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Une startup basée à Bengaluru développe un drone à voilure fixe capable de rester en vol plus de 417 jours sans atterrir, se reposer ou nécessiter une intervention humaine. Ce projet ambitieux, porté par une équipe de quatre personnes, s’inspire directement d’un phénomène naturel pour repousser les limites de l’endurance aérienne.

Le drone, nommé Infini, possède une envergure de 3 mètres pour un poids total de seulement 2,8 kg. Il est conçu pour exploiter une technique naturelle similaire à celle de l’albatros, l’un des plus grands champions d’endurance du règne animal. Ces oiseaux traversent des océans entiers en utilisant le phénomène de dynamic soaring, qui consiste à exploiter les différences de vitesse du vent à différentes altitudes.

Cette méthode consiste à grimper dans des vents rapides en altitude, plus puissants que ceux près de la surface, puis à s’abaisser en douceur en convertissant l’énergie emmagasinée en vitesse, renouvelant ce cycle en forme de S sans jamais battre des ailes. L’énergie est entièrement extraite des gradients de vent, offrant ainsi un vol exceptionnellement économe en énergie.

L’Infini d’Alteon Energy tente de reproduire ce mécanisme à une échelle réduite. Grâce à des ordinateurs de bord, le drone détecte les cisaillements du vent au-dessus de la mer, adoptant de manière autonome une trajectoire en boucle et en zigzag, identique à celle des albatros, permettant un vol prolongé sans moteur.

Les premiers essais du prototype de 3 mètres, déjà réalisés plus de quarante fois le long des côtes du Karnataka et sur des réservoirs d’eau intérieurs, ont montré que l’appareil pouvait voler plusieurs heures moteur éteint, en tirant simplement profit de l’énergie éolienne. Les ingénieurs estiment que par une optimisation plus poussée de la structure, une gestion améliorée de l’énergie, et l’intégration de films solaires sur les ailes pour alimenter l’électronique, ce principe pourrait être étendu de quelques heures à plusieurs mois, voire plus d’une année complète.

Le principal utilisateur visé est la Marine indienne et la Garde côtière, qui mobilisent actuellement des navires de guerre et vedettes de surveillance côtière à plusieurs milliards de roupies pour garantir une surveillance radar et visuelle continue le long des 7 500 km de littoral.

Selon Alteon, le coût d’exploitation mensuel d’un seul destroyer pourrait à lui seul financer l’achat et le déploiement de 17 000 drones Infini. Ceux-ci pourraient être lancés depuis des catapultes à terre ou de petites embarcations, fournissant une couverture optique et infrarouge renouvelée toutes les dix minutes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sur l’intégralité de la côte indienne, pour un coût total d’environ 50 000 dollars par mois.

Chaque drone est équipé d’une caméra stabilisée adaptée à la lumière du jour et aux faibles luminosités, d’une liaison satellite pour les transmissions, et d’un transpondeur ADS-B. À la fin de son autonomie, qui peut atteindre entre 300 et 400 jours, l’appareil se pose en douceur sur l’eau et coule, évitant ainsi toute phase de récupération. Avec un coût unitaire visé inférieur à 3 000 dollars en production de masse, le drone est conçu comme un dispositif à usage unique, peu coûteux et efficace.

Pour l’instant, le projet reste dans une phase expérimentale « innovante mais ambitieuse ». Les prototypes actuels sont lancés à la main, pilotés à distance pour la sécurité, et disposent toujours de moteurs électriques pour le décollage et les situations d’urgence. Le vol entièrement autonome en dynamic soaring sur l’océan a été modélisé mathématiquement et démontré sur de courtes durées, mais pas encore maintenu pendant plusieurs jours d’affilée.

Si même une partie de cette vision se concrétise, les applications dépasseraient largement la surveillance côtière. Lutte contre le trafic de drogue, contrôle des zones économiques exclusives (ZEE), surveillance des catastrophes naturelles ou opérations de recherche et sauvetage pourraient être transformés grâce à ces essaims de drones quasi gratuits et quasiment inépuisables.

Les principaux obstacles techniques à surmonter sont :

  • Assurer la résistance mécanique d’une structure ultralégère face aux milliers de virages très rapides induits par le dynamic soaring.
  • Maintenir un drone de 2,8 kg en station durant la mousson et les cyclones tropicaux.
  • Garantir une commande fiable au-delà de la ligne de vue via liaisons satellite avec une consommation énergétique minimale.
  • Certifier le logiciel de contrôle de vol selon les normes de navigabilité civiles ou militaires, alors que le drone est sans pilote et sans phase d’atterrissage.

La société reconnaît que la durée de 417 jours représente un objectif d’ingénierie basé sur des modèles conservateurs d’extraction énergétique, et non une capacité déjà démontrée.