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Bengaluru. L’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO) travaille sur une nouvelle version de sa torpille lourde électrique (Electric Heavyweight Torpedo – EHWT) destinée à contrer les sous-marins chinois capables de plonger à 800 mètres de profondeur. Ce modèle amélioré offrira une portée accrue ainsi qu’une endurance renforcée, adaptée aux missions longue distance.

Cette évolution représente une avancée majeure par rapport aux torpilles actuelles, qui opèrent jusqu’à 600 mètres de profondeur. Elle traduit la réponse stratégique de l’Inde face à l’expansion des sous-marins chinois capables de plongées profondes et équipés de technologies furtives avancées, a expliqué Samir V. Kamat, président de la DRDO, lors du salon IMS-2025 à Bengaluru.

La future torpille bénéficiera d’une portée et d’une endurance étendues, lui permettant de poursuivre et neutraliser des sous-marins adverses lors d’opérations prolongées en haute mer. Une meilleure efficacité de propulsion et des systèmes de gestion énergétique optimisés garantiront des missions soutenues sur de vastes zones océaniques, notamment dans des régions stratégiques telles que la mer de Chine méridionale et l’océan Indien, a précisé Dr Kamat.

L’équipe de la DRDO s’appuie sur la base éprouvée de la torpille lourde électrique actuelle, équipée d’un système de propulsion électrique avancé. Cette technologie se distingue par son fonctionnement silencieux, une guidage précis et une faible détectabilité acoustique, qualités essentielles pour le suivi de cibles sous-marines furtives.

Parmi les améliorations clés, le président de la DRDO a cité : des batteries à densité énergétique accrue, une meilleure forme hydrodynamique réduisant la traînée ainsi qu’un système de commande amélioré permettant une manœuvrabilité sous-marine accrue à haute vitesse. Ces caractéristiques assurent une performance fiable face aux fortes pressions hydrostatiques rencontrées lors d’engagements en profondeur.

Le nouveau modèle est également conçu pour s’intégrer parfaitement aux sous-marins de la classe Kalvari (Scorpène) de la Marine indienne. Cette intégration fait partie d’un effort plus vaste visant à renforcer la dissuasion sous-marine indienne par l’amélioration des capacités offensives et défensives, en s’appuyant sur des systèmes indigènes dans le cadre de l’initiative Aatmanirbhar Bharat, a souligné Dr Kamat.

Sur le plan stratégique, la capacité à opérer à 800 mètres confère à l’Inde un avantage tactique notable dans la guerre anti-sous-marine en eaux profondes. En effet, la plupart des torpilles régionales actuelles sont efficaces jusqu’à 500-600 mètres, mais les nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque chinois, capables de plongées plus profondes, nécessitent des armes adaptées à ces conditions extrêmes. La torpille indienne de type “deep-strike” vise précisément à combler ce déficit.

En outre, l’autonomie prolongée et la capacité de la torpille à effectuer des missions longue distance réduiront la dépendance opérationnelle aux bases avancées ou aux navires de soutien, renforçant ainsi la capacité de l’Inde à mener des opérations sous-marines autonomes dans des zones contestées.

Ce développement s’inscrit dans le programme plus large de modernisation navale de l’Inde, qui comprend notamment des systèmes sonar avancés, des réseaux de communication sous-marine améliorés et l’expansion de la flotte de sous-marins.

La torpille EHWT à frappe en profondeur constituera donc un élément majeur de l’architecture future du combat sous-marin indien, offrant une dissuasion efficace face aux sous-marins adverses opérant en eaux océaniques profondes.

Si les essais se déroulent comme prévu, la nouvelle torpille devrait entrer en phase de tests en mer dans les deux prochaines années, suivie d’essais d’intégration à bord des plates-formes existantes et futures de la classe Kalvari. Une fois en service, elle placera la Marine indienne parmi les rares forces mondiales capables d’engagements sous-marins prolongés en eaux profondes, grâce à une technologie entièrement développée nationalement, a conclu Samir V. Kamat.