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Lors de l’exercice maritime REPMUS 2025, les terminaux optiques POLARIS d’Astrolight ont établi un lien laser sécurisé entre deux frégates portugaises, le PNR Dom Francisco de Almeida et le PNR Dom Carlos I, résistant aux conditions météorologiques difficiles et aux interférences électromagnétiques sans être détectés ni perturbés par les autres navires, aéronefs, drones ou systèmes côtiers présents.

Le dispositif, soutenu par l’accélérateur DIANA de l’OTAN, a été installé et exploité en mer avec des équipages portugais, démontrant une liaison silencieuse, ininterférable et indétectable selon le rapport officiel rendu public le jour même de l’exercice.

Ce qui distingue la technologie POLARIS n’est pas tant le principe de la communication optique en espace libre, déjà connu des marines et agences spatiales, mais son efficacité opérationnelle en conditions réelles de déploiement naval. L’équipe d’Astrolight a travaillé à bord avec les marins portugais pour l’installation et la gestion des terminaux, qui n’ont jamais été détectés par les autres forces engagées.

POLARIS est une terminal FSO (Free Space Optics) compacte, équipée d’un cardan, conçue pour les grands navires de combat de surface ainsi que pour les systèmes de surface sans pilote (USV). Son poids d’environ 16 kg facilite son intégration dans les mâts des navires et simplifie sa maintenance embarquée.

Le lien optique possède un horizon limité, avec une capacité théorique jusqu’à 1 Gbps de débit utile, capable d’agréger plus d’une dizaine de flux vidéo HD en temps réel. Le faisceau laser extrêmement étroit, d’un angle total de 0,1°, concentre une émission jusqu’à 4 W, diminuant ainsi notablement la probabilité d’interception et rendant les interférences plus difficiles. La consommation électrique reste modérée, autour de 200 W sous 48 V DC, et l’intégration se fait via interfaces Ethernet pour les données et le contrôle, facilitant l’interopérabilité avec les réseaux IP navals et les systèmes de mission.

Plusieurs terminaux étaient déployés sur chaque navire, en particulier sur la frégate modernisée Dom Francisco de Almeida, soulignant l’importance d’un faisceau étroit pour la sécurité des transmissions. Celui-ci concentre l’énergie laser sur la trajectoire prévue, réduisant la possibilité pour un capteur adverse d’entrer dans le lobe d’émission utile ou de reconstruire des données exploitables.

Moins de photons dispersés signifie moins de signaux détectables et donc moins de perturbations potentielles.

Un lien laser mature entre navires offre trois avantages majeurs : il préserve la discrétion des émissions lors de manœuvres sensibles, notamment en détection, guerre électronique ou lutte contre les mines. Il renforce la résilience des communications lorsque le GPS est dégradé et les canaux radio saturés par brouillage ou leurres. Enfin, sa nature directionnelle limite la dispersion électromagnétique, compliquant la collecte d’informations par les réseaux adverses qui combinent guerre électronique, capteurs passifs et renseignement ouvert.

Concrètement, une frégate et un navire hydrographique pouvant échanger en temps réel des données sonar fusionnées, télémetries UxV ou transmissions vidéo via un canal totalement invisible, représente un avantage opérationnel discret et cumulable au fil du temps.

La portée du système reste toutefois conditionnée par la ligne d’horizon : la courbure de la Terre et la hauteur du mât limitent la distance, bien que des relais à bord de drones ou bouées puissent étendre la couverture. Les tests portugais ainsi que les essais précédents avec la marine lituanienne ont démontré une performance opérationnelle satisfaisante même sous pluie et brouillard. La stabilisation et l’alignement du faisceau sont cruciaux à bord de plateformes mobiles, justifiant l’usage de cardans et de capteurs inertiels fiables. Le suivi multiséquence du signal est un indicateur clé du maintien de la liaison en mer agitée.

Il est important de noter que les lasers viennent en complément des communications radio, sans les remplacer. Dans les zones côtières contestées, une architecture hybride, qui priorise la transmission optique pour les données critiques tout en conservant les radios chiffrées pour les flux secondaires, demeure la solution la plus sûre et pragmatique.

Face à l’intensification des opérations de guerre électronique dans des zones stratégiques comme la mer Baltique, l’Atlantique Nord, et bientôt dans les routes arctiques et indo-pacifiques, cette capacité optique ajoute une couche défensive en rendant plus difficile la collecte de renseignements adverses. Elle complexifie la chaîne d’attaque électronique et offre plus de temps aux commandements pour prendre leurs décisions.

Le fait qu’une entreprise soutenue par l’accélérateur DIANA ait livré une capacité opérationnelle pendant un grand exercice de l’Alliance est également un signal fort pour les pratiques d’acquisition : cela ouvre la voie à une intégration rapide de sous-systèmes spécialisés mais essentiels, renforçant la résilience des forces sans attendre la construction d’une nouvelle classe de navire.

Si les alliés passent désormais de la démonstration au déploiement à grande échelle, les groupes navals pourraient équiper, en un seul cycle budgétaire, une infrastructure optique indétectable pour le contrôle local des systèmes C2 et des plateformes sans pilote. C’est précisément l’objectif poursuivi par l’exercice REPMUS.