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Le 26 octobre 1942, le porte-avions américain USS Hornet a été coulé lors d’un combat acharné durant la bataille des îles Santa Cruz. Sur son pont était amarré un tracteur agricole, transformé pour faciliter le déplacement des avions à bord du navire.

83 ans plus tard, un passionné britannique de tracteurs tente d’organiser une expédition pour récupérer cet engin. Pas le porte-avions, mais bien le tracteur.

Tobias Wedgwood, qui restaure d’anciens tracteurs avec son fils et anime la chaîne YouTube Father and Son Tractors, a découvert l’existence de l’International Harvester A14 Shop Mule, étonnamment bien conservé, en lisant une revue scientifique. S’estimant un peu coupable de l’abandon de ce matériel, il a lancé l’idée de son extraction des fonds marins. Selon la BBC, ce projet a été repris notamment par l’US Naval Institute. Ce qui était au départ un simple concept a pris de l’ampleur avec l’appui de biologistes marins et d’archéologues, désireux d’étudier la vie sous-marine à plusieurs milliers de mètres de profondeur. Wedgwood espère réunir les fonds nécessaires pour une expédition en 2026.

« Nous ne savons pas ce qui se passe à ces profondeurs, nos connaissances sont très limitées. Nous avons une équipe de biologistes marins embarquée », a-t-il confié à la BBC. « Nous savons que, dans des eaux moins profondes, les épaves servent de récifs artificiels remarquables, mais à ces profondeurs extrêmes, le phénomène reste méconnu. »

Plusieurs obstacles majeurs subsistent. Le coût de l’expédition est estimé à environ 13 millions de dollars. Par ailleurs, le tracteur demeure la propriété de la Marine américaine et la législation interdit pratiquement toute intervention sur des navires militaires coulés, sauf pour des raisons de recherche scientifique. Une autorisation officielle sera donc indispensable.

L’International Harvester en question était un tracteur de ferme modifié par le service militaire pour déplacer les avions sur le pont du porte-avions. Il est toujours attaché par des chaînes au pont de l’USS Hornet, dont l’épave repose à 5 334 mètres de profondeur, découverte en janvier 2019 par le navire de recherche Petrel, lors d’une expédition financée par le cofondateur de Microsoft, Paul Allen. Des robots sous-marins ont exploré le fond océanique, confirmant l’identification du célèbre porte-avions.

L’USS Hornet faisait partie des trois porte-avions de la classe Yorktown construits avant la Seconde Guerre mondiale. Mis en service en octobre 1941, il fut engagé intensément au début du conflit, aux côtés de ses sister-ships USS Yorktown et USS Enterprise.

Présent en Atlantique lors de l’attaque de Pearl Harbor, il fut rapidement transféré dans le Pacifique. Sa mission la plus célèbre fut le point de départ du raid Doolittle en avril 1942, lorsque seize B-25B, sous le commandement du lieutenant-colonel James Doolittle, décollèrent pour bombarder le territoire japonais pour la première fois. Le porte-avions participa ensuite à la bataille de Midway, un tournant majeur du théâtre pacifique, puis à la campagne des îles Salomon, en soutien aux combats sur Guadalcanal.

Lors de la bataille des îles Santa Cruz, le 26 octobre 1942, les avions de l’Hornet infligèrent d’importants dégâts au porte-avions japonais Shokaku. Mais des bombardiers nippons touchèrent plusieurs fois l’USS Hornet. Deux avions de chasse Aichi D3A « Val » endommagés s’écrasèrent également sur le pont. En quelques minutes, le navire perdit toute propulsion. Les tentatives de remise en marche et de remorquage échouèrent, et l’ordre d’abandon fut donné. La Marine américaine tenta de saborder l’Hornet sans succès. Les forces japonaises poursuivirent l’attaque, coulant finalement le porte-avions après plusieurs impacts. 140 membres d’équipage périrent. L’USS Hornet fut le dernier porte-avions américain perdu durant la guerre.

Sur les trois porte-avions de classe Yorktown, seul l’USS Enterprise survivra au conflit, devenant le navire le plus décoré de la Seconde Guerre mondiale. Les images prises en 2019 de l’épave montrent plusieurs éléments, dont des canons anti-aériens et le fameux tracteur, étonnamment intacts malgré les décennies et la profondeur. L’USS Hornet fait partie de plusieurs épaves militaires retrouvées au cours de la dernière décennie grâce à des véhicules submersibles capables de cartographier les fonds autour des champs de bataille sous-marins.

Selon les règles maritimes internationales, les épaves et leurs équipements restent la propriété de leur pays d’origine. La loi américaine dite Sunken Military Craft Act, votée en 2004, interdit toute intervention non autorisée sur les navires militaires coulés et instaure un système de délivrance de permis, principalement destiné à la recherche scientifique.

« Nous savons très peu de choses sur la vie à 5 300 mètres de profondeur », rappelle Wedgwood. Si l’expédition aboutit, elle utilisera des véhicules robotiques télécommandés capables de résister à de telles profondeurs pour étudier la faune installée autour de l’Hornet. Quant au tracteur, la mission envisagée consisterait à couper les chaînes qui le maintiennent afin de limiter les perturbations de l’épave, puis à le remonter à la surface pour le récupérer.

« Cet engin a une grande valeur historique et serait un excellent support pédagogique », explique Wedgwood.