Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a défendu hier soir les nouvelles lois anticorruption adoptées par le Parlement, tout en soulignant la nécessité de purger l’influence russe dans les institutions nationales. Parallèlement, de nouveaux pourparlers entre l’Ukraine et la Russie se tiennent aujourd’hui à Istanbul sous la conduite de Rustem Umerov.
Lors de son allocution, Zelensky a affirmé :
« J’ai échangé avec le directeur de la NABU, Semen Kryvonos, le procureur SAPO Oleksandr Klymenko, le procureur général Ruslan Kravchenko, ainsi que le chef du Service de sécurité d’Ukraine, Vasyl Maliuk. Nous avons discuté de divers défis, tous importants. L’infrastructure anticorruption fonctionnera, mais uniquement sans influence russe – il faut l’en débarrasser. Il doit y avoir davantage de justice. NABU et SAPO continueront naturellement leur travail. Il est crucial que le procureur général soit déterminé à garantir l’impunité zéro pour ceux qui bafouent la loi en Ukraine. C’est ce dont le pays a véritablement besoin. Les dossiers en suspens doivent être examinés. Pendant des années, certains responsables en fuite ont vécu tranquillement à l’étranger, souvent dans des pays très accueillants, sans en subir les conséquences – ce qui est inacceptable. Il n’y a aucune explication rationnelle au fait que des procédures pénales de plusieurs milliards soient restées en suspens pendant tant d’années. De même, il est incompréhensible que les Russes continuent d’accès aux informations. L’important, c’est que ce soit sans la présence russe. Ce qui importe, c’est l’inévitabilité des sanctions et que la société en ait pleinement conscience. »
Cette déclaration relève que les agences anticorruption ukrainiennes NABU (Bureau national anticorruption) et SAPO (Parquet anticorruption spécialisé) ont, selon le président, laissé certains individus échapper à la justice, tout en étant infiltrées par des influences russes. Ces deux institutions jouent un rôle clé dans la lutte contre la corruption au plus haut niveau de l’État, couvrant notamment les ministères et les instances gouvernementales.
Mais quelles sont les implications concrètes des nouvelles lois adoptées ? Selon Ukrinform, celles-ci renforcent considérablement les prérogatives du procureur général :
- Le procureur général peut exiger l’accès à toutes les enquêtes préliminaires, et cette demande doit être obligatoirement respectée. S’il n’est pas satisfait, il peut retirer l’enquête en cours à la NABU et la confier à une autre juridiction.
- La NABU ne peut solliciter des informations d’autres autorités qu’avec l’approbation préalable du procureur général.
- Le procureur acquiert le pouvoir de clore les enquêtes à la demande de la défense et le monopole sur les accusations portées contre les hauts fonctionnaires.
- Toutes les transactions en cours dans les dossiers traités par la NABU doivent recevoir l’aval du procureur général, de même que les accusations doivent être signées par lui.
- Le chef du SAPO perd le droit d’arbitrer les conflits de compétence sur la prise en charge des dossiers et ne fait plus partie des équipes de procureurs.
- En cas d’état d’urgence (comme actuellement en Ukraine), les procureurs peuvent être nommés ou promus sans procédure de sélection, tandis que leur révocation peut être décidée de manière discrétionnaire.
Une interprétation bienveillante de ces mesures pourrait souligner qu’elles visent à pallier l’absence jusqu’ici de mécanismes efficaces pour limiter la corruption à l’intérieur même de la NABU, laquelle, selon Zelensky, aurait retardé certains procès permettant à des prévenus de s’exiler à l’étranger en toute impunité. Cependant, cette centralisation accrue du pouvoir au sein du bureau du procureur général soulève des craintes quant à un possible contrôle excessif, d’autant que ce pouvoir pourrait être conservé par ses successeurs, quels qu’ils soient.
On peut regretter que des solutions alternatives n’aient pas été privilégiées pour traiter la corruption et les infiltrations russes dans les agences anticorruption. Certains y voient une simple manœuvre pour protéger des personnalités influentes au sein du gouvernement ukrainien. Quoi qu’il en soit, cette réforme risque de servir les intérêts des régimes corrompus et des criminels de guerre russes, qui exploitent ces dysfonctionnements pour discréditer l’Ukraine et tenter de freiner le soutien militaire et économique occidental.
Par ailleurs, des manifestations ont eu lieu cette nuit en Ukraine, en défiance du couvre-feu, sans être perturbées par les bombardements russes. Reste à savoir si cette accalmie est un simple hasard ou une stratégie de Moscou visant à éviter une escalade lors de ces rassemblements.
Concernant les nouvelles négociations, la délégation ukrainienne est dirigée aujourd’hui à Istanbul par Rustem Umerov, ancien ministre de la Défense et actuel président du Conseil national de la sécurité et de la défense.
La Russie maintient néanmoins ses exigences drastiques : capitulation ukrainienne, occupation et annexion permanentes de larges territoires, démilitarisation de l’Ukraine, installation d’un gouvernement marionnette à Kiev, et interdiction pour l’Ukraine de rejoindre toute alliance ou union hors de l’influence russe, notamment l’UE et l’OTAN.
Ces conditions rendent peu probables des avancées significatives lors de cette session. En revanche, il est envisageable que des accords soient trouvés sur des échanges de prisonniers et de dépouilles militaires, sans impact direct sur le cours des hostilités.
Cette situation reflète les défis persistants auxquels fait face l’Ukraine dans sa lutte contre la corruption interne et l’agression extérieure.