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Une délégation de haut niveau de la défense indienne s’est récemment rendue en Israël, découvrant un éventail d’armes de pointe, avec au centre l’attention portée au TRIGON™ d’Elbit Systems. Ce lance-roquettes et missiles maritime autonome, guidé avec précision et longue portée, promet de révolutionner la dynamique des frappes navales. Dans un contexte de renforcement des liens bilatéraux sous l’égide du Quad et de tensions croissantes en mer Rouge, cette présentation illustre la volonté d’Israël de consolider la supériorité navale indienne face aux menaces hybrides.

Selon des sources proches du dossier, alors que la délégation a exploré diverses technologies – des essaims de drones aux munitions résistant au cyberespionnage – le système TRIGON s’est imposé comme une priorité pour sa capacité à délivrer des salves dévastatrices en profondeur, tout en minimisant l’exposition des troupes. Cette caractéristique s’aligne parfaitement avec les ambitions de New Delhi d’une marine à vocation océanique.

Arrivée à Tel Aviv la semaine dernière, la délégation indienne, composée notamment d’officiers de la direction de l’Indigénisation de la Marine indienne et de représentants de la Defence Research and Development Organisation (DRDO), a bénéficié d’une immersion complète en arsenal de pointe. Les industriels israéliens tels qu’Elbit, Rafael et Israel Aerospace Industries (IAI) ont présenté des systèmes variés : munitions flottantes Hero-120 contre les essaims, intercepteurs laser Iron Beam destinés à réduire les coûts de la défense aérienne, et pods de guerre électronique nouvelle génération conçus pour les environnements électromagnétiques contestés. Les discussions ont également porté sur des partenariats de coproduction, avec des offres de localisation entre 50 et 60 % pour favoriser les programmes sous le cadre Atmanirbhar Bharat, dédié à l’autonomie stratégique indienne.

Mais selon plusieurs observateurs, c’est le TRIGON qui a véritablement rythmé les échanges. « Ce n’est pas un simple matériel, c’est un multiplicateur de force pour les opérations amphibies », a confié un interlocuteur. Le système se distingue par sa modularité plug-and-play conçue pour une intégration aisée sur des plateformes indiennes telles que le porte-avions INS Vikrant ou les destroyers du Projet 15B.

Concrètement, le TRIGON™ représente une évolution maritime de l’artillerie roquette, capable de lancer des munitions guidées – roquettes ou missiles – sur des distances de 100 à 150 km, depuis des positions offshore jusqu’à des cibles terrestres stratégiques. Sa navigation autonome, basée sur une fusion inertielle/GPS, garantit une précision chirurgicale contre des objectifs à haute valeur ajoutée : postes de commandement, centres logistiques, batteries côtières. Le navire lanceur peut se tenir hors de portée des capteurs ennemis. Sa conception à lancement vertical réduit l’encombrement sur le pont, permet le ravitaillement vertical en mer agitée, et autorise un tir en salves de 8 à 12 coups par minute pour saturer les défenses adverses.

Ce qui distingue le TRIGON, ce sont ses ogives adaptatives – à fragmentation pour neutraliser des cibles molles, pénétrantes pour les bunkers – ainsi que ses capacités de gestion de combat en temps réel, qui intègrent les flux d’images UAV ou la surveillance satellitaire. Dans un scénario similaire aux menaces houthies, ce système pourrait éliminer des menaces anti-navires côtières sans déployer de forces amphibies, préservant ainsi la flexibilité expéditionnaire indienne dans la région de l’océan Indien. Évalué à environ 2 à 3 millions de dollars par lanceur (hors munitions), TRIGON offre une réponse évolutive à la guerre navale asymétrique, où des drones bon marché défient des porte-avions valant plusieurs milliards.

De son côté, l’Inde ne vient pas les mains vides. L’Armament Research and Development Establishment (ARDE) de Pune travaille activement à l’adaptation du lance-roquettes multiples Pinaka pour des missions maritimes. Cette variante « Navy Pinaka » est optimisée pour des frappes mer-mer et mer-terre. Exploitant les extensions guidées du système (Pinaka Mk-II/ER) pouvant atteindre 40 à 90 km, l’ARDE y ajoute des composites résistants à la corrosion, des lanceurs stabilisés pour les ponts en mouvement, ainsi que des détecteurs anti-brouillage pour traquer les menaces maritimes telles que les vedettes rapides ou les submersibles.

Des essais récents menés en octobre 2025 dans l’État d’Odisha ont validé un prototype capable d’atteindre 120 km avec des ogives de 250 kg, et des tests d’intégration navale au large de Visakhapatnam sont programmés pour le premier trimestre 2026. « Pinaka en mer sera notre TRIGON, sans astérisque », résume un expert, soulignant une composante indigène à 85 % qui évite les dépenses en devises étrangères.