Une station d’armes à distance ukrainienne, utilisant des munitions standards de calibre 7,62 mm pour abattre des drones, a été testée à bord d’une frégate d’un État membre de l’OTAN. Lors de cet essai, elle a engagé avec succès à la fois un drone aérien et un engin de surface sans pilote, a indiqué la société UGV Robotics.
Le nom du pays et de la frégate impliquée n’ont pas été dévoilés.
Ce système, baptisé Predator, combine cameras thermiques et optiques ainsi que des lasers pour détecter les cibles, calculer leur distance, vitesse et trajectoire. Membre du groupe UFORCE, UGV Robotics précise que cette arme est en service en Ukraine depuis 2024, et spécifiquement utilisée contre les drones depuis 2025.
Selon les données opérationnelles recueillies en Ukraine, le système permet de neutraliser jusqu’à 90 % des drones dans un rayon de 200 mètres, et peut engager des cibles plus importantes jusqu’à 554 mètres, pour un coût moyen inférieur à 10 euros par drone détruit. L’entreprise souligne également que c’est à ce jour le seul système éprouvé en conditions de combat capable de contrer les drones FPV à fibre optique.
Ces drones, contrôlés via un câble en fibre optique, ne reçoivent aucun signal radio, les rendant ainsi insensibles au brouillage électronique, principal moyen occidental de lutte anti-drone. Employés en grand nombre par les deux camps en Ukraine, ils nécessitent une destruction physique, justifiant l’intérêt croissant porté aux mitrailleuses stabilisées montées à distance comme armes navales.
Le raisonnement économique s’appuie sur le même constat que pour les systèmes de défense rapprochée navals qui tirent des munitions de 20 mm ou 30 mm : l’utilisation de missiles contre des drones coûte des centaines de milliers d’euros par cible, qui elle ne vaut que quelques milliers d’euros. L’emploi de munitions de calibre fusil associées à un système de tir dirigé modifie cette équation, à condition que le contrôle de tir soit suffisamment précis pour toucher une cible petite et mobile.
Oleksiy Honcharuk, président de UFORCE et ancien Premier ministre ukrainien, a souligné que les systèmes d’interception actuels répondent bien aux drones attaque longue portée de type Shahed, tandis que les drones FPV à fibre optique restent largement sans réponse, bien qu’ils causent une part importante des pertes des deux côtés.
Le montage de la station d’armes est conçu pour être intégré sur des véhicules terrestres sans pilote, hélicoptères, véhicules blindés, positions fixes, navires de surface sans équipage et plus grands bâtiments de guerre, offrant ainsi aux opérateurs un système unifié multi-domaines.
Les stations d’armes téléopérées existent depuis deux décennies sur les véhicules blindés occidentaux, permettant aux équipages de viser et tirer à distance, en sécurité sous blindage, via un écran et un joystick. Leur usage pour la défense aérienne est plus récent. Plusieurs marines expérimentent cette technologie face à la menace croissante des petits drones et bateaux sans pilote, qui sont passés du statut de curiosité à celui de menace régulière. La Royal Navy, par exemple, a testé diverses solutions contre les vedettes rapides et drones, et équipe ses destroyers Type 45 de missiles légers Martlet ayant été employés contre des drones houthistes en mer Rouge.
UFORCE fait partie des nombreux groupes ukrainiens de défense qui promeuvent désormais leurs systèmes sur les marchés de l’OTAN, misant sur leur expérience de combat, un argument particulièrement convaincant dans un contexte où peu de produits occidentaux ont été éprouvés face à un adversaire équilibré. Ces dernières années, les entreprises ukrainiennes ont conclu des accords avec des partenaires danois, britanniques et baltes, tandis que plusieurs gouvernements de l’OTAN ont créé des mécanismes de financement pour acquérir des équipements ukrainiens destinés à leurs forces.
UGV Robotics souligne que l’essai à bord de la frégate démontre l’efficacité du système pour protéger les plateformes navales, s’inscrivant dans la continuité d’exercices récents de l’OTAN qui ont mis en lumière la menace croissante posée par les systèmes maritimes autonomes.