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Le 3 novembre, la marine ukrainienne a annoncé avoir mené une attaque ciblée contre une plateforme de forage maritime occupée par la Russie en mer Noire, utilisée comme poste d’observation et d’appui-feu. La cible était la plateforme autoélévable Sivash, située au large de la Crimée, territoire annexé par Moscou, et intégrée au réseau des tours Boyko reconverties en postes de surveillance.

Une vidéo diffusée montre la séquence de l’attaque ainsi que ses effets sur la plateforme. Cet événement illustre la montée en puissance de la tactique ukrainienne combinant drones aériens et drones maritimes pour neutraliser les capteurs russes autour de la péninsule de Crimée.

La marine ukrainienne précise que l’opération a permis de détruire un système de missiles stationné sur la plateforme ainsi que l’équipement de reconnaissance et d’observation sur place. Elle a également démenti la version russe diffusant une vidéo censée montrer la destruction d’un bateau ukrainien par un drone Lancet, confirmant qu’il s’agissait en réalité de l’impact d’un drone kamikaze ukrainien sur la plateforme Sivash.

Ces éléments confirment qu’il s’agissait d’une opération coordonnée exploitant plusieurs types de drones pour frapper une installation maritime militarisée.

La plateforme Sivash pèse 10 870 tonnes, mesure 79,6 mètres de long sur 47,7 mètres de large, et peut accueillir jusqu’à 60 personnes. Elle peut stocker 2 340 tonnes de matériel et générer 4 MW d’énergie. Elle est également équipée d’un hélipad pouvant recevoir des aéronefs de 12,8 tonnes maximum.

L’analyse des images disponibles et des informations antérieures sur les drones maritimes ukrainiens révèle l’utilisation conjointe de navires de surface sans équipage (USV) et de drones aériens en immersion visuelle directe pour attaquer la plateforme Sivash. Dans la vidéo, un UAV aérien semble fournir un guidage en temps réel tandis qu’un drone maritime s’approche pour lâcher une charge explosive. Cette tactique s’appuie sur l’emploi multiple de drones kamikazes FPV embarqués sur ces USV, destinés à saturer les défenses locales et frapper des cibles disposées sur la plateforme.

Militairement, la valeur de la plateforme réside dans sa hauteur et ses capacités de surveillance. Selon des rapports ukrainiens et des sources ouvertes, la Sivash constitue un centre de vigilance équipé de radars, capteurs optiques et systèmes de reconnaissance électronique surveillant les routes maritimes entre Odessa, le delta du Danube et la péninsule de Crimée. Sa neutralisation réduit significativement la capacité russe à contrôler la situation dans le nord-ouest de la mer Noire et complique la coordination des tirs de missiles et des missions aériennes basées à terre.

Par ailleurs, cette plateforme servait de position élevée pour les unités russo-militaires chargées d’intercepter bateaux légers et drones évoluant dans le couloir côtier ukrainien.

Cette attaque s’inscrit dans un effort ukrainien plus large visant à désorganiser le dispositif russe de déni d’accès aérien et maritime autour de Crimée. Dans les 48 heures qui ont suivi, les services de renseignement ukrainiens ont annoncé la neutralisation de systèmes clés d’une batterie russe S-400 Triumf, incluant notamment le radar multifonction 92N6E, sur la péninsule. Ce démantèlement crée des brèches dans la couverture radar russe sur les accès maritimes de la mer Noire, facilitant la répétition d’attaques coordonnées par drones maritimes et aériens comme celle contre la Sivash.

Sur le plan géopolitique, ces succès montrent une évolution progressive en faveur de l’Ukraine dans le conflit du bassin de la mer Noire depuis 2023. Les opérations répétées avec des USV et UAV ont contraint la flotte russe à se replier vers l’est, limitant sa liberté d’action à proximité d’Odessa. Ces attaques signalent aux acteurs régionaux et aux compagnies maritimes la capacité ukrainienne à contester le contrôle des points d’observation au large, essentiels à la sécurisation des routes d’exportation de céréales et de ressources stratégiques.

Militairement, l’utilisation de drones maritimes embarquant plusieurs drones FPV témoigne d’une consolidation avancée du dispositif aérien non habité ukrainien qui combine surveillance, déploiement maritime et frappes précises, afin de surmonter les défenses multi-couches des cibles fixes en mer.

Stratégiquement, l’affaiblissement de points vulnérables comme la Sivash produit des effets amplifiés : baisse de la surveillance maritime russe, moins de zones sécurisées pour les équipes opérant les missiles antichars, et difficultés accrues pour le commandement russe dans la gestion des défenses côtières. Cette situation pousse Moscou à disperser ou renforcer les avant-postes autour des tours Boyko restantes, ce qui surcharge ses ressources humaines et logistiques, tout en exposant ces positions à de nouvelles attaques.

Pour Kiev, le message est clair : les plateformes marines transformées en postes de surveillance sont désormais des cibles accessibles pour des systèmes de drones modulaires et évolutifs, tandis que le déclin progressif des réseaux radar autour de Crimée facilite les opérations futures.

L’Ukraine présente cette opération contre Sivash comme une action de haute précision apportant des avantages tactiques et informationnels importants : la neutralisation d’une unité d’élite, la diffusion d’une image forte et le démantèlement public des récits russes contraires à ces succès. Si cette méthode est reproduite sur l’ensemble des bases maritimes et combinée à des attaques régulières contre les capteurs de défense aérienne, elle est appelée à réduire encore davantage la portée de la surveillance maritime russe et à étendre la marge de manœuvre ukrainienne en mer Noire.

Teoman S. Nicanci