Depuis deux ans, l’Argentine reconstruit sa force aérienne après une décennie de déclin, suscitant des interrogations quant à ses intentions vis-à-vis des îles Falkland.
En 2024, le pays a conclu un accord majeur pour acquérir 24 chasseurs F-16AM/BM d’occasion auprès du Danemark pour environ 300 millions de dollars, une opération qualifiée de plus importante en 50 ans par le gouvernement Milei. Le premier lot de six appareils est arrivé en décembre 2025 à Río Cuarto, Córdoba, avec des livraisons échelonnées jusqu’en 2028. Ces avions équipent la VI Air Brigade basée à Tandil, et marquent le retour de l’aviation argentine aux standards occidentaux en termes d’avionique et d’équipements.
Par ailleurs, l’armée de terre a reçu ses premiers véhicules américains M1126 Stryker, tandis que les blindés TAM et M113 restent en service. L’armée de l’air collabore avec la société danoise Terma pour les systèmes de guerre électronique, le soutien au sol et la planification des missions. Le budget de la défense 2026 prévoit aussi des investissements dans les infrastructures et la protection des bases.
En revanche, la marine conserve une flotte vieillissante, composée de destroyers MEKO 360 et corvettes MEKO 140 nécessitant des maintenances non financées, sans force sous-marine depuis la perte du sous-marin ARA San Juan en 2017. Quant aux avions de patrouille S-2T Turbo Tracker, leur retrait est en cours d’évaluation.
La proximité des îles – à environ 300 milles nautiques des bases aériennes argentines – limite considérablement l’autonomie des F-16, surtout en l’absence d’une flotte de ravitailleurs robuste, l’aviation argentine ne disposant que de quelques anciens KC-130H. Ce défi logistique rappelle celui de 1982, lorsque les A-4 Skyhawks et les IA 58 Pucará ont mené leurs attaques avec un minimum de carburant.
Le budget de la défense argentin tourne autour de 0,7 à 0,8% du PIB, mais les prévisions pour 2026 visent à réunir défense et sécurité intérieure pour atteindre 2%, bien que l’économie instable puisse perturber ces plans. L’armée compte environ 72 000 personnels actifs, dont la masse salariale constitue la part la plus importante du budget.
Du côté britannique, la présence militaire reste constante et bien adaptée. Les Forces britanniques des îles du Sud de l’Atlantique fonctionnent sous un commandement conjoint permanent. Quatre Typhoon FGR4 maintiennent une QRA (Quick Reaction Alert) 24h/24 sur les Falklands, la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud, soutenus par des appareils A400M et Voyager pouvant ravitailler en vol, un avantage significatif par rapport aux forces argentines.
La défense terrestre repose sur une compagnie d’infanterie en rotation, actuellement le 5e Bataillon The Rifles, travaillant avec la défense locale des îles Falkland. Le système Sky Sabre assure une défense anti-aérienne au sol, avec des radars installés notamment sur Mount Byron. Le HMS Medway assume la mission de patrouille sud-Atlantique, et la base de Mount Pleasant reste une forteresse capable de recevoir rapidement des renforts directs du Royaume-Uni. Des exercices récents comme Cape Upholder ont simulé des combats impliquant mortiers, snipers, mitrailleuses et appui aérien des Typhoons.
La prise d’un aérodrome fortement défendu par des avions avancés, une défense anti-aérienne performante et une infanterie aguerrie, à plus de 300 milles nautiques, sans supériorité aérienne, ravitailleurs et voies d’approvisionnement, demeure une opération irréaliste. Il n’y a pas, à Buenos Aires, de plan militaire crédible visant à reprendre les îles Falkland, en dehors des spéculations sur internet.