Alors que les forces armées indiennes lancent le vaste exercice interarmées « Trishul 2025 », le plus important depuis l’opération Sindoor, l’état-major pakistanais manifeste une nette inquiétude. Les hautes autorités militaires, confrontées à une montée des crises sécuritaires internes, adressent des mises en garde voilées. Débutée le 3 novembre sur la côte ouest de l’Inde, cette manœuvre d’une semaine mobilise plus de 50 000 soldats de l’armée de Terre, de la Marine et de l’Armée de l’Air, suscitant une forte réaction d’Islamabad alors que le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) renforce son emprise sur le pays, avec des incursions audacieuses vers la capitale.
Le lieutenant-général Ahmed Sharif Chaudhry, directeur général des Relations publiques interarmées (ISPR) et porte-parole des forces pakistanaises, a adopté un ton défiant lors d’un briefing non officiel à Rawalpindi le 3 novembre. « L’Inde doit savoir que cette fois notre réponse sera plus forte », a-t-il déclaré selon plusieurs sources. Accusant New Delhi d’avoir des visées cachées, il a affirmé : « Le Pakistan surveille l’exercice interarmes de l’Inde. L’Inde prépare une autre opération sous fausse bannière dans la mer d’Arabie. » Ces propos, diffusés dans un contexte de forte attention médiatique, s’inscrivent dans une stratégie pakistanaise habituelle de décryptage anticipé, où les exercices militaires indiens sont systématiquement présentés comme provocateurs, une tactique consolidée depuis la crise de Balakot en 2019.
Un exercice majeur pour parfaire la synergie interarmes
L’exercice Trishul, dirigé par la Marine indienne, associe étroitement des tirs d’artillerie de l’armée au-dessus des terres et des frappes de chasseurs de l’Armée de l’air, dans le but d’affiner la coordination des trois armées pour des « opérations à effets combinés » en milieu maritime, allant de l’assaut amphibie aux frappes de précision. S’étendant sur la mer d’Arabie et les zones côtières, il mobilise des moyens tels que les porte-avions INS Vikrant, les missiles supersoniques BrahMos et les avions Rafale, illustrant le changement doctrinal indien vers une dissuasion intégrée face à des menaces sur deux fronts. Pour le Pakistan, fragilisé par une trêve précaire avec l’Afghanistan et un regain d’insurrections, ce timing aggrave le sentiment d’un encerclement.
Des responsables du renseignement indien, s’exprimant anonymement, ont qualifié la rhétorique du général Chaudhry de « façade révélant une anxiété stratégique ». « Le Pakistan est ébranlé ; cette réaction instinctive à Trishul reflète des vulnérabilités plus profondes », explique une source. « Leur paysage politique a déjà été bouleversé pour satisfaire les exigences de Rawalpindi. La déclaration du DG ISPR vise principalement à construire une narration pour consolider l’unité intérieure alors que le contrôle interne s’effrite. »
Parallèlement, les militants du TTP infiltrent les périphéries urbaines et multiplient les attaques coordonnées dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, culminant avec une incursion osée vers les abords d’Islamabad le 2 novembre. Les embuscades de l’Armée de libération baloutche (BLA) à Quetta et Gwadar, ayant causé la mort de plus de 20 membres des forces de sécurité ces deux dernières semaines, accentuent aussi le délitement apparent d’un contrôle ferme.
Une trêve fragile face à une menace croissante
La résurgence du TTP, soutenue par des sanctuaires sécurisés de l’autre côté de la ligne Durand, a mis fin aux illusions d’un cessez-le-feu solide. Le 30 octobre, Pakistan et Afghanistan ont prolongé d’une semaine une fois de plus cet accord fragile, sous médiation turque, mais les escarmouches transfrontalières continuent. Le TTP refuse de quitter des zones tribales comme Bar Qambarkhel, près de Tirah, sans « consultations préalables ». La reconnaissance implicite de la présence du TTP par les talibans afghans a irrité Rawalpindi, qui exige désormais de Kaboul une action plus ferme avant la reprise des pourparlers d’Istanbul le 6 novembre. « Les conditions posées par les talibans afghans sont vaines ; ce qui importe, c’est la fin du terrorisme », a répété le général Chaudhry, mêlant bravade extérieure et demandes internes.
Du côté indien, les analystes perçoivent les critiques de l’ISPR sur Trishul comme une classique manœuvre d’évitement. Le lieutenant-général retraité D.S. Hooda, ancien commandant de l’armée du Nord, note : « Pendant que nous améliorons notre interopérabilité pour des contingences réelles, le Pakistan projette une unité pour masquer la progression du TTP dans ses terres centrales et la résistance baloutche. » Selon lui, la promesse d’une « réponse plus forte » par Chaudhry sonne creux face à des forces étirées à bout de souffle pour maintenir l’ordre intérieur.
Malgré l’absence d’attitudes belliqueuses dans l’exercice, celui-ci sert avant tout à New Delhi pour envoyer un message clair : une force interarmées crédible et unifiée, prête à répondre aux menaces hybrides émanant d’un voisin nucléaire.