Le ministère italien de la Défense a officiellement lancé la seconde phase du programme Herakles, un projet ambitieux visant à développer un démonstrateur de canon à rail électromagnétique hypersonique pour des applications terrestres et spatiales.
Cette nouvelle étape intervient après la réussite de la première phase, entamée en octobre 2023. Le contrat pour cette deuxième phase a été attribué à la société Kairospace à l’issue d’une procédure négociée, en raison des compétences techniques et de l’expérience déjà démontrée par l’entreprise. Le financement alloué s’élève à 896 700 € pour 2026, répartis à parts égales entre le ministère de la Défense et le maître d’œuvre.
Le programme Herakles, supervisé par l’Ufficio Tecnico Territoriale Armamenti Terrestri de Nettuno, se déploie en trois phases. La première, achevée en 2023 avec un budget public de 317 200 €, avait pour objectif de définir une architecture système fonctionnelle et de réaliser une évaluation technologique préliminaire.
Cette seconde phase, désormais lancée, vise à concevoir et valider un démonstrateur militaire de canon à rail. Son budget total dépasse les 1,79 million d’euros, incluant la contribution du contractant. Le démonstrateur devra être opérationnel pendant cinq ans afin de permettre des essais, ainsi que sa présentation lors de salons d’innovation en lien avec les forces armées italiennes.
Outre le développement matériel, Kairospace devra fournir la documentation associée, incluant manuels d’utilisation, instaurer un système de contrôle qualité et respecter des clauses de royalties liées aux revenus futurs générés par le produit. Un groupe de soutien spécifique sera mis en place, avec la possibilité d’intégrer des consultants externes financés jusqu’à 1 % du montant de base du contrat.
Le canon à rail Herakles vise à propulser des projectiles inertes de petite et moyenne taille à des vitesses hypersoniques, dans le cadre d’applications d’attaque cinétique telles que la défense côtière ou la lutte antichar. Un objectif secondaire est d’adapter cette propulsion électromagnétique pour le lancement de minisatellites et microsatellites en orbite, ouvrant ainsi la voie à des usages duals militaires et spatiaux.
Les principaux défis technologiques concernent la réduction des contraintes thermomécaniques sur les matériaux structurels du lanceur et l’amélioration de l’efficacité électrique globale du système. Ces points sont aujourd’hui les freins majeurs à la montée en puissance et à l’utilisation opérationnelle durable des canons à rail. Kairospace assume la responsabilité du développement du démonstrateur et de ses systèmes de support, le projet étant classifié et exclu des rapports publics en raison de son importance militaire.
Selon la documentation officielle, le programme n’inclut ni matériaux radioactifs, ni systèmes laser de classe 2+, et n’est donc pas soumis à la publication de la directive SMD W 001.
Les canons à rail électromagnétiques fonctionnent en accélérant un projectile posé entre deux rails conducteurs parallèles grâce à des courants électriques à haute intensité, générant un champ magnétique qui propulse le projectile. Cette technologie permet d’atteindre des vitesses bien supérieures à celles des canons classiques utilisant des propulseurs chimiques.
Typiquement, ces systèmes visent des vitesses initiales de 2 000 à 3 500 m/s, avec des sorties énergétiques allant de 5 à 50 mégajoules. Le principe repose sur la force de Lorentz appliquée au projectile, lui conférant une accélération linéaire sans recours à des explosifs traditionnels, réduisant ainsi la logistique liée aux munitions chimiques.
Cependant, les intensités de courant extrêmes impliquées, souvent de plusieurs millions d’ampères, soumettent les composants à des contraintes importantes. Les rails subissent érosion, dommages thermiques et forces magnétiques répulsives complexes, posant des défis majeurs en science des matériaux. Les conceptions actuelles s’appuient sur des matériaux conducteurs robustes et des armatures hybrides intégrant métaux glissants, plasmas ou composites. L’alimentation électrique utilise généralement des condensateurs ou accumulateurs capables de décharges rapides, mais ces équipements restent volumineux et coûteux.
Aux États-Unis, la Marine et l’Armée ont lancé des recherches sur les canons à rail dès les années 1980. Parmi les programmes remarquables, le projet mené par General Atomics Electromagnetic Systems (GA-EMS) et BAE Systems a démontré la faisabilité technique, avec des tirs à 32 mégajoules et des projectiles dépassant 2 500 m/s. Malgré ces avancées, les difficultés liées à la durée de vie du canon, à la fourniture énergétique et au coût ont freiné le développement. Depuis 2021, le financement US pour les canons à rail a été stoppé, l’attention se focalisant désormais sur les missiles hypersoniques.
Parallèlement, le Japon réalise depuis 2016 des recherches systématiques dans ce domaine via son Agence d’Acquisition, Technologie et Logistique (ATLA). En 2023, un tir réussi a été effectué à bord du JS Asuka avec un canon à rail de calibre 40 mm, démontrant une performance stable sur 120 tirs consécutifs et des vitesses supérieures à 2 000 m/s. Ce résultat valide plusieurs objectifs de recherche liés à la durabilité et au contrôle énergétique.
La Chine et l’Inde développent également activement ces technologies. La Chine a rendu public en 2017 un prototype embarqué sur le navire de débarquement Haiyangshan, de la classe Type 072III, avec des essais débutant dès 2014. L’objectif est d’intégrer ce système pour des capacités anti-navires et d’attaque. De son côté, l’Inde, par le biais de son DRDO, a testé un canon à rail de 12 mm carré en 2017 et planifie une version 30 mm, visant des vitesses dépassant 2 000 m/s grâce à des bancs de condensateurs de 10 mégajoules. L’Inde inclut également ces armes ainsi que les systèmes à énergie dirigée dans sa feuille de route naval pour 2030.
En Europe, l’Allemagne et la France ont annoncé en 2025 une coopération trilatérale avec le Japon sur les canons à rail, marquant une première collaboration dans le domaine des projectiles à haute énergie.
Enfin, la Turquie via Aselsan et Yeteknoloji, ainsi que la Russie, travaillent sur leurs propres technologies de canons à rail, même si les avancées techniquement vérifiées publiquement restent limitées à ce jour.