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Au cœur des profondeurs, où règnent discrétion et invisibilité, l’Organisation indienne de recherche et développement en défense (DRDO) a franchi une étape majeure dans la sécurité et l’efficacité des opérations sous-marines avec la réussite du radar NRICS, intégré aux sous-marins. Ce radar conventionnel à bande X, conçu pour détecter et suivre les menaces en surface telles que bateaux, bouées ou navires, offre aux bâtiments immergés une conscience maritime en temps réel, un atout crucial dans des zones contestées. Ce jalon de 2024, atteint sur une plateforme d’essai dédiée à Bengaluru, illustre la volonté de la DRDO de renforcer l’arsenal sous-marin indien face aux menaces navales en constante évolution.

Les sous-marins, gardiens silencieux de la dissuasion stratégique, évoluent dans un environnement constamment périlleux : navigation dans des eaux peu profondes tout en échappant aux sonars et aux patrouilles de surface. Le NRICS répond précisément à cette dualité, en servant de centre névralgique de navigation au sein de la suite de combat intégrée. Fonctionnant dans la bande X (8-12 GHz) pour une imagerie à haute résolution, il traverse brouillard, pluie et obscurité pour fournir des données précises de distance, azimut et vitesse — indispensables pour éviter les collisions, émerger discrètement ou se positionner tactiquement. Compact et discret afin de minimiser la traînée sur des coques effilées comme celles des sous-marins de classe Kalvari ou des futurs navires du projet 75(I), ce radar s’intègre aux systèmes de navigation inertielle et aux dispositifs de soutien électronique, permettant au commandant de « voir » la surface sans révéler sa position.

En 2024, la division Électronique et Systèmes de Communication (ECS) de la DRDO a fabriqué la première unité complète du NRICS, dans des salles blanches de pointe à Bengaluru. Le radar a été intégré sur une plateforme d’essai spécialisée, simulant un mât de périscope avec ses contraintes d’élévation et de balancement. Les essais terrestres, incluant des simulations de parasitage maritime et des états de mer agités, ont confirmé ses fonctions clés : acquisition autonome de cibles jusqu’à 50 milles nautiques, suivi simultané de plus de 100 objets, et transmission fluide des données aux consoles de gestion de combat.

« Les défis d’intégration, notamment les interférences électromagnétiques causées par les sonars embarqués, ont été résolus, garantissant la performance parfaite du NRICS dans le contexte électromagnétique complexe des océans modernes », a expliqué un spécialiste radar de la DRDO. Les essais, réalisés dans une installation agréée par le Centre d’Agrément et de Certification Militaire des Matériels Aériens (CEMILAC), ont totalisé plus de 200 heures de fonctionnement continu, validant une fiabilité comparable à celle des systèmes internationaux comme le Scout de Thales ou le SeaVue de Raytheon. Cette conception indigène, utilisant des amplificateurs au nitrure de gallium (GaN) pour une meilleure sensibilité, réduit les coûts d’importation de 40 % tout en renforçant la souveraineté des chaînes d’approvisionnement.

Ces validations préparent les essais en mer, prévus en 2025 sur un sous-marin conventionnel, avec une évaluation par la Marine indienne axée sur l’ergonomie des interfaces homme-machine. La modularité du NRICS ouvre également la porte à des évolutions, notamment des versions AESA (radar à antenne à balayage électronique actif) destinées aux futurs sous-marins nucléaires d’attaque dans le cadre de l’écosystème du Porte-avions Indigène (IAC).

Le déploiement du NRICS intervient alors que la flotte sous-marine indienne – forte de 18 navires conventionnels et deux SNLE – doit faire face aux pressions géostratégiques dans l’Indo-Pacifique, entre les meutes de sous-marins chinois dans le détroit de Malacca et les zones à risque de piraterie. En intégrant cette capacité de surveillance de surface à la suite de combat, la navigation devient une discipline fondée sur les données, réduisant significativement les risques d’échouement et favorisant des frappes opportunistes. Aligné avec la vision Atmanirbhar Bharat (Inde autosuffisante), ce projet stimule un écosystème radar national, avec une production envisagée chez Bharat Electronics Limited (BEL) pour les douze sous-marins Kalvari de prochaine génération.