Un drone MQ-9A Reaper de l’US Air Force, d’une valeur de 13 millions de dollars, s’est écrasé en mer Méditerranée après que l’une de ses pales s’est rompue, entraînant la séparation de l’hélice de son moteur, selon un rapport officiel publié récemment.
Ce document détaille comment, fin 2024, l’opérateur basé à des milliers de kilomètres, dans une base du Missouri, a rapidement constaté une panne moteur catastrophique sur l’appareil télépiloté. Face à la situation, il a délibérément décidé de procéder à un amerrissage d’urgence. Les débris n’ont pas pu être récupérés, ce qui a limité les possibilités d’analyse sur la cause racine de l’accident, conclut l’enquête.
Le rapport offre toutefois un éclairage rare sur les pratiques opératoires des équipages “géographiquement séparés” — pilotes et opérateurs de capteurs — qui contrôlent à distance les drones de combat de l’US Air Force.
Il souligne que ni l’équipage, ni les équipes de maintenance, ni le commandement n’ont commis d’erreur ou de négligence ayant contribué à l’accident. Tous les membres de l’équipage étaient qualifiés et médicalement aptes, et leur réaction a été conforme aux procédures pour tenter de maintenir l’appareil en vol malgré la panne mécanique majeure.
Sur le plan mécanique, le MQ-9A était déclaré opérationnel et ses dossiers de maintenance étaient à jour pour le vol du 16 décembre 2024.
Le rapport met également en lumière certaines spécificités des opérations des UAV au sein de l’US Air Force. Bien que le drone appartienne au 432nd Wing basé à Creech Air Force Base (Nevada), l’équipage était rattaché au 20th Attack Squadron de Whiteman Air Force Base (Missouri). Pourtant, les drones MQ-9A ne sont pas stationnés dans cette base.
Fait notable, en juillet 2024, un MQ-9A s’est posé à Whiteman pour la première fois lors d’une journée portes ouvertes, un événement exceptionnel dans la gestion géographique des équipements et des personnels.
Problème lors d’un changement d’équipage en vol
L’incident s’est produit pendant un relais d’équipage en vol, pratique courante dans les opérations de drones où un pilote ou un opérateur remplace temporairement son homologue au poste de contrôle au sol. Après un décollage à 13h00 UTC (8h00 locales), le drone a effectué un vol sans incident pendant près de deux heures en direction de sa zone d’opération (le point de départ et la cible ne sont pas précisés).
Vers 10h00 locale, le premier pilote a été relevé par un second qui n’était pas initialement prévu pour ce vol mais sollicité en renfort pour la mission de huit heures. L’opérateur de capteurs a aussi été remplacé une heure plus tard.
Le Reaper a continué son vol « sans incidents majeurs », selon le pilote, jusqu’à environ 17h00 UTC (midi à Whiteman), moment où le pilote initial est revenu au poste. Lorsqu’ils ont commencé à revoir le vol dans l’optique d’un nouvel échange, des alertes sont survenues : le moteur a brusquement perdu toute force motrice, passant d’un régime normal à une perte totale en une seconde.
Le second pilote, aux commandes pour la suite du vol, a sollicité la pleine puissance des moteurs sans obtenir de réponse. L’équipage a alors lancé les procédures d’urgence et tenté de se poser sur un terrain disponible, mais le pilote a rapidement jugé le moteur irréparable et a constaté que le drone, désormais sans propulsion, ne pouvait pas planer jusqu’à la terre ferme.
En ultime tentative, l’équipage a procédé à un « rack swap » — échange des postes de travail dans le centre de contrôle — afin de reconfigurer le système, une procédure de redondance dans les équipements servant à piloter le drone. Cette manœuvre n’a cependant eu aucun effet.
En approchant de la mer, une présence inhabituellement élevée de particules métalliques a été détectée dans l’huile moteur, signe d’une défaillance interne grave. L’équipage a coupé le moteur et, 23 minutes après les premiers signaux d’alerte, le drone a percuté la surface de l’eau.
Le rapport précise que le moteur avait fait l’objet d’une révision complète 6000 heures de vol avant et d’une inspection de 200 heures en octobre 2024. Le drone avait accumulé 618 heures sur 32 missions depuis août, sans problèmes mécaniques notables ni alertes métalliques.
La cause technique identifiée est une défaillance au niveau de l’assemblage de liaison cannelée, reliant le moteur à l’hélice. Plus précisément, un anneau spiral de retenue, connu pour s’user rapidement sur les MQ-9A, est probablement à l’origine. Cette usure a conduit à un ajustement des calendriers de maintenance, doublant la fréquence de remplacement de cette pièce.
« Plusieurs causes peuvent expliquer une usure prématurée de l’anneau spiral, mais sans récupération des pièces endommagées, aucune ne peut être confirmée », conclut le rapport.