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Un haut responsable européen a alerté sur la menace croissante que représente la « flotte fantôme » russe pour la sécurité maritime et les infrastructures sous-marines en Europe, alors que s’intensifient les inquiétudes concernant la vulnérabilité des routes maritimes clés et des câbles sous-marins.

Lors d’un panel consacré à la sécurité maritime à la Conférence de Munich sur la sécurité, Belén Martinez Carbonell, Secrétaire générale du Service européen pour l’action extérieure, a qualifié la flotte fantôme de menace directe pour l’Europe, tant par son rôle dans le soutien à l’économie de guerre russe que par les risques qu’elle engendre en mer.

« Pour nous, il s’agit d’une menace très directe, toute proche de nos frontières », a-t-elle déclaré. « Je qualifie cela de grave violation de la Charte des Nations unies, il s’agit de l’amplification de l’agression russe par le biais de cette flotte fantôme. »

Elle a ajouté : « Pour nous, la flotte fantôme russe constitue la menace la plus directe pour la sécurité européenne. »

Belén Martinez Carbonell a souligné que le problème allait au-delà de la simple contournement des sanctions, mettant en garde contre les dangers environnementaux posés par ces navires peu réglementés ainsi que les menaces potentielles pour les infrastructures maritimes critiques. « Nous savons que ces flottes fantômes présentent des risques qui dépassent le simple financement de la guerre, » a-t-elle précisé. « Elles représentent également un risque environnemental… Et elles constituent une menace pour les câbles sous-marins. »

Le panel, animé par Mina Al-Oraibi, rédactrice en chef du journal The National, s’est concentré sur l’importance croissante de la sécurité maritime à l’échelle mondiale dans un contexte de tensions géopolitiques et d’attaques sur les voies de navigation. Al-Oraibi a rappelé que la sécurité maritime impacte aujourd’hui la vie quotidienne partout dans le monde : « Plus de 80 % du commerce mondial dépend des voies maritimes, » a-t-elle souligné, ajoutant que « entre 95 et 99 % de notre connectivité repose sur des câbles sous-marins devenus essentiels pour le commerce international. »

Belén Martinez Carbonell a expliqué que l’Union européenne mettait en œuvre un ensemble de mesures non militaires et réglementaires pour contrer les menaces liées à la flotte fantôme russe, notamment des sanctions, un dialogue avec les États dits « pavillons » et des outils juridiques issus de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). « Nous avons déjà sanctionné environ 600 navires de cette flotte fantôme ainsi que 40 facilitateurs, » a-t-elle indiqué.

Elle a aussi précisé que l’UE engageait un dialogue direct avec les pays dont les pavillons sont utilisés par ces navires pour échapper aux sanctions. « Nous sensibilisons les États pavillons qui ne sont peut-être pas informés de ce qui se cache derrière leurs pavillons, » a souligné Carbonell. Elle a également évoqué les dispositions juridiques prévues par la CNUDM, notamment l’article 110 qui autorise, dans certaines conditions, le contrôle de navires sans pavillon. « Nous utilisons toutes les possibilités offertes par la Convention, » a-t-elle précisé.

Par ailleurs, un travail est en cours au sein de l’Organisation maritime internationale (OMI), en particulier sur les normes environnementales et de sécurité.

Au-delà des efforts réglementaires, Belén Martinez Carbonell a souligné les opérations navales conduites par l’UE dans le cadre d’une approche globale visant à assurer la liberté de navigation. « Nous menons plusieurs missions et opérations navales, » a-t-elle déclaré en citant notamment les opérations Irini, Atalanta et Aspides. Concernant cette dernière, déployée en mer Rouge, elle a rappelé qu’elle avait déjà sécurisé un nombre important de transits commerciaux : « Elle garantit le passage sûr de plus de 600 navires marchands dans cette zone, » a-t-elle précisé.

Elle a ajouté : « Plus de 100 membres d’équipage ont été secourus grâce à cette mission. »

Le panel a également accueilli Rashad Mohamed Ali Al-Alimi, président du Conseil présidentiel du Yémen, qui a alerté sur l’instabilité régionale en mer Rouge, attribuant cette situation à des groupes militants soutenus par l’Iran. « La menace la plus urgente vient de cette région, » a-t-il affirmé, accusant l’Iran d’investir massivement dans ces milices pour obtenir un levier sur la sécurité maritime.

Chan Chun Sing, ministre de la Défense de Singapour, a quant à lui mis en garde contre l’aggravation de la défiance stratégique entre grandes puissances, facteur de risques accrus en mer à l’échelle mondiale. « La principale menace réside dans la méfiance stratégique croissante entre les grandes puissances, » a-t-il averti.