Un nouveau rapport du Council on Geostrategy alerte sur le risque pour le Royaume-Uni de ne pas atteindre ses ambitions maritimes, à moins que les récentes stratégies de défense ne soient mieux alignées et traduites en capacités concrètes, en réalisations industrielles et en investissements durables.
Dans un mémorandum publié cette semaine par Britain’s World, le magazine en ligne du Council on Geostrategy, le professeur Basil Germond de l’université de Lancaster analyse ce qu’il qualifie de « dimension maritime » intégrée dans la triade stratégique britannique pour 2025.
Ce document évalue l’interaction entre trois textes majeurs de la défense publiés cette année : la Revue stratégique de défense, la Stratégie nationale de sécurité et la Stratégie industrielle de défense.
Le mémorandum positionne la puissance maritime au cœur de la sécurité britannique, de la résilience économique et de l’influence mondiale. Il souligne que les enjeux maritimes dépassent désormais les préoccupations militaires traditionnelles, couvrant la protection des lignes de communication maritimes et des câbles sous-marins, la liberté de navigation ainsi que la projection de la puissance militaire. Selon cette analyse, la forte dépendance du Royaume-Uni envers le commerce maritime, les infrastructures énergétiques et les câbles de données sous-marins le rend de plus en plus vulnérable aux perturbations venant d’acteurs étatiques ou non étatiques, aux pressions environnementales et aux activités subversives en mer.
La Stratégie nationale de sécurité établit les fondements stratégiques en reliant directement la prospérité et la sécurité du Royaume-Uni aux chaînes d’approvisionnement maritimes mondiales et aux infrastructures sous-marines. Elle présente la Royal Navy et l’ensemble du secteur maritime national comme des défenseurs de première ligne de la stabilité économique et de l’intégrité territoriale. Cette stratégie engage à protéger les eaux territoriales, défendre les infrastructures sous-marines critiques et préserver la liberté de navigation dans les zones contestées. Elle insiste également sur l’importance des capacités maritimes souveraines et de la construction navale nationale.
La Revue stratégique de défense, bien que publiée plus tôt, traduit ces objectifs globaux en conception des forces et exigences opérationnelles. Elle préconise une flotte équilibrée intégrant porte-avions, destroyers, frégates, sous-marins, navires amphibies et navires auxiliaires, tout en maintenant le soutien à la dissuasion nucléaire. La revue met aussi en avant des besoins émergents tels que les capteurs sous-marins intégrés, les contre-mesures anti-mines agiles, les communications sécurisées par technologie quantique et de nouvelles classes de plateformes maritimes autonomes ou sans équipage.
La Stratégie industrielle de défense vient compléter ce triptyque en se focalisant sur la manière dont ces capacités doivent être conçues, construites et maintenues sur le territoire national. Elle insiste sur des chaînes d’approvisionnement souveraines, un financement dédié à l’innovation, et la mise en œuvre d’accords régionaux de croissance dans le domaine de la défense visant à ancrer les compétences et la capacité industrielle dans les principaux centres de construction navale et de défense du pays. Les partenariats internationaux, tels qu’AUKUS et Five Eyes, sont également identifiés comme essentiels au maintien de l’innovation maritime.
Malgré la cohérence apparente de ces trois documents, le mémorandum pointe leur intégration insuffisante. Chacun fixe des ambitions claires dans son champ, mais dans l’ensemble, ils manquent d’un cadre unificateur capable de transformer ces ambitions en capacités opérationnelles déployables. Sont notamment soulignées des lacunes dans la coordination des budgets, des capacités industrielles, des compétences et du développement technologique entre les acteurs gouvernementaux, industriels et académiques.
Cette analyse s’inscrit dans un effort plus large visant à orienter le débat sur la posture internationale du Royaume-Uni et ses priorités de défense à long terme, dans un contexte marqué par une compétition maritime croissante et une incertitude stratégique.