Depuis le naufrage du sous-marin ARA San Juan en 2017, l’Argentine est privée d’une capacité de plongée sous-marine active. Avec une zone maritime à contrôler d’environ un million de kilomètres carrés, le pays souhaite moderniser sa flotte sous-marine, mais le projet reste au point mort en raison des difficultés financières et du choix du constructeur.
En fin 2024, l’Argentine et Naval Group, constructeur français, ont signé une lettre d’intention pour l’achat de trois sous-marins de la classe Scorpène Evolved. Ce document lie politiquement les deux États mais ne garantit pas la signature d’un contrat ferme, notamment à cause de la question de financement. La France attend un prêt garanti par l’État, condition indispensable encore non remplie à ce jour.
Un autre concurrent, l’allemand TKMS, propose le sous-marin Type 209NG, avec un financement déjà garanti par le Parlement allemand à hauteur de 4,1 milliards d’euros, soit presque le double des fonds alloués par Buenos Aires. Cette offre inclut une technologie avancée avec un système de combat ORCCA et la possibilité de batteries au lithium pour améliorer les performances. Bien que les livraisons n’interviendraient pas avant 2034-2035, cette garantie financière place l’Allemagne en bonne position.
Un troisième acteur s’est récemment manifesté : le sud-coréen HD Hyundai Heavy Industries propose le HDS-1500, un sous-marin déjà exporté au Pérou. Cette offre se distingue par son délai de livraison nettement plus court, estimé entre 4 et 5 ans après signature, un avantage clé pour l’Argentine qui souhaite retrouver rapidement sa capacité sous-marine.
Sur le plan industriel, la production directe des Scorpène à Cherbourg est difficilement envisageable en raison de la charge de travail du site français. Le Brésil a proposé que ces sous-marins soient construits dans son chantier naval d’Itaguaí, où Naval Group détient une part significative, permettant une filière industrielle régionale et un transfert de technologie. Cette solution reste en discussion, compliquée par les relations diplomatiques parfois tendues entre Buenos Aires et Brasilia.
Par ailleurs, le budget de la défense argentine est en contraction, avec une réduction importante des crédits affectés à la Marine et des restructurations prévues, comme la fermeture annoncée de la base aéronavale de Punta Indio prévue pour début 2027. Cela complique davantage la concrétisation rapide du programme de renouvellement sous-marin.
En résumé, trois propositions sont sur la table : la France, dont l’offre reste la plus ancienne mais dépendante d’un prêt public encore non accordé ; l’Allemagne, forte d’un soutien financier déjà validé ; et la Corée du Sud, qui mise sur la rapidité de livraison. L’issue dépendra en grande partie de la capacité de financement et de la volonté politique des pays concernés, dans un contexte où la qualification des équipages argentins est progressivement menacée par l’absence de matériel opérationnel.