Alors que la Marine indienne vise la formation d’un groupe aéronaval de trois porte-avions d’ici 2035, deux grandes puissances internationales, le Royaume-Uni et la France, proposent des partenariats attractifs pour le développement de sa nouvelle génération de porte-avions. Ces deux pays ont manifesté un intérêt marqué pour le co-développement ou la licence de conception d’un géant dépassant les 65 000 tonnes, provisoirement nommé INS Vishal, afin de renforcer les ambitions de l’Inde en matière de projection de force en haute mer. Cette offre intervient alors que New Delhi cherche à obtenir l’autorisation du Cabinet Committee on Security (CCS) pour son second porte-avions indigène (IAC-II), un successeur conventionnel à l’INS Vikrant, avant de se tourner vers ce troisième porte-avions révolutionnaire équipé de catapultes électromagnétiques et d’un système d’appontage avancé.
Le Technology Perspective and Capability Roadmap (TPCR) 2025 du ministère de la Défense indien, dévoilé le 5 septembre, recommande explicitement la propulsion nucléaire et les systèmes de lancement avancés pour les futurs porte-avions, soulignant l’importance stratégique du projet.
Le parcours aéronaval indien débute avec l’adaptation de l’Admiral Gorshkov (INS Vikramaditya) et se poursuit avec l’INS Vikrant (IAC-I). L’IAC-II, un porte-avions STOBAR (Short Take-Off But Arrested Recovery) de 45 000 tonnes, est en construction au chantier naval de Cochin (Cochin Shipyard Limited) depuis 2019. D’un coût estimé à 40 000 crore ₹ (environ 5 milliards d’euros), cet appareil, attendu en service vers 2033-2034, reprendra la configuration à tremplin inclinée de l’INS Vikrant tout en intégrant les retours d’expérience opérationnelle, notamment en matière de furtivité et de fusion sensorielle.
L’obtention du feu vert pour l’IAC-II reste le défi immédiat, l’approbation du CCS étant attendue au premier trimestre 2026, dans un contexte de réallocation budgétaire vers les programmes de sous-marins et de missiles. Une fois validé, le processus sera accéléré vers l’IAC-III, baptisé Vishal, un colosse construit localement avec un déplacement compris entre 65 000 et 70 000 tonnes — rivalisant ainsi avec les porte-avions britanniques et français en termes de taille.
Surnommé « supercarrier », le Vishal abandonnera la configuration STOBAR au profit du système complet CATOBAR, permettant ainsi le décollage de jets à voilure fixe plus lourds comme le Rafale-M (26 exemplaires commandés en avril 2025 pour 8 milliards de dollars) et l’intégration future de drones de combat. Parmi les principales améliorations figurent le système EMALS (Electromagnetic Aircraft Launch System) pour un lancement sans vapeur et un dispositif d’appontage avancé, garantissant des récupérations précises et rapides, remédiant ainsi aux contraintes de charge utile des systèmes STOBAR face aux menaces modernes.
La France et le Royaume-Uni, deux nations expérimentées avec les systèmes CATOBAR, se positionnent comme des partenaires idéaux. Le Naval Group français, déjà engagé en collaboration sur les sous-marins Scorpène avec l’Inde, propose des contributions à la co-conception du Vishal, tirant parti de l’expertise acquise sur le Charles de Gaulle, le porte-avions nucléaire équipé d’EMALS. Paris envisage un partenariat hybride basé sur l’adaptation du projet PANG (Porte-Avions Nouvelle Génération), un porte-avions de 75 000 tonnes doté de trois pistes EMALS, combiné à une recherche et développement conjointe dans les chantiers navals indiens.
La Grande-Bretagne, fraîche de manœuvres conjointes avec l’INS Vikrant lors de l’exercice Malabar d’octobre 2025 — marquant la première navigation simultanée de deux porte-avions britanniques et indiens — met en avant l’expertise issue de la classe Queen Elizabeth. BAE Systems propose un co-développement de variantes EMALS reposant sur les systèmes du HMS Prince of Wales, ainsi qu’une interopérabilité avec le F-35B pour des opérations hybrides. Londres perçoit cette collaboration comme un pont permettant d’étendre le regroupement QUAD, avec des possibilités d’offsets industriels centrées sur la co-production du futur avion de chasse Tempest.
Les deux offres insistent sur un transfert de technologie « plug-and-play », afin de contourner l’hésitation américaine à exporter les systèmes EMALS, frein majeur ayant retardé la phase conceptuelle du Vishal depuis 2023. Selon des sources du ministère de la Défense indien, un consortium mixte franco-britannique n’est pas à exclure, combinant le savoir-faire nucléaire français à la modularité conventionnelle britannique.