Les noms attribués par les soldats à leurs chars ne cessent de susciter notre intérêt. Récemment, plusieurs M1A2 Abrams engagés dans des exercices en Pologne arborent des sobriquets qui reflètent toute la richesse de cette tradition : un mélange d’humour noir et de légèreté, de philosophie zen et d’enthousiasme combatif.
Des photos récentes montrent un char de la 1re division d’infanterie américaine basée à Fort Riley, Kansas, nommé « Aneurysm ». Ce surnom pourrait bien évoquer ce que ressent l’équipage face au recul du canon de 120 mm.
Un autre porte le nom « About 50/50 », probablement en référence à cette vieille plaisanterie méditative sur la vie : « Tout dans la vie, c’est 50/50 — ça arrive ou ça n’arrive pas. »
Également présents en Pologne, les tankistes du 3e bataillon, 8e régiment de cavalerie basé à Fort Hood, Texas, ont baptisé leur char « Armored Palmer », clin d’œil probable à un amateur de golf ou à une boisson rafraîchissante comme la limonade glacée — un choix « 50/50 », en quelque sorte.
Un quatrième engin, également issu du 3e bataillon, 8e régiment de cavalerie, porte un nom qui résume parfaitement l’état d’esprit des tankistes : « A Damn Good Time ». Cette appellation a été immortalisée lors d’un exercice en plein hiver polonais, dans plusieurs mètres de neige.
Les équipages texan et kansasien se sont entraînés lors de manœuvres hivernales sur le champ de tir de Bemowo Piskie, à la fin de l’année dernière et en janvier. L’Armée américaine précise que « l’exercice visait à entraîner les pelotons à manœuvrer et à opérer efficacement dans un terrain restrictif par conditions hivernales ».
Bien que l’Armée n’ait pas spécifié à quelles compagnies appartenaient ces chars, les noms choisies suggèrent qu’ils sont tous rattachés à la compagnie Alpha, selon la tradition militaire qui veut que les surnoms commencent par la lettre de la compagnie.
À titre d’exemple, les chars de la compagnie Bravo s’appellent souvent « Baby Yoda » ou « Back Alley Sally », tandis que ceux de la compagnie Charlie portent des noms comme « Come And Take It ». Les chars de la compagnie Delta, quant à eux, arborent parfois des noms tels que « Death Trap » ou « Dropped As A Baby ».
Par ailleurs, un troisième char du 3e bataillon, 8e régiment de cavalerie, porte le nom du bataillon lui-même : « Warhorse ».
Comment les noms des chars sont-ils attribués ?
En 2024, Clint Romesha, récipiendaire de la Medal of Honor, expliquait que le droit de nommer son char est une tradition et un honneur que les équipages doivent mériter en obtenant des scores élevés lors des qualifications au tir. Romesha a passé ses dix premières années dans l’armée comme tankiste, bien qu’il ait servi comme éclaireur de cavalerie lorsqu’il a reçu la distinction pour ses actions en Afghanistan.
« C’était une fierté de ne pas être cet équipage qui revient de la qualification au tir et qui ne peut pas donner de nom à son char, avec ce foutu tube de canon tout nu », confiait-il. Chaque nouvelle équipe connaît la pression pour obtenir le score Q1, indispensable pour baptiser leur véhicule. « On peut facilement repérer, au parc à chars, quel équipage est Q2 [score inférieur]. Le plus simple pour expliquer, c’est qu’il était plus embarrassant de ne pas avoir de nom sur son char. »