Le Royaume-Uni et la France ont annoncé leur intention de « développer conjointement la prochaine génération de missiles air-air à longue portée au-delà de la visibilité » pour leurs avions de chasse, selon la déclaration Lancaster House 2.0 publiée le 10 juillet.
Cette initiative témoigne d’un engagement stratégique en faveur d’une coopération industrielle renforcée, dans le cadre d’une Entente Industrielle relancée, visant à consolider la supériorité de l’OTAN dans le combat aérien de haute intensité.
Dans le cadre de cet accord, les deux gouvernements vont « étendre les capacités du missile Meteor » en lançant « une étude conjointe avec l’industrie pour orienter le développement de son successeur ». Le Meteor, actuellement déployé sur des plateformes telles que le Typhoon de la Royal Air Force et le Rafale français, est devenu une référence en matière de performance des missiles européens. Cette étude commune doit garantir que son successeur réponde aux exigences des conflits aériens à venir.
Ce projet sera encadré par une nouvelle structure de gouvernance commune. La déclaration s’engage à « créer un nouveau bureau conjoint du portefeuille armes complexes, intégré à l’OCCAR », l’agence européenne de passation de marchés. Ce bureau coordonnera les programmes de missiles conjoints, notamment le successeur du Meteor, afin « de réduire les redondances » et d’améliorer l’efficacité industrielle.
Sur le long terme, les deux pays envisagent « une feuille de route pour l’interopérabilité des forces aériennes de combat, incluant une collaboration potentielle sur les armements », pour favoriser l’intégration de leurs forces aériennes actuelles et futures. Cela inclut les systèmes de sixième génération, afin que le futur missile contribue directement à « la supériorité aérienne européenne et de l’OTAN ».
Le missile Meteor
Le Meteor est un missile air-air longue portée développé par MBDA dans le cadre d’un partenariat européen associant le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Suède. Conçu pour intervenir au-delà de la portée visuelle dans des environnements contestés, il peut engager des cibles rapides et maniables, mais aussi des menaces plus petites telles que les missiles de croisière et les drones. Sa portée officielle dépasse les 100 kilomètres, bien que des estimations indiquent une portée supérieure. Au-delà de sa portée, son principal atout est sa large zone de non-évasion, qui s’étend au-delà de 60 kilomètres, offrant un avantage tactique majeur sur des systèmes plus anciens comme l’AIM-120 AMRAAM.
Le système de propulsion du Meteor est au cœur de cette supériorité. Il utilise un moteur à statoréacteur à poussée modulable, une forme de statoréacteur à propergol solide qui maintient la poussée tout au long du vol au lieu de s’éteindre rapidement. Cela lui permet de croiser à des vitesses supérieures à Mach 4 et de conserver son énergie jusqu’à la phase terminale de l’engagement. La propellant chargé au bore offre une impulsion spécifique bien plus élevée que les carburants classiques, ce qui améliore la maniabilité et la vitesse maintenue à longue distance. Le moteur peut ajuster dynamiquement sa poussée en plein vol, ce qui est crucial pour intercepter des cibles cherchant à s’échapper ou à déjouer le missile.
Le guidage combine une navigation inertielle, des mises à jour en cours de vol via un datalink, et une recherche radar active lors de la phase finale. Le chercheur radar, développé par MBDA et Thales, s’appuie sur les systèmes européens précédents et est conçu pour fonctionner dans des environnements à forte interférence et encombrés. Le datalink bidirectionnel permet au missile de recevoir des mises à jour sur la cible pendant le vol, que ce soit de l’avion lanceur ou d’autres plateformes du réseau, tout en renvoyant des informations sur son statut, notamment si le chercheur a verrouillé la cible. Cette capacité en réseau fait du Meteor un missile parfaitement adapté aux combats modernes multi-domaines.
Les surfaces de contrôle comprennent quatre ailerons arrière, offrant la maniabilité nécessaire pour des engagements à forte charge G. Le système d’activation des ailerons est logé dans les saumons arrière avec les autres composants électroniques tels que le datalink et les unités de puissance. Ces éléments sont conçus pour minimiser la traînée et résister aux contraintes thermiques et aérodynamiques du vol à grande vitesse. L’ogive est de type fragmentation explosive, équipée de fusées de proximité et de contact, optimisées pour exploser au moment le plus efficace, maximisant ainsi les dégâts que la cible soit un chasseur rapide ou un drone plus petit et difficile à atteindre.
Le Meteor est entré en service en 2016 dans l’armée de l’air suédoise sur le JAS 39 Gripen. Il a ensuite été intégré sur le Rafale et l’Eurofighter Typhoon déployés par le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Des intégrations futures sont prévues pour le F-35 et le KF-21 sud-coréen. Conçu pour être sans entretien durant sa durée de vie évaluée à 1 000 heures de vol, il est stocké en conteneurs scellés lorsqu’il n’est pas utilisé. Sa grande portée, sa vitesse maintenue, son chercheur avancé et sa robustesse face à la guerre électronique en font l’un des missiles air-air les plus performants actuellement en service.