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Le porte-avions phare de l’Inde, l’INS Vikramaditya, un navire issu d’une refonte d’un géant soviétique, pilier des ambitions de la Marine indienne en haute mer, voit son avenir s’assombrir. Selon des sources navales, ce bâtiment de 45 000 tonnes acquis en 2013 après une rénovation à 2,35 milliards de dollars pourrait être retiré du service dès 2037, à moins qu’un audit approfondi ne confirme la possibilité de prolonger sa durée de vie de 15 ans. Ce bilan, prévu autour de 2035, dépendra de l’état structurel du navire et de la pertinence économique d’une modernisation indigène, alors que les coûts, en forte hausse, pourraient dépasser son prix d’acquisition initial.

La Marine indienne fait face à une période délicate, avec un vide opérationnel entre porte-avions, l’INS Vikrant construit localement étant encore en phase de maturation et aucun troisième bâtiment de ce type en perspective. Le sort de l’INS Vikramaditya illustre les risques liés à l’exploitation de plateformes d’occasion à l’ère des menaces asymétriques croissantes dans la région indo-pacifique.

Construit à l’origine sous le nom de Baku en 1979 au chantier naval de Mykolaïv en Ukraine, ce porte-avions a été lancé en 1982 et intégré à la Flotte du Nord soviétique en 1987 sous le nom d’Amiral Gorshkov. Ce croiseur aérien de la classe Kiev combinait des opérations aériennes à voilure fixe et une puissante capacité de missiles. Il a servi comme navire amiral pendant la Guerre froide, projetant la puissance soviétique du Barents à l’Océan Indien, avant d’être désarmé en 1996 à cause des difficultés financières de la Russie post-soviétique.

La relation de l’Inde avec le navire a commencé en 2004 avec un contrat de 1,5 milliard de dollars pour la refonte complète de ce navire hors service au chantier naval de Sevmash. Rebaptisé INS Vikramaditya en hommage à un célèbre empereur maurya, le chantier a été marqué par de nombreux retards et dépassements budgétaires, le coût final atteignant 2,35 milliards de dollars. Le navire a finalement été mis en service le 16 novembre 2013 à Severodvinsk, en présence du ministre de la Défense A.K. Antony, avant d’arriver à Mumbai le 7 décembre 2013, marquant ainsi le début d’une ère à deux porte-avions avec l’INS Viraat, alors vieillissant.

En service dans la Marine indienne, l’INS Vikramaditya a parcouru plus de 100 000 milles nautiques, déployant ses chasseurs MiG-29K dans des exercices tels que Malabar ainsi que lors de patrouilles réelles dans un contexte de tensions le long de la Ligne de contrôle (LAC) et d’opérations aux Maldives. Les garanties russes tablaient à l’origine sur une durée de vie post-rénovation de 25 ans, soit jusqu’en 2035, mais cette estimation ne prenait pas en compte la conception d’origine du navire, datant de 1982. Malgré des remplacements importants de l’acier et des rénovations systématiques, la coque reste un vestige soviétique vieux de 43 ans, sujet à la fatigue et à la corrosion dans les eaux tropicales. « Les principaux systèmes ont été remplacés – chaudières, radars, câbles d’arrêt – mais la structure de base est restée telle quelle, vulnérable », confie une source navale.

À l’approche de 2035, lorsque l’INS Vikramaditya aura atteint 53 ans d’âge, la Marine prévoit une expertise approfondie au chantier naval de Cochin (CSL) ou chez Mazagon Dock Shipbuilders (MDL) afin d’évaluer une éventuelle modernisation à mi-vie (MLU) qui pourrait prolonger son engagement jusqu’en 2052. Cette rénovation envisagerait l’intégration de technologies indigenes, telles que le radar AESA MF-STAR du DRDO (Organisme de recherche et développement pour la défense), et une optimisation hybride de la propulsion pour un gain en efficacité énergétique estimé à 30 %.

Cependant, les calculs financiers sont rigoureux. L’estimation d’une refonte partielle en 2025 s’élève à 1 207 crores de roupies (environ 145 millions de dollars) pour la mise à jour des systèmes avioniques et des capteurs. Une remise à niveau complète, comprenant la remise à neuf de la coque, le renouvellement de l’acier et la modernisation des catapultes, pourrait tripler cette somme, approchant ainsi le coût de 20 000 crores de roupies engagé pour l’INS Vikrant. « Dans dix ans, nous évaluerons si une mise à niveau sur le sol indien est viable pour prolonger la durée de service de 15 ans. Sinon, il ne sera pas rentable d’investir davantage, car le coût sera supérieur à celui de la construction d’un nouveau bâtiment », expliquent des sources, insistant sur l’intégrité de la coque comme critère déterminant. Les tests non destructifs associant ultrasons et modélisation de la fatigue par intelligence artificielle permettront de détecter d’éventuelles micro-fractures, tandis que les analyses économiques intégreront les nouveaux défis stratégiques, notamment la menace des missiles anti-navires hypersoniques (ASBM).

Ce scénario s’inscrit dans des tendances mondiales similaires : l’USS Nimitz, porte-avions américain construit en 1975, a subi des rénovations à hauteur de trois milliards de dollars avant d’être retiré du service après 50 ans d’activité. Pour l’Inde, dont le budget de défense annuel d’environ 75 milliards de dollars est déjà fortement sollicité par l’acquisition des Rafale M et le programme des sous-marins du Projet 75I, la prolongation de service de l’INS Vikramaditya ne sera pas un chèque en blanc.

Chronologie de l’INS Vikramaditya Étape Détails
1979-1982 Construction & lancement Posé en cale sous le nom de Baku, lancé à Mykolaïv, Ukraine.
1987 Mise en service soviétique Intégré sous le nom Amiral Gorshkov ; opérations pendant la Guerre froide.
1996 Désarmement Mis en réserve suite à la chute de l’URSS.
2004 Contrat indien Contrat de refonte à 1,5 milliard de dollars avec la Russie; retards.
2013 Induction en Inde Mise en service le 16 nov; arrivée à Mumbai le 7 déc.
2025 Estimation de refonte Coût estimé à 1 207 crores pour mises à jour partielles; inquiétudes sur la coque.
2035 Audit de modernisation Évaluation pour une extension de 15 ans, potentiel service jusqu’en 2052.
2037 Retraite prévue Sauf rénovation; l’IAC-2 considéré comme successeur.