Depuis plusieurs années, les États-Unis mènent d’importantes opérations de lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Est et contre les cartels en Amérique latine, mais la transparence sur les résultats et les conséquences humaines de ces actions s’est réduite de manière notable.
Dans le domaine de l’aide à la contre-terrorisme non militaire, de 2018 à 2025, le Département d’État américain a supervisé environ 20 projets en Afrique de l’Est avec un budget annuel d’environ 80 millions de dollars. Ces projets faisaient l’objet d’un suivi strict avec des indicateurs de performance prédéfinis, des évaluations indépendantes, et des retenues de fonds en cas de sous-performance. Ce système a conduit à des progrès mesurables à Mogadiscio, où, après une série d’attentats majeurs, des mesures cofinancées par plusieurs bailleurs ont renforcé les dispositifs de contrôle et réduit la capacité des groupes terroristes à mener des attaques de grande envergure, notamment des attentats à la camionnette piégée.
Cependant, sur le volet militaire et cinétique de la lutte contre le terrorisme, la situation est bien différente. Depuis 18 mois, l’US Africa Command a considérablement réduit le détail fourni sur ses frappes aériennes contre al-Shabaab. Après un reporting encore détaillé en début 2024, les communiqués se limitent désormais à des indications vagues quant aux victimes parmi les combattants ennemis sans mentionner les unités impliquées ni les détails d’impact, au nom de la sécurité opérationnelle. Cette politique s’applique même lorsque le risque opérationnel ne semble pas justifier autant de secret, car les publications précédentes n’ont jamais été critiquées pour des fuites ou des mises en danger.
En parallèle, les rapports trimestriels d’évaluation des dommages collatéraux, salués par le Congrès lors de leur mise en place en 2020, ont été suspendus depuis la fin juin 2025, une période couvrant la plus intense offensive aérienne de l’histoire du commandement en Afrique. Le rapport annuel, légalement dû chaque année avant le 1er mai aux commissions parlementaires, accuse également un retard, avec des documents livrés jusqu’à trois mois après la date butoir et sans publication publique, contrairement à la loi qui impose leur diffusion sauf menace prouvée pour la sécurité nationale.
Concernant l’Amérique latine, la lutte contre les cartels, requalifiés en organisations terroristes en 2025, est menée avec des frappes ciblées sur des embarcations dans les Caraïbes et le Pacifique, causant au moins 221 morts sur plus de 66 frappes. Pourtant, le gouvernement américain affirme qu’il n’y a eu aucun dommage collatéral, ce qui semble contradictoire avec l’absence de capacité à identifier précisément les personnes à bord avant les frappes. Certains des tués pourraient être des victimes de la traite humaine, évoquées lors d’audiences classifiées, ce qui souligne les limites du cadre légal et éthique adopté.
Par ailleurs, la transparence n’est pas meilleure dans le cadre de la campagne « Southern Spear » menée par le U.S. Southern Command, dont les détails de la mission, des cibles et même les modalités d’évaluation restent classifiés. Un rapport d’inspection du Congrès n’a pu compiler le nombre de frappes qu’à partir de fuites médiatiques, et le seul élément quantifiable disponible, une étude interne de la Drug Enforcement Administration, conclut à une absence d’impact clair sur le trafic de cocaïne.
Toutefois, les contreparties étrangères ne refusent pas toujours de communiquer. Par exemple, le gouvernement nigérian a publié des évaluations détaillées des frappes conjointes menées en mai 2026, reportant plusieurs morts parmi les combattants de l’État islamique, noms de cibles et matériels détruits, montrant que la transparence est possible même dans un contexte hostile.
Face à ces lacunes, un retour à un reporting régulier et détaillé est demandé, afin d’assurer au Congrès et au public américain que les engagements financiers et militaires se traduisent par des effets mesurables et proportionnés, tout en limitant les dommages collatéraux. Ce rétablissement pourrait restaurer une confiance érodée et permettre un contrôle démocratique réel des opérations antiterroristes à l’étranger.
