Les retards de maintenance dans les chantiers navals publics de la marine américaine affectent gravement la disponibilité opérationnelle des navires, notamment des sous-marins d’attaque. Sur la dernière décennie, ces retards ont causé plus de 15 000 jours d’indisponibilité et engendré un surcoût estimé à 3,4 milliards de dollars.
Un des facteurs majeurs, mais peu étudié, est le modèle de contrats coût-plus largement utilisé pour les travaux réalisés par des entreprises privées au sein des chantiers navals publics. Ces contrats, qui remboursent les coûts plus une marge fixe, et ceux basés sur un niveau d’effort rémunérant uniquement les heures de travail consommées, ne plafonnent pas clairement les coûts ni les délais. Ils peuvent donc encourager la consommation excessive d’heures de travail plutôt qu’une exécution rapide et efficace des réparations.
À l’inverse, les contrats à prix fixe obligent les entrepreneurs à maîtriser coûts et délais, car toute inefficience pénalise directement leur profit. Or, en contexte de maintenance navale, il est souvent difficile de définir précisément l’étendue des travaux avant ouverture et inspection des navires. Cette incertitude justifie l’utilisation temporaire de contrats coût-plus lors de la phase d’évaluation.
Le problème survient lorsque cette modalité est prolongée sans limitation à la suite de la réduction de l’incertitude. Pire, elle couvre parfois les travaux supplémentaires (« growth work ») découverts en cours d’intervention, qui devraient pourtant faire l’objet d’un nouveau scope et d’une négociation distincte, mais sont souvent intégrés dans le même contrat sans définitions claires des objectifs. Cette situation entraîne une gestion inefficace des ressources, une opacité des prestations et des délais allongés.
Un autre effet pervers est que le modèle coût-plus peut freiner l’investissement des entreprises dans des innovations de productivité comme la robotique ou la transformation digitale, car réduire les heures facturables réduit aussi leur chiffre d’affaires. Un système incitant à la performance et au résultat permettrait d’encourager ces investissements structurels essentiels pour répondre à l’augmentation de la charge de maintenance.
Pour améliorer la situation, il est recommandé que la marine limite les contrats coût-plus aux phases initiales d’inspection, puis qu’elle passe rapidement à des contrats fermes à prix fixe ou à incitation, fondés sur une définition rigoureuse des travaux à réaliser. En cas de marché très restreint, notamment sur des activités spécialisées, des formules de contrats à prix fixe avec partage des risques peuvent être mises en place pour équilibrer performances et protection des capacités industrielles.
Cependant, cette transition est rendue difficile par les contraintes contradictoires entre exigences techniques tardives, impératifs opérationnels de délais courts, et processus administratifs longs. La marine doit donc mieux outiller ses équipes contractantes en leur fournissant le temps et l’autonomie nécessaire à la définition précise des travaux avant engagement des contrats fermes.
En somme, repousser la dépendance au modèle coût-plus au profit d’une gestion contractuelle basée sur les résultats est clé pour réduire les délais de maintenance, maîtriser les coûts et garantir la disponibilité et la modernisation efficace de la flotte.
