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L’avenir à moyen terme du segment lourdement blindé de l’armée de Terre française soulève de nombreuses interrogations, notamment en raison du décalage entre le retrait progressif des chars actuels et l’entrée en service du futur système principal de combat terrestre (MGCS), un programme franco-allemand attendu vers 2040. Deux options majeures se dessinent pour assurer la continuité des capacités.

La première, vivement soutenue par le général Pierre Schille, chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), vise à moderniser le char Leclerc via un programme de rénovation approfondi. Ce dernier est déjà engagé dans une mise à niveau au standard XLR, destinée à intégrer pleinement le char dans l’écosystème SCORPION, la grande réforme des forces terrestres françaises axée sur l’interopérabilité et la numérisation accrue des véhicules.

La seconde option proposée repose sur l’acquisition de nouveaux chars de type E-MBT, une version avancée développée conjointement par KNDS France (ex-Nexter) et KNDS Allemagne (ex-Krauss Maffei Wegmann), présentée récemment lors du salon EuroSatory. Le ministère des Armées a confirmé que cette voie devait être considérée, en réponse à une question du député LR Philippe Gosselin.

Malgré ces perspectives, l’allongement de la durée de vie du Leclerc bute sur une problématique centrale : le vieillissement de son moteur. Le député François Cormier-Bouligeon a souligné cette difficulté lors de son exposé financier sur le projet de loi de finances 2024 consacré aux crédits militaires.

« Le segment des chars a connu une légère baisse de disponibilité, liée notamment au gel d’une partie de la flotte dans le cadre du programme de renouvellement du Leclerc, mais cela n’a pas affecté la performance opérationnelle », a-t-il précisé. Il anticipe une amélioration progressive grâce à la renégociation des contrats de maintenance prévue pour 2025, avec notamment une meilleure intégration des pièces détachées.

Cependant, malgré la baisse attendue des coûts de maintenance du Leclerc due à son renouvellement, le coût restera contraint par l’état du moteur, avertit M. Cormier-Bouligeon.

Le Leclerc est propulsé par le moteur diesel Hyperbar V8X-1500, un V8 compact développant 1 500 chevaux à 2 500 tours par minute. Ce système de propulsion rencontre d’importants défis liés à l’usure des turbomachines, d’autant plus que la filière industrielle manque d’un soutien financier d’environ 4 millions d’euros, indispensable pour maintenir la chaîne de production, selon un rapport de 2020 de l’ancienne députée Sereine Mauborgne.

En analysant l’avenir du Leclerc, François Cormier-Bouligeon met en avant que remplacer ce moteur, bien que coûteux à court terme, pourrait générer des économies substantielles sur le long terme concernant les frais d’entretien, dans l’éventualité où le blindé serait maintenu en service jusqu’en 2040. Une option envisageable serait d’adopter un moteur diesel MT883 KA-500, similaire à celui employé sur les chars des forces des Émirats arabes unis, produit par l’entreprise allemande MTU.

Par ailleurs, le programme SCORPION prévoit également d’étendre la durée de vie de certains véhicules blindés légers comme l’AMX-10RC et le véhicule avant blindé (VAB). Cette prolongation ne devrait pas entraîner une hausse substantielle des coûts de maintenance, bien que le député souligne la nécessité d’une gestion rigoureuse des flottes vieillissantes, en particulier pour des modèles dont les pièces ne sont plus fabriquées, tels que l’AMX-10RC.

Selon les données fournies par le ministère des Armées, la prolongation du VAB jusqu’en 2030 pourrait générer un surcoût estimé à 80 millions d’euros, alors que l’extension du service de l’AMX-10RC est chiffrée à environ 30 millions d’euros.

A propos du moteur MT883 KA-500

MTU Motoren-und Turbinen-Union Friedrichshafen GmbH est un acteur majeur dans la fourniture de moteurs diesel et systèmes de propulsion militaire, spécialisé dans les applications blindées.

Le moteur MT883 KA-500 se distingue par sa puissance élevée et sa fiabilité reconnue. Doté d’une configuration en V à 12 cylindres et d’une cylindrée d’environ 27 litres, il développe jusqu’à 1 500 chevaux, ce qui lui permet d’alimenter efficacement les véhicules militaires lourds.

Ce moteur bénéficie d’un système d’injection de carburant avancé assurant une combustion optimale et des performances accrues. Il intègre également des technologies modernes visant à réduire la consommation énergétique et les émissions polluantes, répondant ainsi aux exigences environnementales les plus strictes.

Conçu pour résister à des conditions d’utilisation extrêmes, le MT883 KA-500 est fabriqué avec des matériaux robustes garantissant endurance et longévité, même en environnement opérationnel difficile.

Moteur actuel du Leclerc

Le moteur V8X SACM est un moteur diesel 8 cylindres en V, développé par la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques (SACM), une entreprise française réputée. Ce moteur est reconnu pour sa robustesse, son couple élevé et sa fiabilité dans les applications militaires et industrielles lourdes.

La configuration V8 signifie que le moteur comporte huit cylindres disposés en deux rangées formant un « V », permettant une puissance régulière et une réduction des vibrations pour des performances optimales.

Adapté au carburant diesel, il offre un bon rendement énergétique, idéal pour des véhicules exigeant une forte traction et une endurance élevée, tels que les chars de combat et les engins de chantier.

En somme, le moteur V8X SACM combine puissance, efficacité et longévité, constituant une base solide pour la motorisation du char Leclerc, bien que son vieillissement pose aujourd’hui un enjeu majeur pour la maintenance et la pérennité du parc blindé français.