Article de 787 mots ⏱️ 4 min de lecture

Un média privé azerbaïdjanais s’est récemment prononcé sur la montée en puissance des avions de combat dans le contexte géopolitique tendu de l’Asie du Sud. La Caspian Broadcasting Company (CBC), chaîne de télévision détenue par la SOCAR, la compagnie pétrolière d’État azerbaïdjanaise, a analysé la vente potentielle par la Russie de la version export de son chasseur furtif de cinquième génération, le Su-57E, à l’Inde, en insistant sur sa supériorité par rapport au J-35A chinois que le Pakistan envisagerait d’acquérir. Ce commentaire intervient alors que les tensions entre New Delhi et Islamabad sont particulièrement vives, mettant en lumière les difficultés persistantes de la Chine dans le domaine des moteurs aéronautiques avancés.

Dans son reportage intitulé « Cieux furtifs : le Su-57E russe séduit l’Inde tandis que le Pakistan lorgne sur l’ombre chinoise », la CBC expose la volonté de Moscou de livrer jusqu’à 114 exemplaires du Su-57E à l’Inde, incluant un transfert de technologie et un assemblage local sous le programme Make in India. Estimée entre 15 et 20 milliards de dollars, cette transaction, évoquée pour la première fois en juin 2025, vise à positionner le Su-57E comme un contrepoids aux exportations furtives chinoises, notamment le J-35A, dérivé naval du FC-31, dont le Pakistan prévoit d’acquérir une première tranche de 40 appareils dès début 2026, à un tarif préférentiel. « Ce n’est pas qu’un simple achat d’équipements ; c’est un coup d’échecs stratégique dans la région indo-pacifique », souligne Elchin Huseynov, correspondant défense de la CBC, en indiquant comment le Su-57E pourrait faire pencher la balance lors des combats au-delà de la portée visuelle (BVR) le long de la ligne de contrôle.

Au cœur de l’analyse, le différentiel moteur : un talon d’Achille pour les plates-formes de cinquième génération. Bien que la Chine ait progressé rapidement sur les structures furtives, la CBC insiste sur le fait que Pékin ne maîtrise pas encore un moteur véritablement adapté à cette génération. Le J-35A utilise les turboréacteurs WS-13 ou WS-21 en version provisoire – dérivés de la technologie russe RD-93 – avec un rapport poussée/poids d’environ 8:1, mais souffrant d’importants problèmes de fiabilité, notamment des pannes fréquentes dans la chambre chaude et une capacité limitée en supercroisière. En revanche, le Su-57E bénéficie du turboréacteur AL-41F1 russe qui, bien que ne représentant pas un moteur de cinquième génération pleinement abouti (il ne dispose pas encore de la technologie variable-cycle attendue avec l’Izdeliye 30), offre une poussée de 147 kN, ainsi qu’une vectorisation de poussée garantissant une maniabilité supérieure. « Même l’AL-41F1 surpasse les moteurs chinois en termes de qualité de fabrication et de temps moyen entre révisions (MTBO) », précise Huseynov, citant un MTBO supérieur à 1 000 heures pour les moteurs russes contre moins de 500 heures pour les WS-13, ce qui réduit les temps d’arrêt et les coûts de maintenance.

Cette évaluation reflète aussi les critiques de nombreux analystes occidentaux et eurasien qui soulignent la dépendance de la Chine à des conceptions soviétiques inversées comme un frein majeur. Avec sa section radar à faible observabilité estimée à moins de 0,1 m², le radar AESA Irbis-E capable de détecter des cibles à 400 km, et l’intégration des missiles hypersoniques Kinzhal, le Su-57E représente un saut qualitatif considérable pour l’Inde face à sa flotte de Su-30MKI. Pour sa part, le J-35A propose des soutes internes pour l’armement et une fusion avancée des capteurs, mais sa performance en altitude soutenue reste insuffisante, notamment dans le contexte des escarmouches himalayennes.

Le reportage de la CBC, qui bénéficie de liens étroits entre la SOCAR et les secteurs russe de l’énergie et de la défense, témoigne de la diplomatie équilibrée de Bakou : entretenir des relations fortes avec Moscou tout en nouant des liens avec New Delhi via la diplomatie pétrolière. Les débats en Inde portent aussi sur le choix entre le Su-57E et le développement local du AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft), dont la mise en service est désormais envisagée pour 2035. « L’Inde ne peut pas se permettre d’attendre ; le Su-57E comble ce vide de façon décisive », conclut Huseynov, appelant à une acquisition rapide pour préserver la parité aérienne.