En 2007, bien avant la généralisation de l’usage des drones navals, BVT Surface Fleet avait présenté un concept qui semblait tout droit sorti de la science-fiction : l’UXV Combatant.
Ce projet était envisagé comme un porte-drones destiné à la Royal Navy, capable d’opérer avec des UAV (véhicules aériens sans pilote), des UUV (véhicules sous-marins sans pilote) et des bateaux de surface sans équipage.
Un navire-mère pour une flotte de robots dans les domaines aérien, maritime, et même terrestre. En théorie, cette idée audacieuse et visionnaire anticipait l’évolution des combats navals. Mais, en pratique, le projet n’a jamais dépassé le stade du concept. L’UXV Combatant reposait sur l’hypothèse que les drones nécessitaient une catégorie de navire entièrement nouvelle, une hypothèse qui ne s’est pas confirmée.
Conçu pour servir de base permanente et de centre de commande pour des essaims de véhicules sans pilote, sa silhouette s’inspirait partiellement des destroyers Type 45, mais allait bien au-delà des conceptions navales contemporaines. Deux pistes d’envol inclinées en “V” pouvaient accueillir drones, appareils à décollage et atterrissage verticaux (V/STOL) et hélicoptères. Il possédait une piscine interne destinée au lancement de drones sous-marins, des hangars pour la maintenance, ainsi qu’un système de lancement vertical pour des missiles de croisière. Le navire était même doté d’un canon naval de 155 mm, prévu pour assurer des tirs rapides en appui aux forces terrestres.
Les concepteurs envisageaient par ailleurs un rôle d’assaut amphibie, avec la capacité d’embarquer des troupes et leur équipement. Mi-frégate, mi-porte-avions léger, mi-centre de commandement robotisé, ce bâtiment pesait seulement 8 000 tonnes, ce qui demeure compact pour une polyvalence aussi étendue.
Présenté en grande pompe au salon DSEI 2007, accompagné de maquettes et d’illustrations, le projet n’a jamais été développé au-delà du concept. Il s’est progressivement effacé des débats dans les années suivantes.
Le problème n’était pas une erreur de fond. En réalité, plusieurs des prévisions contenues dans l’UXV se vérifient aujourd’hui. Le vrai frein fut sa nature trop spécifique et son arrivée prématurée.
À l’époque, la Royal Navy était déjà engagée sur de grands programmes comme les destroyers Type 45, les sous-marins Astute et les porte-avions de la classe Queen Elizabeth. Les budgets étaient stricts, et les technologies indispensables au déploiement efficace de l’UXV, notamment en matière de drones navals, n’étaient pas encore matures. Concevoir une nouvelle classe de navire entièrement dédiée à une capacité encore expérimentale était difficile à justifier.
Le concept souffrait aussi d’un déficit d’intégration, puisqu’il ne correspondait à aucun standard naval établi : ni porte-avions complet, ni destroyer. Trop faiblement armé pour être un bâtiment de premier rang, trop volumineux et complexe pour une plateforme spécialisée, il peinait à trouver sa place au sein de la flotte britannique. En voulant tout faire – porte-drones, transport de troupes, plateforme de missiles – il devenait difficile à classer.
Le projet UXV est mort sur planche à dessin, mais son idée centrale – que la guerre navale future serait dominée par les systèmes sans équipage – s’est imposée comme une doctrine désormais générale. Ce qui a changé, ce n’est pas l’objectif, mais la façon d’y parvenir.
Au lieu de construire un navire dédié aux drones à partir de zéro, les marines adaptent désormais leurs bâtiments existants. HMS Prince of Wales en est l’exemple le plus probant dans la Royal Navy. Ces deux dernières années, ce porte-avions a servi à tester des UAV, dont des drones lourds à voilure fixe comme le Mojave, ainsi que des plateformes à voilure rotative telles que le Malloy T-150. Ces systèmes à longue endurance et capables de porter des charges utiles sont évalués pour des missions concrètes : logistique, renseignement, surveillance, reconnaissance (ISR) et frappes.
HMS Prince of Wales devient un porte-drones par évolution.
Ce n’est pas seulement le cas des porte-avions. Des frégates comme HMS Lancaster ont testé des drones rotatifs comme le Peregrine – une version navalise du Camcopter – permettant d’étendre leurs capacités de détection sans modifier leur architecture. Des systèmes modulaires de drones sont également intégrés aux navires auxiliaires et aux plateformes de lutte antimines. La Future Maritime Aviation Force de la Royal Navy met justement l’accent sur cette intégration flexible, intégrant les drones dans les ailes aériennes existantes plutôt que de concevoir un navire entièrement dédié.
Voici la leçon essentielle : la plus grande force de l’UXV, sa conception taillée sur mesure, fut aussi sa faiblesse majeure. Il anticipait un futur qui s’est réalisé, mais supposait que ce futur nécessiterait une coque conçue spécialement. En réalité, les marines misent sur l’adaptabilité. Plutôt que de construire un navire haute technologie unique, elles répartissent les capacités dronisées sur plusieurs classes de bâtiments.
Cette approche pourrait néanmoins évoluer. La future frégate Type 32 a été évoquée comme un hôte potentiel pour les systèmes autonomes, et il n’est pas exclu qu’un jour la Royal Navy, ou une autre marine majeure, commande un porte-drones véritablement dédié. Mais la tendance actuelle est claire : l’intégration des drones dans les flottes se fait progressivement, navire par navire, mission par mission.
En somme, l’UXV Combatant était une idée brillante, mais hors de son temps. La Royal Navy d’aujourd’hui concrétise nombre de ses concepts, non pas à travers un bâtiment unique, mais via un réseau distribué de navires, d’aéronefs et de systèmes sans équipage agissant de concert. Ce n’est peut-être pas aussi spectaculaire qu’une illustration artistique, mais c’est incontestablement plus pragmatique.
Peut-être que c’est là le véritable héritage de l’UXV : avoir démontré ce qui était possible, même si cela ne l’était pas encore.