En 2025 et 2026, plusieurs experts ont souligné que la principale faiblesse de Taïwan dans une éventuelle guerre contre la Chine réside dans sa culture militaire et civique. Le changement culturel est jugé indispensable pour rendre l’armée taïwanaise compétitive, mais ces évolutions restent très limitées à ce jour.
Le gouvernement de Lai Ching-te, loin de réduire le nombre d’officiers supérieurs comme recommandé (la Taïwan compte un général ou amiral pour 500 soldats, soit le double des États-Unis), aspire plutôt à créer de nouveaux postes de haut commandement. Cette structure hiérarchique lourde freine la création d’une culture d’initiative et d’adaptation en bas de la chaîne de commandement.
Sur le plan militaire, Taïwan augmente ses dépenses de défense et investit notamment dans des armes asymétriques, telles que les drones. La fabrication locale de drones progresse, tout comme la formation à leur emploi dans de nouveaux commandements spécialisés. Cependant, l’armée reste confrontée à des problèmes persistants d’effectifs : elle compte seulement 79 % du personnel militaire requis, la rétention des soldats volontaires demeure faible malgré des hausses salariales.
Les drones sont une pièce essentielle, voire prioritaire, mais ils ne suffisent pas : Taïwan ne dispose pas encore d’une doctrine cohérente et intégrée pour maximiser leur usage dans une stratégie asymétrique. De plus, il manque une adaptation culturelle forte permettant un commandement décentralisé efficace et une remontée rapide des enseignements du terrain.
Sur le plan du soutien américain, si la présence de formateurs américains à Taïwan est maintenue et la livraison d’armements accélérée, une pression plus ferme sur la réforme culturelle militaire est jugée nécessaire. Il faudrait notamment que davantage d’instructeurs travaillent directement avec les unités d’infanterie, d’artillerie et blindées, au-delà de l’élite des forces spéciales. Cette approche viserait à améliorer l’efficacité globale du corps militaire en préparation d’une guerre où Taïwan pourrait devoir s’en remettre à ses propres forces durant une période prolongée.
Enfin, s’agissant de la préparation civile, les exercices récents (Han Kuang 41 et 42) marquent une volonté d’intégrer la société civile à la défense nationale. Néanmoins, ces formations restent souvent symboliques et peu prises au sérieux par la population, avec des infrastructures de protection civile défaillantes ou difficiles d’accès. La plupart des efforts en résilience sociale dépendent du ministère de l’Intérieur et d’organisations citoyennes, la défense civile n’étant pas encore pleinement considérée comme un volet central par le ministère de la Défense.
En rétrospective, il apparaît que la réforme nécessaire ne doit pas consister en un simple copier-coller du modèle américain. Taïwan doit au contraire développer un cadre adapté à son propre contexte stratégique et culturel, en tirant enseignement d’expériences étrangères variées, notamment de pays engagés récemment dans des conflits, comme l’Ukraine ou l’Iran.
