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Au plus fort de la guerre de Sécession, un contrebandier devenu espion au service de l’Union a imaginé un plan audacieux. À la tête d’une équipe de deux douzaines de soldats de l’Ohio, James Andrews devait s’infiltrer derrière les lignes ennemies, dérober un train confédéré, puis l’utiliser pour détruire certains des rares axes ferroviaires du Sud, entravant ainsi les approvisionnements vers Chattanooga alors que l’armée de l’Union se préparait à avancer vers la ville.

Le plan a partiellement fonctionné. Les raiders d’Andrews ont volé un train surnommé « the General » et l’ont utilisé pour détruire des voies ferrées et couper des lignes télégraphiques à travers la Géorgie et le Tennessee, en direction de Chattanooga. Cette opération audacieuse est devenue célèbre sous le nom de Grande Course du Train et a conduit à l’attribution des premières médailles d’honneur à 19 des 24 participants. Deux autres médailles ont été attribuées en 2024.

Plus d’une douzaine de médaillés d’honneur vivants et la Congressional Medal of Honor Society s’apprêtent désormais à recréer cette fameuse « Grande Course du Train » en partenariat avec la compagnie ferroviaire CSX. Cette reconstitution, organisée conjointement avec le Coolidge National Medal of Honor Heritage Center à Chattanooga, rassemblera historiens, reconstituteurs et récipiendaires au cours d’un voyage en train retraçant le parcours d’Andrews et de ses hommes.

Selon les organisateurs, il s’agira de la toute première reconstitution immersive de ce braquage historique.

« Nous avons passé plus d’un an et demi à étudier comment reconstituer cette poursuite ferroviaire axée sur le sabotage », explique Vince Butler, directeur de la célébration prévue en 2025 à Chattanooga. Cette course, qui a inspiré le film muet de Buster Keaton The General ainsi qu’un long métrage Disney en 1956, mettait en scène plusieurs trains, deux douzaines d’opérateurs de l’Union, des troupes confédérées et un conducteur de train particulièrement déterminé.

« C’est un cas extraordinaire d’espionnage militaire et de sabotage », ajoute Butler. « L’événement vise aussi à montrer combien l’opération était complexe et risquée. C’est une histoire bien connue ici, mais beaucoup de médaillés d’honneur ne connaissent pas tous les détails ni l’ampleur de cette aventure. »

Les raiders et le General

L’opération était effectivement spectaculaire. Les raids de l’Union sur les lignes d’approvisionnement confédérées n’étaient pas rares à cette époque, et les blocus navals avaient déjà étranglé les ports du Sud. Toutefois, le plan d’Andrews nécessitait que de nombreux facteurs s’enchaînent parfaitement. Lui et ses hommes — un civil et 22 soldats originaires de l’Ohio — avancèrent dans le sud en se faisant passer pour des civils confédérés.

Andrews avait une expérience préalable : une tentative antérieure de vol de train avait échoué lorsque personne n’avait su conduire le train volé. Cette fois, ils se dirigèrent vers la ville de Big Shanty, en Géorgie (aujourd’hui Kennesaw), où ils prévoyaient de dérober un train pendant que l’équipage allait se restaurer.

Ils mirent la main sur le General. Cette étape du plan se déroulait bien. Malheureusement pour Andrews, Big Shanty était fortement occupée par des troupes confédérées. Ils devaient rapidement mettre le train en marche et couper des lignes télégraphiques pour retarder l’alerte aux unités ennemies.

Le 12 avril 1862 au matin, Andrews et ses hommes montèrent à bord du General et s’élancèrent en décrochant les wagons de passagers vides.

Ils furent rapidement poursuivis, non pas par une unité militaire, mais par le conducteur du General, William Fuller. Probablement l’homme de train le plus tenace de la guerre civile américaine, Fuller débuta la poursuite à pied, puis passa à une draisine pour suivre le train.

La troupe entreprit alors ses sabotages, détruisant les rails et coupant des fils télégraphiques à plusieurs reprises. Mais à chaque arrêt, Fuller réduisait l’écart.

Plus tard, Fuller abandonna sa draisine pour voler lui-même plusieurs trains, dont le Texas, qu’il conduisit même en marche arrière à la poursuite des raiders d’Andrews.

Finalement, le General s’arrêta à la gare de Ringgold, à seulement 29 km de Chattanooga. Tous les soldats de l’Union furent capturés. Huit d’entre eux, dont Andrews, furent exécutés par les Confédérés, tandis que huit autres réussissaient à s’échapper. Les derniers furent échangés en mars 1863.

C’est ce même mois qu’eurent lieu les premières remises de la Médaille d’Honneur. Presque tous les hommes de l’expédition d’Andrews reçurent cette décoration militaire suprême, à l’exception d’Andrews lui-même et du civil William Hunter Campbell, inéligibles, ainsi que de deux soldats qui n’obtinrent la médaille que des décennies plus tard. Pvt Philip G. Shadrach et Pvt George D. Wilson, exécutés lors de la mission, furent enfin décorés en 2024 par le président Joe Biden.

Même itinéraire, trains différents

Ce mois-ci, des militaires et des médaillés d’honneur s’apprêtent à suivre ce même trajet. La liste exacte des participants est encore en cours d’établissement en raison des contraintes de déplacement. La ligne ferroviaire Western and Atlantic, empruntée par le General, est toujours en service, principalement pour le fret. La reconstitution se déroulera donc sur ce tracé. Cependant, faute de disponibilité, aucun train d’époque ne pourra être utilisé.

Le départ aura lieu le 30 septembre au Atlanta History Center, où est conservé le train Texas. Le groupe se dirigera ensuite vers le Southern Museum of Civil War & Locomotive History à Kennesaw, où est exposé le General. Là, ils embarqueront à bord d’un train accompagné de huit reconstituteurs incarnant les raiders d’Andrews, qui joueront le rôle de guides tout au long du trajet vers le nord.

Des arrêts ponctuels permettront de simuler les sabotages effectués lors de la mission.

Malheureusement, selon Vince Butler, l’événement ne mettra en scène qu’un seul train. Personne ne tiendra le rôle de Fuller, et aucune draisine ni train de poursuite ne sera utilisée. Toutefois, la poursuite menée par Fuller sera mise en lumière, ainsi que les actions de certains raiders, notamment Jacob Parrott, premier récipiendaire de la Médaille d’Honneur. Capturé à l’issue de la course, il subit de sévices en détention avant d’être échangé et décoré le 25 mars 1863.