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En 2024, Shanshan Mei et Dennis J. Blasko publiaient un article soulignant que la défense du territoire national a toujours été et restera la priorité majeure des forces armées chinoises. Un an plus tard, face aux évolutions des capacités militaires chinoises et aux dynamiques géopolitiques, ils reviennent sur cette analyse.

Malgré l’expansion mondiale et les capacités de projection de puissance accrues de l’armée chinoise, la protection du territoire continental et des mers proches reste son objectif central. Cette mission de défense intérieure s’est d’ailleurs transformée en une opération interarmées et multidomaine, impliquant une coordination étroite entre l’armée de terre, la marine, l’aviation, ainsi que les forces spatiales et cybernétiques.

Depuis la publication de leur précédent article, le rapport 2024 du Département américain de la Défense sur la puissance militaire chinoise met en lumière d’importantes réformes destinées à renforcer la défense aérienne intégrée. La marine a transféré environ 300 appareils terrestres à l’aviation de l’Armée populaire de libération (APL), notamment tous les bombardiers H-6J et les appareils d’attaque maritime JH-7. Cette restructuration vise à améliorer le commandement et le contrôle du réseau national de défense aérienne ainsi que le système radar au sol. Parallèlement, les bombardiers H-6K de l’armée de l’air ont commencé un entraînement au combat maritime, reflétant un renforcement de la coopération entre forces aériennes et navales. Seule une brigade de chasseurs terrestres reste déployée sur l’île de Hainan pour assurer la sécurité des opérations en mer de Chine méridionale.

Ces ajustements répondent aux orientations du livre blanc de mai 2025 intitulé Sécurité nationale à la nouvelle ère, qui ancre la défense du territoire dans la conceptualisation globale de la sécurité nationale promue par Xi Jinping. Cette stratégie associe étroitement la protection territoriale à la résilience politique, économique et technologique, définissant la sécurité comme un effort coordonné pour assurer le renouveau national de la Chine.

En 2025, la Chine a également mis en service un nouveau porte-avions. Que révèle cette avancée majeure sur ses priorités militaires futures ?

La flotte chinoise compte désormais trois porte-avions opérationnels, accompagnés de groupes de combat, ainsi que 13 grands navires amphibies — huit bâtiments de projection et de commandement de type 071, quatre navires d’assaut amphibie type 075, et un type 076 actuellement en essais en mer. Ces unités représentent le cœur de la capacité expéditionnaire de la marine et traduisent une transition des missions de défense des mers proches vers des opérations de protection dans des zones plus lointaines.

Selon le rapport américain de 2024, l’armée de terre a par ailleurs transféré trois brigades au corps des marines en 2023, portant ce dernier à 11 brigades. Cette montée en puissance significative accroît sensiblement les capacités expéditionnaires chinoises.

Ces forces, soutenues par le corps aéroporté de l’armée de l’air, les avions de transport lourd Y-20, et renforcées par les capacités croissantes dans l’espace, le cyberespace et les opérations de renseignement, offrent à Pékin des moyens déployables à l’échelle mondiale pour poursuivre ses objectifs stratégiques. Toutefois, l’APL devra encore investir plusieurs années dans la formation pour atteindre une pleine capacité d’opération conjointe soutenue hors de ses frontières.

Concernant la volonté exprimée par Xi Jinping de « créer un environnement favorable autour de la Chine », quelles avancées ont été réalisées l’année dernière avec les pays voisins ?

Le développement le plus notable a été l’accord sino-indien visant à stabiliser les déploiements militaires le long de la « Ligne de contrôle effective » (LCE) fin 2024. La région de l’Aksai Chin constitue la seule zone périphérique où la tendance conflictuelle aiguë s’est orientée vers une résolution négociée. Le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a attribué ce progrès au fait que « l’armée a fait sa part et la diplomatie a fait la sienne ». Cet accord a ouvert une porte modeste à l’amélioration des relations bilatérales en 2025.

Cependant, pour Pékin, un « environnement favorable » ne signifie pas nécessairement une paix complète. Cette notion s’entend comme des conditions conformes aux intérêts de sécurité nationale perçus. Alors que la Chine cherche une stabilisation avec l’Inde, ses approches en mer de Chine méridionale, vers Taiwan ou avec le Japon restent marquées par une posture assertive destinée à façonner l’environnement régional à son avantage.

Avec le recul, que modifieriez-vous dans votre analyse initiale ?

Un an plus tard, le constat principal demeure : la priorité donnée par Xi Jinping à la défense des frontières terrestres, côtières et aériennes reflète l’importance vitale de la protection du territoire national. Ses discours ainsi que les réformes institutionnelles réaffirment que la souveraineté territoriale et la stabilité intérieure sont au cœur de sa vision de la sécurité nationale.

Cependant, ce qui a évolué, ce n’est pas le concept global de sécurité nationale — qui intègre depuis toujours une dimension politique, technologique et économique — mais la montée en importance de la sécurité économique. Face aux tensions commerciales et aux nouvelles mesures tarifaires américaines, la direction chinoise perçoit désormais la guerre économique et les contrôles à l’exportation comme des menaces majeures à sa résilience. Xi Jinping considère aujourd’hui que les chaînes d’approvisionnement, les infrastructures critiques et la capacité industrielle sont autant d’éléments clés de la protection intérieure soumis à des pressions externes continues.

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Shanshan Mei est politologue au RAND Corporation. Elle a auparavant été assistante spéciale du 22e chef d’état-major de l’armée de l’air américaine pour les questions relatives à la Chine et à la région Indo-Pacifique.

Dennis J. Blasko est lieutenant-colonel retraité de l’armée américaine, spécialiste du renseignement militaire et des relations étrangères avec une expertise particulière sur la Chine. Auteur de nombreux articles et du livre The Chinese Army Today: Tradition and Transformation for the 21st Century.