Le Défense Research and Development Organisation (DRDO) a confirmé la polyvalence de son système de propulsion air-indépendante (AIP) à pile à combustible, développé indigenously pour les sous-marins de la classe Kalvari, en mettant en avant sa modularité adaptée aux plateformes navales futures. Dans le cadre du programme secret Project-76, la marine indienne prévoit d’intégrer une version agrandie de ce système, offrant une endurance accrue et une discrétion renforcée pour des sous-marins nettement plus imposants que leurs prédécesseurs.
Le système AIP, élément clé de la flotte sous-marine indienne, permet de prolonger significativement les opérations en immersion sans nécessité de remonter en surface pour l’air, une amélioration majeure pour les patrouilles furtives en zones sensibles. Intégré avec succès sur la classe Kalvari, basée sur le design Scorpène et déplaçant environ 1 800 tonnes en immersion, cette propulsion à pile à hydrogène assure jusqu’à trois semaines d’endurance sous l’eau à faible vitesse, surpassant largement les contraintes des systèmes diesel-électriques classiques. Le laboratoire Naval Materials Research Laboratory (NMRL) du DRDO a piloté ce développement, aboutissant à des essais en mer à bord de l’INS Kalvari en 2023, validant la fiabilité du dispositif en conditions opérationnelles.
Les responsables du DRDO ont récemment souligné, lors d’une revue interne, l’architecture modulaire du système, qui permet d’adapter aisément la puissance aux besoins spécifiques. « L’AIP n’est pas un système universel ; sa pile à combustible et sa membrane échangeuse de protons sont intrinsèquement évolutives, ce qui garantit notre capacité à répondre aux ambitions d’une marine à horizons océaniques », a expliqué un porte-parole du DRDO, mettant en avant la volonté de développement d’une propulsion sous-marine de nouvelle génération.
Le Project-76, doté d’un budget de 1,2 lakh crore de roupies (environ 14 milliards d’euros), vise à intégrer six sous-marins conventionnels indigènes d’ici le début des années 2030. Ce programme marque un saut qualitatif par rapport au format plus compact de la classe Kalvari. Selon des sources internes du DRDO, ces nouveaux bâtiments afficheront un déplacement immergé supérieur à 2 500 tonnes, soit près de 40 % de plus, afin d’accueillir des capteurs avancés, des systèmes de lancement vertical pour les missiles BrahMos, ainsi qu’un équipage doté d’une endurance renforcée pour des missions prolongées dans l’Indo-Pacifique.
Pour s’adapter à cette nouvelle échelle, la configuration de l’AIP sera un peu plus volumineuse que celle utilisée sur le Kalvari, avec une puissance accrue pour alimenter propulsion, soutien de vie et systèmes de guerre électronique sans augmenter la signature acoustique. « Les besoins en puissance de l’AIP sont modulables ; nous pouvons augmenter la capacité et l’efficacité des piles une fois la conception du sous-marin finalisée », ont indiqué des sources en lien avec la Direction des Projets Sous-Marins de la marine. Cette montée en gamme pourrait porter la durée d’immersion continue à quatre ou cinq semaines, un atout essentiel pour la surveillance discrète d’adversaires dans des zones stratégiques telles que le détroit de Malacca ou les points d’étranglement de la mer d’Arabie.
Cette évolutivité repose sur le cœur du système : des piles à combustible PEM (proton exchange membrane) modulaires, déjà capables de produire entre 100 et 120 kW sur la classe Kalvari. Ces modules pourront être combinés pour dépasser 200 kW sur le Project-76, accompagnés d’améliorations dans le stockage de l’hydrogène et la gestion thermique. Le DRDO collabore avec des entreprises privées comme L&T et Tata pour la montée en gamme des composants, assurant une indigenisation à hauteur de 90 % des éléments lors de l’entrée en service.
Cette avancée intervient dans un contexte de tensions accrues en mer, alors que la Chine déploie massivement ses sous-marins AIP de la classe Yuan Type 039A dans l’océan Indien et que le Pakistan fait évoluer sa flotte Hangor, d’origine chinoise. Face à un parc conventionnel vieillissant, comprenant 16 unités des classes Kilo et Shishumar, l’Inde voit dans le Project-76, parallèlement aux plates-formes nucléaires telles que les SNLE S5, un renforcement essentiel de sa stratégie dite du « collier de diamants » visant à sécuriser les routes maritimes vitales.