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Depuis son déploiement au Mali, le groupe paramilitaire russe Africa Corps, successeur de Wagner, peine à tirer des bénéfices tangibles de son engagement militaire dans ce pays du Sahel. Initié en 2021 avec Wagner, le projet russe visait à conclure un accord « ressources contre sécurité » similaire à celui obtenu en République centrafricaine.

Échec à sécuriser les ressources aurifères

Alors que Wagner avait réussi à contrôler l’exploitation d’or et de diamants en République centrafricaine, il s’est heurté à un refus catégorique du gouvernement malien de céder ses ressources. Africa Corps, étroitement lié à l’État russe, n’a pas su démontrer plus de succès. En 2023, Bamako a renforcé son contrôle sur les mines d’or via un nouveau code minier augmentant les redevances et la part étatique. En 2024, le gouvernement malien a arrêté des employés de la société minière canadienne Barrick Gold, avant de conclure un accord de près de 430 millions de dollars pour la poursuite des opérations et la libération des détenus. Le président malien Assimi Goïta a centralisé la propriété aurifère à travers Sopamim, une structure publique.

Cela a écarté les intérêts russes de ce secteur crucial, tout en consolidant la prééminence malienne et occidentale dans l’exploitation minière. Selon des rapports américains, Wagner aurait été rémunéré par le gouvernement malien jusqu’à 10,8 millions de dollars par mois, essentiellement via des taxes sur les sociétés minières ou des livraisons directes d’or, bien que ces affirmations manquent néanmoins de preuves formelles.

Un investissement militaire coûteux et incertain

Les forces russes continuent d’affronter des pertes importantes, à l’image des 84 soldats tués lors de l’embuscade de Tinzaoutène en 2024. Africa Corps fait face à la destruction de ses hélicoptères et à de multiples attaques, sans parvenir à contenir les groupes jihadistes qui multiplient leurs incursions, même dans la capitale Bamako.

Parallèlement, la Russie fait face à la concurrence de pays comme la Turquie, qui a livré des drones Akinci à Mali, reflétant peut-être un virage vers une stratégie plus axée sur les frappes aériennes, illustrée aussi par l’exemple du Burkina Faso. Cette évolution pourrait affaiblir encore la présence russe, accentuée par le décès du ministre de la Défense pro-russe Sadio Camara.

Jeux géopolitiques et enjeux futurs

Au-delà des intérêts économiques, la présence russe au Mali a permis à Moscou d’élargir son influence diplomatique dans le Sahel, attirant notamment le Niger et le Burkina Faso dans son orbite et obtenant un soutien politique notable aux Nations unies. Toutefois, cette influence reste fragile et ne justifie pas à elle seule les lourds engagements militaires.

Les interventions chinoises se limitent à des ventes d’armement, tandis que les Émirats arabes unis maintiennent une présence financière indirecte via des paiements controversés. Le soutien turc, plus récent, pourrait redessiner les équilibres locaux.

Faute d’avancées stratégiques et économiques, la Russie semble s’enliser dans un conflit long et coûteux, où elle joue davantage le rôle de diffuseur d’aide militaire pour un régime fragile que celui d’un acteur capable de résoudre la crise sécuritaire. L’avenir pourrait voir un repositionnement, selon l’évolution des attaques jihadistes et des alliances internationales, particulièrement occidentales.

Sources : Warontherocks