationnelle. La Corée du Sud fait partie des rares pays à avoir déployé avec succès des systèmes AIP basés sur des piles à combustible, positionnée juste derrière l’Allemagne. Ces systèmes équipent les classes Jang Bogo (KSS-II et KSS-III), essentielles à la dissuasion sous-marine de la Marine sud-coréenne.

Ces incidents présumés interviennent dans un contexte d’ambitieux programmes de modernisation sous-marine tant en Inde qu’à Taïwan. L’Inde développe notamment une AIP domestique via son Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO), destinée à être intégrée dans ses sous-marins de classe Scorpène (Kalvari) et ceux du projet 75I, qui prévoit six unités conventionnelles avancées avec AIP. Face à des retards de partenariats étrangers, New Delhi multiplie les efforts pour combler ses lacunes technologiques. Taïwan, pour sa part, a lancé son programme Indigenous Defense Submarine (IDS), qui a vu l’apparition en 2023 du prototype Hai Kun, avec des plans d’extension dans le contexte de tensions régionales accrues.

Si des préoccupations sud-coréennes concernant les transferts technologiques vers Taïwan avaient déjà été rapportées, notamment des poursuites autour de plans sous-marins, c’est la première fois que l’Inde est publiquement associée à de telles tentatives ciblant spécifiquement la technologie AIP. Le calendrier coïncide avec une sensibilisation mondiale accrue sur la prolifération des technologies militaires avancées, dans un contexte de contrôle strict des exportations et de risques exacerbés en matière d’espionnage liés aux rivalités géopolitiques.

Les autorités sud-coréennes n’ont fait aucune déclaration officielle sur les détails au-delà des propos de Park, et à ce jour, aucune réaction n’a été émise par les gouvernements indien ou taïwanais. Cet épisode illustre les vulnérabilités des innovations de pointe dans le domaine de la défense, à une époque marquée par la guerre asymétrique et la montée en puissance navale rapide en Asie.

En protégeant leurs avancées technologiques – fruit d’investissements conséquents dans des entreprises telles que Bumhan Industries et d’une coopération avec des acteurs comme GS Caltex –, la Corée du Sud rappelle à quel point la lutte pour la propriété intellectuelle stratégique demeure un enjeu majeur dans la compétition globale pour la suprématie militaire.