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La robotisation des véhicules terrestres soulève souvent des débats, surtout autour de leur armement, nourris par notre fascination pour la science-fiction. Pourtant, l’objectif premier de ces robots n’a jamais été de livrer un effet létal, mais plutôt de protéger les humains en remplaçant leur présence dans des environnements dangereux.

Il faut également comprendre que le robot n’est pas une capacité en soi, mais bien la plateforme qui permet de déployer cette capacité. L’efficacité dépend essentiellement de la charge utile embarquée, et ce qui distingue les différents robots, c’est leur aptitude à délivrer cette charge au bon endroit, au bon moment, pour atteindre l’effet recherché. Ainsi, les robots sont utilisés pour réduire le risque, notamment pour les soldats.

Vision 60 Ghost Robotics

Illustration récente, lors du salon DSEI de Londres : un robot quadrupède Vision 60 de Ghost Robotics transporte un système aérien sans pilote configuré pour les missions de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR). Cette combinaison peut s’avérer idéale selon l’environnement opérationnel, notamment pour approcher étroitement une cible tout en minimisant les risques pour les hommes.

Cela dit, il existe évidemment des raisons légitimes d’armer les robots terrestres, par exemple pour les missions de surveillance à distance ou la protection de périmètres. Leur intérêt réside toujours dans la capacité à éloigner l’homme du danger. Récemment, l’armée américaine a annoncé vouloir équiper un Vision 60 Q-UGV (Unmanned Ground Vehicle) d’un fusil XM7 de nouvelle génération, tirant une munition de calibre 6,8 mm. Si les industriels ont surmonté plusieurs défis techniques, la question majeure reste : quel est l’effet opérationnel recherché ? Et cette charge utile est-elle vraiment adaptée à cette plateforme ?

Lors de la prochaine conférence Future Forces Capabilities, organisée par la NDIA à Huntsville en Alabama, de nombreuses discussions porteront sur la robotisation armée, reflet de l’évolution de cet événement qui s’appuyait traditionnellement sur les armes légères et l’armement. Toutefois, une plus grande intégration des experts du renseignement et de la surveillance dans ces débats serait bénéfique.

À l’inverse, les systèmes aériens sans pilote ont longtemps été centrés sur la collecte de renseignements, avant d’intégrer plus récemment des capacités de frappes cinétiques. Selon moi, les plus petits robots terrestres trouvent leur meilleure utilisation en tant que plateformes pour capteurs variés — ISR, détection CBRN (chimique, biologique, radiologique et nucléaire) — ou comme relais de communications pour ces équipements. La collecte persistante de renseignements expose les opérateurs à des risques importants, de plus, ces missions sont souvent fastidieuses ; il est donc plus judicieux que les efforts humains se concentrent sur l’analyse des données que ces robots récoltent.

Ancien spécialiste du renseignement d’origine électromagnétique et officier de renseignement, j’ai beaucoup réfléchi à l’emploi optimal des robots terrestres pour l’ISR. Il existe des synergies évidentes entre les communautés des drones aériens, sous-marins et terrestres, notamment en matière de charges utiles. Il est nécessaire d’encourager les développeurs de capteurs à exploiter davantage les plateformes robotisées terrestres de différentes catégories, ainsi que d’accroître les échanges entre utilisateurs militaires de ces différentes capacités.

Les robots sont désormais présents sur le champ de bataille. Il nous appartient de déterminer comment les employer au mieux : certains seront armés, d’autres consacrés au renseignement et à la surveillance, tandis que d’autres encore faciliteront la logistique ou les communications.

Il est essentiel de chercher à maximiser le retour sur investissement dans les systèmes terrestres sans pilote. Prochainement, je présenterai un concept d’utilisation des Vision 60 Q-UGV pour accéder à des terrains difficiles et mener des surveillances terrestres multi-intelligences à effet persistant.

– Eric Graves
Rédacteur